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Le gouvernement écossais a annoncé un ajustement de sa politique industrielle de défense en levant l’interdiction de soutenir publiquement la production de munitions, tout en interrompant l’attribution de nouveaux financements aux entreprises de défense liées à Israël ou à d’autres pays accusés de génocide.

Le Premier ministre John Swinney a présenté ces mesures le 3 septembre dans un contexte marqué par deux crises majeures. À Gaza, le bilan des morts a dépassé les 63 000 personnes.

En Europe, l’invasion de l’Ukraine par la Russie s’est étendue à sa troisième année, mettant en lumière les vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement de l’OTAN ainsi que la capacité du continent à se réarmer rapidement. Selon le Premier ministre, ces deux conflits exigent une réponse, bien que celle-ci s’oriente différemment selon les situations.

« La situation à Gaza est une catastrophe humanitaire d’origine humaine. Nous devons affronter cette crise avec urgence, compassion et un engagement ferme envers la responsabilité », a-t-il déclaré. Il a également souligné que la guerre en Ukraine démontrait que l’Écosse et l’ensemble du continent ne pouvaient pas se permettre la complaisance.

« Défendre notre pays – défendre notre continent – est un devoir du gouvernement. Quiconque suit le conflit en cours en Ukraine comprend, je l’espère, l’importance collective de la défense. En effet, cette invasion montre que nous vivons dans un monde où la sécurité nationale fait face à des menaces bien plus importantes et immédiates. »

Depuis plusieurs années, la politique de Holyrood interdisait à Scottish Enterprise et à d’autres agences publiques de soutenir tout projet pouvant être associé à la production de munitions. Plus tôt cette année, cette position avait presque conduit à l’abandon d’un projet de 11 millions de livres pour une installation de soudure de sous-marins sur la Clyde, après le blocage d’une subvention de 2,5 millions de livres octroyée par Scottish Enterprise pour des raisons politiques. Le projet avait finalement été rattrapé grâce à un financement du gouvernement britannique, mais cet épisode a révélé la rigidité de la politique ainsi que les tensions qu’elle engendrait avec la base industrielle de défense écossaise.

Swinney a reconnu cette réalité sans détour. « Conscients de ce paysage international transformé, le gouvernement écossais va lever la restriction imposée à l’appui public destiné à la production de munitions », a-t-il affirmé. « Mais face au génocide, il ne peut y avoir de ‘business as usual’. »

Le nouveau cadre prévoit désormais que le soutien public puisse être accordé aux projets de défense, à condition que les entreprises démontrent que leurs produits ne sont pas utilisés militairement par Israël ou par d’autres États accusés de génocide.

Swinney a été clair sur le fait que le gouvernement suspendrait les nouveaux financements aux entreprises en lien avec Israël, ajoutant : « Toute entreprise de défense sollicitant un soutien du gouvernement écossais devra prouver que ses produits ne sont pas impliqués militairement avec Israël. »

Cette évolution s’accompagne d’un important volet humanitaire. L’Écosse attribuera ainsi 400 000 livres pour la création du Gaza HOPES Field Readiness Hub, un hôpital prêt à être déployé rapidement et capable d’offrir des soins chirurgicaux, de maternité et pédiatriques dans la région.

Un soutien supplémentaire de 600 000 livres sera versé au Fonds humanitaire dirigé par l’UNOCHA pour les territoires palestiniens occupés, tandis que jusqu’à 20 enfants blessés de Gaza seront accueillis en Écosse pour être soignés plus tard ce mois-ci.

« Nous sommes témoins d’une catastrophe humanitaire d’ampleur historique. Pourtant, les bombardements continuent. Les bombes et les roquettes doivent cesser. L’aide humanitaire doit parvenir à destination », a insisté Swinney.

Pour les responsables de l’industrie de défense, cette décision reconnaît l’importance stratégique du rôle de l’Écosse dans la construction navale et l’ingénierie de pointe. Pour le gouvernement d’Édimbourg, elle permet de maintenir une position éthique forte vis-à-vis du droit international humanitaire.