Petit, bon marché et létal par sa masse, le drone Shahed s’impose comme une arme emblématique des conflits contemporains. Initialement conçu comme un instrument militaire régional iranien, ce drone a transformé la conception même de la guerre moderne, notamment en matière d’attrition et de saturation des défenses aériennes.
Voici un aperçu détaillé de son développement, de son fonctionnement, et des raisons pour lesquelles il suscite une attention internationale croissante.
| Catégorie : | Détails : |
| Type | Munition loitering / drone d’attaque à usage unique |
| Rôle | Frappe à longue portée et guerre d’attrition |
| Pays d’origine | Iran |
| Fabricant | Iran Aircraft Manufacturing Industrial Company (HESA) |
| Principales variantes | Shahed-131, Shahed-136, Shahed-238 |
| Méthode de lancement | Lancement terrestre assisté par rail depuis des véhicules |
| Propulsion | Moteur à piston arrière avec hélice propulsive (Shahed-131/136) ; propulsion par réacteur (Shahed-238) |
| Vitesse | Environ 185 km/h (Shahed-136) |
| Portée | Shahed-131 : 900 km ; Shahed-136 : 2 000 à 2 500 km |
| Envergure | Environ 2,5 mètres |
| Poids au lancement | Environ 200 kg |
| Guidage | Navigation GPS/INS |
| Type de charge militaire | Explosif à fragmentation |
| Usage opérationnel | Frappe d’infrastructures stratégiques, attaques par saturation, guerre d’attrition |

Modèle numérique du drone kamikaze Shahed. Photo : Ministère de la Défense ukrainien
Qu’est-ce que le drone Shahed ?
Le nom « Shahed » désigne une famille de drones iraniens (UAV) principalement développés par le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC) et le secteur aérospatial national iranien.
Si cette série comprend des drones de reconnaissance et de combat, le terme est le plus souvent associé au Shahed-136, une munition loitering conçue pour des frappes à longue portée en une seule mission suicide.
Contrairement aux avions de combat traditionnels, le Shahed n’est pas récupéré après sa mission : il se dirige vers sa cible et explose à l’impact.
Sa notoriété grandit grâce à son coût de production réduit, à sa facilité de déploiement massif et à sa capacité démontrée à saturer les systèmes de défense aérienne par le volume.
Origines et développement
L’Iran a intensifié le développement de ses drones indigènes dans les années 1980-1990, face aux sanctions internationales qui limitaient l’accès aux systèmes aériens étrangers avancés.
Progressivement, les plateformes sans pilote sont devenues un pilier central de la stratégie de défense asymétrique du pays, permettant de projeter la force sans le coût élevé des forces aériennes conventionnelles.
- Années 1980 : Premiers essais de drones durant la guerre Iran-Irak.
- Années 2000 : Expansion des programmes domestiques de drones sous l’industrie militaire iranienne.
- 2019 : Les drones Shahed sont liés aux attaques d’Abqaiq-Khurais contre des infrastructures pétrolières saoudiennes, illustrant leur potentiel stratégique.
- Depuis 2022 : Les drones Shahed-136, transférés à la Russie et rebaptisés Geran-2, sont largement utilisés contre les infrastructures ukrainiennes.
Le développement de la série Shahed est attribué à la société Iran Aircraft Manufacturing Industrial Company, à l’IRGC et aux organisations aérospatiales étatiques iraniennes.
Variantes principales
| Variante | Rôle principal | Remarques |
| Shahed-129 | Reconnaissance et frappe | Comparable aux drones MALE tels que le MQ-1 Predator |
| Shahed-131 | Munition loitering | Variante plus petite et à plus courte portée que le Shahed-136 |
| Shahed-136 | Drone de frappe longue portée | Modèle opérationnel le plus déployé, utilisé massivement en Ukraine sous le nom Geran-2 |
| Shahed-238 | Drone de frappe rapide | Variante à propulsion par réacteur, plus rapide et difficile à intercepter |
| Shahed-149 « Gaza » | UAV de combat à endurance longue | Plateforme plus grande de surveillance et de frappe ; nom attribué après l’attaque du Hamas en octobre 2023 |

