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Le deuxième prototype du chasseur turc de cinquième génération Kaan vient d’entrer en phase de production. Identifié sous la désignation P1, cet appareil a été aperçu sur une photo officielle datant du 29 septembre, révélant son fuselage en cours d’assemblage, dépourvu pour l’heure des panneaux, des stabilisateurs verticaux et du cône avant. Ce développement marque une étape importante dans le programme ambitieux de la Turquie dans l’aviation de combat.

La photo publiée par la Fondation des Forces Armées Turques montre une délégation importante devant le premier prototype volant, le P0, tandis que le prototype P1 est visible en arrière-plan. On distingue partiellement les côtés du fuselage du P1, la zone autour de la prise d’air moteur ainsi que l’entoilage de l’aile, cachée en partie par le stabilisateur vertical bâbord. La finalisation de cet avion est prévue pour 2026, avec un premier vol dans la même année.

Plusieurs experts en défense turcs ont partagé des clichés comparant le P0 et le nouveau P1 afin de détecter d’éventuelles modifications dans le design. Aucune différence majeure n’est apparente, d’autant plus que le P1 est en partie caché et entouré d’échafaudages, rendant difficile l’analyse des enseignements tirés des essais du premier prototype par les ingénieurs de TAI (Industriels Aérospatiaux Turcs).

Divergences de conception

Une image comparative publiée par le compte « Avionot » met en lumière quelques variations entre les prototypes. La section frontale du P1 semble plus large, et la prise d’air moteur paraît plus haute, dépassant légèrement la ligne de flanc du fuselage, tout en étant plus proche de la cabine. Ces différences restent cependant à confirmer puisqu’il s’agit encore d’une étape très précoce de construction, avec uniquement le squelette et les structures principales en place. Les composants mécaniques, électriques et électroniques ainsi que le câblage interne ne sont pas encore installés.

La fabrication du P1 aurait débuté début 2025, intégrant probablement les retours d’expérience des tests des drones d’attaque sans pilote Kizilelma et Anka 3, lesquels devraient opérer en appui des Kaan comme « loyal wingmen » ou Aéronefs de Combat Collaboratifs (CCA).

Planning des essais en vol

TurDef annonce également la construction d’un troisième prototype, le P2, bien qu’aucune image de cet appareil n’ait encore été diffusée. Selon le rapport de TurDef, le deuxième prototype présente un design plus abouti destiné aux phases de tests avancés qui se dérouleront parallèlement au P2, attendu prochainement.

Les premiers essais en vol des prototypes P1 et P2 sont programmés pour le printemps 2026, environ deux ans après le vol inaugural du P0. Tolga Ozbek, chargé du planning, indique que le P1 devrait débuter les essais au sol puis effectuer son premier vol en avril 2026, tandis que le P2 serait opérationnel pour voler dès juillet 2026. Le directeur général de TAI, Mehmet Demiroğlu, a précisé lors du salon TEKNOFEST à Istanbul qu’aucun autre vol n’est prévu pour le P0, l’attention restante concentrée exclusivement sur le P1.

Premier prototype du Kaan en essais de roulage
Premier prototype du Kaan en essais de roulage

Lancé en 2019, le programme Kaan vise à remplacer la flotte turque actuelle de 240 F-16 d’ici les années 2030. Mis en service en mars 2023, le premier prototype a réalisé son premier vol en février 2024. Les caractéristiques techniques officielles restent pour l’instant limitées, mais le Kaan devrait atteindre une vitesse maximale de Mach 1,8 et disposer d’un plafond opérationnel à environ 16 780 mètres. Son poids maximum au décollage (MTOW) est évalué à 27 860 kg.

La Force aérienne turque prévoit de réceptionner les 20 premiers exemplaires du Kaan Block 10 en 2028. Ces avions seront initialement propulsés par deux moteurs General Electric F-110-GE129, déjà en service sur les F-16C turcs Block 50, offrant une poussée combinée d’environ 26 000 kg. À terme, TAI ambitionne de remplacer ce groupe propulsif par des moteurs nationaux en cours de développement, dotés d’une capacité de supercroisière.

Une nouvelle dynamique autour des F-35

La progression du deuxième prototype intervient dans un contexte politique complexe. Lors de la visite du président turc Recep Tayyip Erdogan aux États-Unis le 25 septembre, l’ex-président américain Donald Trump a encouragé la Turquie à être réintégrée au programme F-35A en échange d’un arrêt des importations de pétrole russe.

Trump a déclaré qu’il soupçonnait la Turquie d’accepter cette condition et que les sanctions américaines pourraient être levées, permettant à Ankara d’acquérir les chasseurs furtifs américains F-35. Pour rappel, la Turquie avait été exclue du programme en 2020, sur décision de l’administration Trump, en raison de l’achat controversé par Ankara du système russe de défense aérienne S-400, perçu comme une menace pour la sécurité du F-35.

La Turquie continue de réclamer la livraison de ses six F-35A actuellement stockés aux États-Unis. Le ministre turc de la Défense, Yaşar Güler, a confirmé en novembre 2024 devant le Comité de planification et de budget de la Grande Assemblée nationale turque que les discussions avec Washington à ce sujet s’intensifiaient.

F-35 turcs stockés chez Lockheed Martin
F-35 turcs stockés chez Lockheed Martin

Une partie de la communauté stratégique et de défense turque estime que l’avancée du programme Kaan pourrait influer sur les décisions américaines, en renforçant l’autonomie militaire turque et en réduisant la dépendance aux matériels de fabrication américaine.

Parth Satam