Le navire d’assaut amphibie chinois Type 076 « Sichuan » a entamé ses premières essais en mer au large de Shanghai. Ce nouveau bâtiment de projection et de commandement se distingue par son système de catapulte électromagnétique dédié au lancement de drones à voilure fixe, une innovation unique dans le domaine des navires amphibies.
Le « Sichuan » a quitté son quai aux chantiers navals Hudong-Zhonghua, situés sur l’île Changxing dans le delta du Yangtsé, assisté par plusieurs remorqueurs. Les médias officiels chinois, y compris ceux de la Marine de l’Armée populaire de libération (PLAN), ont diffusé des vidéos et images de cet événement.
Le Type 076 : une capacité inédite pour un des plus grands navires amphibies au monde
Ce porte-avions d’assaut amphibie mesure 252 mètres de long pour une largeur de 45 mètres sur sa piste d’envol, le plaçant parmi les plus grands navires amphibies existants. Il dispose d’un radier inondable à l’arrière, permettant la mise à l’eau de transports de type LCU ou LCAC ainsi que de véhicules amphibies.
La configuration du pont d’envol intègre deux ascenseurs latéraux pour acheminer les aéronefs vers le hangar, une première dans la conception navale chinoise.
Avec un déplacement estimé autour de 45 000 tonnes, le « Sichuan » rivalise en taille avec les Landing Helicopter Dock (LHD) de classe América en service dans la marine américaine, et dépasse même le porte-avions nucléaire français Charles de Gaulle. En décembre 2024, lors de la mise à flot, les autorités chinoises avaient indiqué un déplacement supérieur à 40 000 tonnes.
Depuis sa sortie du chantier naval, le « Sichuan » est resté dans le bassin de finition, aux côtés d’autres navires récemment mis à l’eau, notamment des frégates Type 054AG et des patrouilleurs océaniques Type 054 pour la Garde côtière chinoise (CCG). Fin octobre, des images ont révélé des essais de charge de la catapulte électromagnétique installée à bord. Par ailleurs, des marquages ont été apposés sur le pont d’envol, notamment les zones d’atterrissage pour hélicoptères ou drones VTOL (décollage et atterrissage verticaux).
Le navire ne présente pas encore d’autres marquages réguliers sur sa piste, ce qui laisse supposer que la configuration observée est provisoire.
Convergences technologiques avec le porte-avions « Fujian »
La catapulte électromagnétique du « Sichuan » semble comparable, dans ses grandes lignes, à celles — au nombre de trois — du porte-avions « Fujian », récemment entré en service. En complément de cette catapulte, le bâtiment est équipé d’un système d’appontage à trois câbles, offrant une véritable capacité CATOBAR (Catapult Assisted Take-Off But Arrested Recovery).
Il est à noter que le « Fujian » avait pris plusieurs mois entre ses essais de charge en novembre 2023 et son premier test en mer en mai 2024. En revanche, le « Sichuan » a réalisé ces étapes en seulement quelques semaines. Plusieurs facteurs expliquent cette différence, notamment le fait que le Type 076 est un bâtiment d’assaut amphibie (LHA), dont les équipements et essais sont moins complexes que ceux du porte-avions super-lourd de plus de 80 000 tonnes.
Cette progression rapide est représentative de la construction du « Sichuan », dont les premiers modules ont été posés en cale sèche dès octobre 2023 ; de fait, le navire est parvenu en phase d’essais en mer en seulement deux ans, ce qui est exceptionnel pour un premier exemplaire de ce type.
Drones de combat à voilure fixe, une innovation majeure
Les prochains mois verront se succéder plusieurs séries d’essais en mer, de plus en plus approfondies et prolongées. Si la transition rapide entre les essais statiques et le premier test en mer se maintient, le « Sichuan » pourrait effectuer moins d’essais en mer que le « Fujian », qui en avait mené neuf avant son entrée en service le 5 novembre 2025.
Le point culminant de ces essais sera sans doute l’intégration à bord et les tests en vol des drones à voilure fixe opérant depuis le « Sichuan ». Selon les informations publiées, le GJ-21, dérivé du drone de combat à réaction GJ-11, devrait composer une partie importante de son aviation embarquée.
Le GJ-21 est un drone furtif subsontique à voilure volante, avec un poids au décollage estimé à plus de 15 tonnes et des soutes internes pour armement. Propulsé par un unique turboréacteur, il est équipé d’un train d’atterrissage compatible avec une catapulte et d’un crochet de queue pour les appontages par câble. Des images récentes datant de fin octobre suggèrent que les tests en vol progressent.
Il semble toutefois improbable que ce drone soit le seul modèle de voilure fixe naval à opérer depuis le « Sichuan » ou d’autres futurs navires de ce type. Lors d’un défilé militaire très médiatisé à Pékin le 3 septembre, l’Armée populaire de libération (APL) a présenté une gamme étendue de nouveaux drones de combat.
Nombre et types de drones embarqués encore inconnus
Ce défilé comprenait quatre nouveaux modèles de drones à voilure fixe, en plus du GJ-21 et d’un drone armé moyenne altitude longue endurance WL-2 MALE. Deux de ces nouveaux drones à réaction disposent d’un train avant à double roue, caractéristique parfois indicative d’une utilisation embarquée – bien que non systématique.
Certaines analyses suggèrent que des avions pilotés à voilure fixe pourraient aussi opérer depuis le Type 076, mais la configuration relativement étroite et droite du pont d’envol semble peu favorable et sécuritaire pour un tel usage.
En plus des drones à voilure fixe, le porte-avions accueillera des hélicoptères destinés à diverses missions : transport, assaut et recherche et sauvetage. Théoriquement, il devrait également pouvoir opérer des drones à voilure tournante, comme l’un des modèles présentés lors du défilé de septembre.
Avec le début des essais en mer, le « Sichuan » illustre avec force les ambitions du PLAN pour étendre rapidement ses capacités de projection de puissance en haute mer.
À l’heure actuelle, le PLAN ne semble pas développer une capacité équivalente au chasseur STOVL F-35B embarqué sur porte-avions ou navires amphibies. Cependant, si d’autres navires de type Type 076 viennent renforcer la flotte après le « Sichuan », la marine chinoise disposera d’un potentiel sans égal dans le monde pour soutenir des assauts amphibies par la puissance aérienne dans de multiples scénarios.
Alex Luck