Le Corps des Marines des États-Unis (USMC) a décidé de ne pas transformer son troisième régiment d’infanterie dans la région du Pacifique en régiment littoral (Marine Littoral Regiment – MLR). Selon un porte-parole de l’USMC, le 4th Marine Regiment ne prendra pas la nouvelle structure prévue, contrairement au 3rd MLR à Hawaï et au 12th MLR à Okinawa. L’attention se porte désormais sur la mise en œuvre du projet de navire moyen de débarquement (Medium Landing Ship).
La mise en place des MLR constituait le cœur d’une réforme controversée, baptisée Force Design 2030, lancée en 2020 par l’ancien commandant du Corps des Marines, le général David H. Berger. Cette réforme visait à réorienter le corps des Marines vers sa mission principale : les opérations amphibies contre des adversaires de même niveau dans un contexte contemporain, marquant un positionnement distinctif par rapport à l’armée de terre américaine. Elle insistait sur la nécessité de disposer de forces légères, rapidement déployables, équipées d’armements modernes, et en coopération étroite avec la marine américaine.
Une restructuration ciblée sur la menace chinoise
Dans le cadre de cette réforme, les Marines ont abandonné leurs chars de combat M1 Abrams et d’autres systèmes terrestres lourds, tout en introduisant de nouveaux moyens pour combattre des cibles navales depuis le littoral. Le concept des MLR repose sur la capacité à déplacer rapidement des unités entre les nombreuses îles du Pacifique pour entraver les opérations d’opposants tels que la Chine. Les régiments 3rd et 12th, auparavant organisés en trois bataillons d’infanterie classiques, ont adopté une nouvelle structure comprenant chacun un Littoral Combat Team, un bataillon anti-aérien littoral et un bataillon logistique littoral.
Un Littoral Combat Team comprend, outre une compagnie de commandement et de soutien, trois compagnies d’infanterie ainsi qu’une batterie de missiles comportant 18 lanceurs de missiles anti-navires. Cette unité est prévue pour déployer des sections renforcées vers des bases avancées. Le bataillon anti-aérien littoral est chargé de la surveillance de l’espace aérien, de la défense aérienne et de l’appui logistique aux aéronefs basés sur ces sites avancés. Le bataillon logistique littoral est composé de deux compagnies de logistique et d’une compagnie de soutien.
Un besoin accru en navires de débarquement pour l’USMC
Les systèmes d’armes principaux des MLR sont, d’une part, le Navy-Marine Corps Expeditionary Ship Interdiction System (NMESIS), qui intègre le missile anti-navire naval sino-norvégien Naval Strike Missile (NSM) monté sur le véhicule tactique léger commun (Joint Light Tactical Vehicle – JLTV). D’autre part, le Marine Air Defense Integrated System (MADIS), qui combine sur deux JLTVs un canon automatique de 30 mm, des missiles sol-air Stinger, des brouilleurs électroniques ainsi qu’un radar et un système de contrôle. Tandis qu’un régiment classique comptait environ 3 400 hommes, un MLR regroupe entre 1 800 et 2 200 personnels.
Aucune raison officielle n’a été communiquée pour la suppression d’un troisième régiment de ce type. Certains évoquent toutefois un recentrage stratégique décidé sous la présidence de Donald Trump, visant à réduire l’attention portée à la menace stratégique incarnée par la Russie et la Chine, au profit de la défense de l’hémisphère occidental. Cette orientation privilégierait la sécurisation des frontières américaines et les opérations en Amérique latine, notamment contre le trafic de drogue, à l’image de la situation actuelle au Venezuela.
Pour ce type d’opérations, les régiments conventionnels des Marines seraient probablement mieux adaptés. Le choix de mettre l’accent sur le projet Medium Landing Ship, censé assurer le transport des MLR, pourrait en réalité relever d’une contrainte de gestion des ressources. Chaque MLR devant être soutenu par neuf navires MLS, permettant un déploiement rapide entre les zones d’opérations. Cependant, ce programme demeure controversé et son annulation est également envisagée. Le Corps des Marines s’est déjà plaint à plusieurs reprises du manque de disponibilité des navires amphibies de la Marine américaine.
Stefan Axel Boes