La quête d’autonomie de l’Inde dans la propulsion aérospatiale franchit une étape majeure avec Hindustan Aeronautics Limited (HAL) prêt à fabriquer localement le moteur General Electric (GE) F414 destiné au Tejas Mk2 et à l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), dans le cadre d’un transfert de technologie (ToT) à hauteur de 80 %. Toutefois, selon des sources proches du dossier, le logiciel FADEC, qui contrôle la performance et la sécurité du moteur, restera vraisemblablement sous le contrôle exclusif de GE.
Ce contrat d’une valeur de 1,5 milliard de dollars, signé en 2023 avec GE Aviation, prévoit la fourniture de 99 moteurs F414-INS6, 240 unités supplémentaires pour les besoins futurs, ainsi que la co-production au sein de la division moteurs de HAL à Bengaluru. Avec un transfert technologique dépassant les 80 %, il s’agit de l’un des accords les plus complets pour l’Inde, mais l’exclusion du logiciel FADEC pourrait freiner l’autonomie à long terme dans la maintenance et les évolutions du moteur.
Le F414-INS6 de GE est un turboréacteur à double flux à faible taux de dilution, délivrant une poussée de 98 kN en postcombustion. Ce moteur éprouvé équipe notamment le F/A-18E/F Super Hornet de la marine américaine et le KAI T-50 sud-coréen. Pour l’Inde, il est le moteur de référence pour le Tejas Mk2 (120 exemplaires commandés) et l’AMCA Mk1 (126 unités prévues), offrant un meilleur ratio poussée/poids, la capacité de supercroisière et des diagnostics avancés comparés au F404 propulsant le Tejas Mk1A. Sa conception modulaire facilite la maintenance, un point crucial pour l’Indian Air Force (IAF) qui vise à maintenir 42 escadrons d’ici 2040.
HAL se chargera de la production des composants sensibles du « hot-end » (combustion, turbine), des postcombustions et de l’assemblage, s’appuyant sur son expérience acquise avec l’AL-31FP du Su-30MKI. Le contrat inclut un accord de maintenance, réparation et révision (MRO) sur dix ans, positionnant HAL comme un centre régional de service F414, avec un potentiel d’exportation vers des marchés en Asie du Sud-Est. La production locale devrait débuter en 2027, avec la première série de moteurs indigènes prévue pour 2029, afin de soutenir la flotte de 240 Tejas Mk2 et les premiers lots d’AMCA.
Le système FADEC (Full Authority Digital Engine Control), cerveau numérique du moteur, optimise ses performances, sa consommation et sa sécurité en temps réel, gérant des paramètres tels que la poussée, la température et le débit d’air. Ce système assure une efficacité maximale dans tous les environnements, depuis les missions en haute altitude dans l’Himalaya jusqu’aux patrouilles dans l’océan Indien. Selon les sources, si HAL fabriquera le matériel FADEC, le logiciel propriétaire – incluant les algorithmes, diagnostics et protocoles de sécurité – restera la propriété exclusive de GE.
Cette limitation correspond aux pratiques internationales, où les constructeurs comme GE, Pratt & Whitney ou Safran protègent leur logiciel FADEC pour préserver leur propriété intellectuelle et leur contrôle sur les contrats de maintenance. Pour l’Inde, cela signifie une dépendance vis-à-vis de GE pour les mises à jour logicielles, les correctifs de cybersécurité et les ajustements de performances, ce qui peut compliquer la gestion lors de tensions géopolitiques ou de ruptures de la chaîne d’approvisionnement, comme cela a été le cas avec les retards du F404 pour le Tejas Mk1A.
Un responsable du DRDO a souligné : « Le logiciel FADEC est la boîte noire des moteurs modernes. Si le transfert de technologie à 80 % concerne les composants physiques, le contrôle logiciel limite l’indigénisation complète. » Cette dépendance pourrait restreindre la capacité de l’Inde à adapter le F414 pour des plateformes futures comme l’UCAV Ghatak sans l’accord de GE.
Avec ce contrat, le transfert technologique progresse nettement par rapport au F404, dont le ToT était de 58 %. HAL pourra produire des éléments critiques comme les aubes monocrystals des turbines et des revêtements avancés, réduisant ainsi les coûts de 20 à 30 % par rapport aux importations. Ce partenariat stimule aussi une chaîne d’approvisionnement locale impliquant des acteurs privés tels que Tata et Godrej Aerospace. Néanmoins, le verrouillage autour du logiciel FADEC souligne l’urgence de développer des solutions indigènes, d’autant plus que l’IAF envisage que 25 % de ses nouveaux appareils soient de cinquième génération d’ici 2040.