La simplicité de la conception et le profil d’attaque à usage unique du drone en font une arme récurrente dans les conflits modernes. Photo : Police nationale ukrainienne / Wikimedia Commons / CC4.0
Fonctionnement du drone Shahed
Lancement et profil de vol
Le Shahed-136 est lancé depuis des rampes inclinées montées sur des camions ou remorques, sans nécessiter de piste ni d’infrastructure aéroportuaire.
Une fois lancé, il se dirige vers ses coordonnées préprogrammées grâce à la navigation par satellite (GPS) et à un système inertiel embarqué.
Sa voilure en delta privilégie l’endurance et la facilité de fabrication plutôt que la vitesse ou la manœuvrabilité. Ce compromis délibéré le rend lent et bruyant, mais peu coûteux à produire et simple à déployer en masse.
Caractéristiques clés
- Grande autonomie opérationnelle permettant des frappes en profondeur
- Coût de production faible comparé aux missiles de croisière classiques
- Capacité à saturer les défenses aériennes par des attaques en essaim
- Section radar relativement faible comparée aux avions pilotés

Le drone Shahed est conçu pour patrouiller au-dessus de la zone cible avant de frapper avec sa charge intégrée. Photo : US Navy
Forces du Shahed
L’atout principal du Shahed réside dans l’asymétrie des coûts.
Un drone coûtant une fraction d’un missile de croisière conventionnel peut détruire des infrastructures énergétiques, du matériel de défense aérienne ou des nœuds logistiques, obligeant l’adversaire à engager des intercepteurs bien plus coûteux à chaque attaque.
À grande échelle, cette dynamique affaiblit même des réseaux de défense aérienne bien dotés.
Ce système s’adapte parfaitement aux stratégies de guerre asymétrique, permettant aux acteurs étatiques comme non étatiques de mener des frappes de longue portée sans risquer de pilotes ni investir dans des avions coûteux.
Limites
Malgré son impact, la série Shahed présente des faiblesses notables :
- Vitesse faible, rendant chaque drone vulnérable à l’interception
- Le moteur à piston bruyant avertit l’ennemi de son approche
- Sensibilité aux brouillages électroniques et au blocage GPS
- Peu de flexibilité en vol : la plupart des variantes de base ne peuvent pas être redirigées après le lancement
Utilisation mondiale et déploiements au combat
La série Shahed s’est imposée comme l’une des plateformes de drones les plus actives opérationnellement dans plusieurs zones de conflits.
Proche-Orient
Des groupes alignés sur l’Iran ont déployé des variantes Shahed pour frapper infrastructures, positions militaires et voies maritimes régionales.
Les frappes d’Abqaiq-Khurais en 2019 ont démontré la capacité de la plateforme à réaliser des attaques simultanées et précises sur des objectifs stratégiques éloignés.
Guerre russo-ukrainienne
La Russie a utilisé massivement le Shahed-136, renommé Geran-2, pour des campagnes de frappes contre les réseaux électriques, infrastructures de chauffage et défenses aériennes ukrainiennes.
Ces opérations constituent jusqu’à présent le test opérationnel le plus approfondi des capacités et limites de ce drone, et ont accéléré les investissements occidentaux dans les systèmes anti-drones.
Méridional de la mer Rouge
Les forces houthis soutenues par l’Iran emploient des drones, y compris des Shahed, dans des attaques contre le trafic commercial et les navires militaires, perturbant ainsi une voie maritime stratégique majeure.
Perspectives d’avenir
La trajectoire du Shahed s’oriente simultanément dans deux directions :
D’une part, le drone continue d’évoluer. La variante à propulsion par réacteur Shahed-238 améliore la vitesse, une vulnérabilité majeure des premiers modèles, rendant plus difficile son interception. D’autres versions devraient suivre.
D’autre part, le succès opérationnel du Shahed a intensifié le développement de systèmes de contre-mesures anti-drones, de guerre électronique et de réseaux de défense aérienne multicouches, une dynamique inédite depuis la Guerre froide.
La course à l’armement entre attaques de masse par drones et défenses efficaces à moindre coût constitue désormais une compétition technologique majeure dans les conflits modernes.
Le Shahed n’a pas initié cette dynamique, mais il en a prouvé la faisabilité à grande échelle — un fait qui ne sera pas oublié de sitôt.