Le Man Portable Anti-Tank Guided Missile (MPATGM), un missile anti-char portatif développé en Inde par l’organisation de recherche et développement en défense (DRDO), devrait obtenir son agrément opérationnel en 2026. Conçu pour neutraliser des cibles blindées lors de combats en haute altitude ou en milieu urbain, ce système de troisième génération « tire et oublie » a reçu un accueil très positif lors des essais conjoints avec l’armée, notamment sur le polygone de tir de Pokhran. Le MPATGM vise à remplacer les missiles de seconde génération importés tels que le MILAN et le 9M113 Konkurs, renforçant ainsi l’autonomie stratégique de l’Inde face aux menaces mécanisées croissantes.
Issu des enseignements des affrontements de Galwan en 2020, où la légèreté et la mobilité des capacités antichars ont fait la différence, ce missile incarne la volonté de la DRDO d’apporter une létalité précise et portable. Destiné notamment aux forces spéciales et brigades parachutistes, il devrait réduire la facture d’importation de 70 % tout en améliorant la mobilité tactique dans des terrains difficiles.
Le projet MPATGM a été lancé en 2015 comme une version portable du missile antichar Nag, avec un budget approuvé de 73,46 crores INR et un objectif de finalisation initial en 2018. La collaboration avec Bharat Dynamics Limited (BDL) pour la production et Tonbo Imaging pour le chercheur infrarouge non refroidi a permis le développement des premiers prototypes, soutenu par une usine dédiée inaugurée en 2018 à Bhanur, Telangana.
Les essais utilisateurs ont été retardés par la pandémie de COVID-19, mais la DRDO a poursuivi ses ajustements successifs pour optimiser le système. La double guidage combinant un radar à onde moyenne (RF) et un chercheur infrarouge à imageur (IIR) avec intelligence artificielle intégrée permet une identification précise des cibles en temps réel, assurant une capacité opérationnelle de jour comme de nuit, sans exposer l’opérateur. Contrairement aux missiles filoguidés, sa fonction « tire et oublie » offre la possibilité au tireur de se repositionner immédiatement après le lancement, limitant ainsi sa vulnérabilité face à la présence croissante de drones sur le champ de bataille.
Léger, avec un poids total inférieur à 30 kg, le MPATGM se rapproche des standards internationaux tels que le FGM-148 Javelin américain ou le Spike israélien, mais avec un contenu local de 90 %. La montée en cadence de la production chez BDL et ses partenaires privés, comme VEM Technologies, vise une livraison des premières unités dès 2027.
Les caractéristiques clés du MPATGM sont les suivantes :
- Portabilité et lancer : le missile pèse 14,5 kg, intégré dans une unité de lancement (CLU) de 14,25 kg, montée sur un tripode en aluminium et fibre de carbone. Le missile cylindrique de 1,3 m de long et 12 cm de diamètre est éjecté à travers un tube explosive permettant une mise à feu sécurisée et discrète.
- Portée et guidage : efficace sur des distances comprises entre 200 et 4 000 mètres (2,5 km en essais), il est propulsé par un moteur à propergol solide bicompact. Le chercheur IIR numérique, couplé à un désignateur laser, verrouille les signatures thermiques et offre des modes d’attaque par le dessus (top attack) ou directe, adaptés aux blindages réactifs explosifs (ERA) modernes.
- Tête militaire : une charge tandem hautement explosive anti-char (HEAT) peut pénétrer entre 660 et 710 mm d’acier blindé homogène laminé (RHA), suffisant pour neutraliser des chars lourds contemporains comme le Type 99 chinois ou l’Al-Khalid pakistanais.
- Équipage et stabilité : deux opérateurs sont nécessaires pour la mise en œuvre, avec huit ailerons radiaux (quatre au milieu du missile, quatre à l’arrière) assurant une stabilité du vol quel que soit le mode.
Cette combinaison d’intelligence artificielle pour l’imagerie et d’une détonation en tandem, validée lors d’essais de pénétration, garantit des destructions en un tir sur des cibles mobiles à 2 km, même dans des conditions météorologiques difficiles.
La DRDO et l’armée indienne ont collaboré étroitement à chaque étape de développement et d’essais utilisateurs pour satisfaire aux exigences qualitatives du personnel général (GSQR).
Les principales étapes réalisées :
- 2018-2019 : essais de vol initiaux dans les déserts du Rajasthan, confirmant la capacité d’attaque par le dessus à 2,5 km et la précision de tirs depuis un trépied sur des cibles simulées.
- 2021-2022 : validations post-pandémie à courte et longue portée, testant l’avionique et la stabilité avec des chercheurs miniaturisés.
- 2023 : essais à longue portée sur le polygone national à ciel ouvert de Kurnool.
- 2024 : évaluations déterminantes sur le terrain à Pokhran, incluant en avril des démonstrations de la charge tandem et en août un troisième tir couronné de succès, illustrant la précision du « tire et oublie » et l’intégration complète du système (lanceur, acquisition, commande de tir).
Les essais d’août 2024, suivis par des officiers supérieurs de l’armée, ont satisfait à tous les critères, notamment le pouvoir de pénétration des blindages modernes. Avec la plupart des tests de développement finalisés, 2026 sera consacré aux évaluations en conditions réelles : tirs en milieux extrêmes du Ladakh, simulations urbaines et intégration avec les équipements d’infanterie de nouvelle génération.
« Les essais conjoints ont renforcé notre confiance ; la maturité du système correspond à nos besoins opérationnels », a indiqué un responsable du ministère de la Défense, évoquant une accélération probable de l’homologation après la revue du dernier trimestre 2026.
La validation prévue en 2026 arrive à un moment crucial où l’Inde doit trancher sur ses orientations d’acquisition, après des importations limitées des missiles Spike et Javelin. En équipant plus de 50 bataillons d’infanterie, le MPATGM renforcera la guerre asymétrique, notamment contre les incursions chinoises au Arunachal Pradesh ou les assauts mécanisés le long de la ligne de contrôle (LoC) avec le Pakistan.