Un regain d’intérêt entoure récemment les nouveaux véhicules blindés de combat de l’armée britannique, suite à la publication tant attendue du Plan d’Investissement en Défense (PID), qui détaille le financement des 62 recommandations issues de la Revue Stratégique de Défense de George Robertson (SDR) de juin 2025.
On mettra de côté pour l’instant le fait que cette revue stratégique était déjà dépassée à sa sortie et que le PID demeure flou et décevant. De nombreux équipements militaires sont en cours de développement ou proposés, mais les modalités précises de leur financement restent obscure.
Examinons les programmes de véhicules blindés de combat (VBC) de l’armée britannique. Sans entrer dans les détails techniques, trois principaux types de véhicules sont concernés : le Challenger 3 (CR3), le « nouveau » char principal de combat (MBT) de l’armée ; le programme chaotique du véhicule blindé de cavalerie Ajax ; et le Boxer, nouveau véhicule blindé de combat multirôle à huit roues, accompagné de ses variantes.
Le Challenger 3 est, en réalité, davantage une modernisation du Challenger 2 entré en service en 1998 qu’une création neuve. À plus de 25 ans, ce char accuse clairement son âge, n’ayant bénéficié d’aucune mise à niveau majeure depuis son lancement. Le CR3 reprend le châssis existant pour y installer une tourelle inédite. Pour la première fois, un char britannique embarquera le canon lisse de 120 mm Rheinmetall, muni d’une munition compatible avec celles de nos alliés de l’OTAN.
Ce char sera performant, mais il présente plusieurs faiblesses. Il conserve le même moteur de 1200 chevaux que son prédécesseur, jugé insuffisant en Ukraine pour leurs opérations actuelles. Les plans actuels prévoient la commande de seulement 148 exemplaires, un nombre insuffisant pour durer lors d’un conflit conventionnel à armes égales. Par ailleurs, seuls 60 systèmes de protection active (APS), capables d’intercepter automatiquement missiles et projectiles ennemis, seront achetés, laissant 88 chars sans cette protection essentielle.
À mon avis, ce Challenger 3 sera probablement le dernier char principal occidental conçu selon une philosophie désormais dépassée, voire obsolète.
Qu’entends-je par là ? Un consensus émerge selon lequel la génération actuelle de chars occidentaux — Leopard 2, M1A2 Abrams et désormais CR3 — est trop lourde, trop coûteuse et trop vulnérable pour que leur concept endure. Ces chars incarnent en somme une mise trop concentrée sur un seul format. Comme l’ont montré les combats en Ukraine, un drone relativement bon marché peut éliminer ces véhicules sophistiqués avec un peu de chance.
Le programme Ajax est un échec retentissant, illustrant parfaitement les dérives de la chaîne d’approvisionnement militaire. Il accuse plus de dix ans de retard et représente un coût avoisinant les 6,3 milliards de livres sterling. Les véhicules déjà livrés ne peuvent être utilisés en raison du bruit et des vibrations qui ont endommagé la santé de certains équipages.
Ajax a été conçu avant l’ère des drones et s’avère désormais extrême vulnérable sur le champ de bataille contemporain. Ce véhicule de 42 tonnes, avec une signature thermique et acoustique élevée, constitue une cible de choix. Placer des soldats dans ce blindé serait presque irresponsable. Ce programme aurait dû être annulé il y a des années.
Heureusement, un motif d’optimisme existe avec le Boxer, véhicule de combat d’infanterie à huit roues qui entre enfin en service dans l’armée britannique. Initialement développé dans le cadre d’une coopération germano-néerlandaise, il est largement utilisé à travers le monde. Le Royaume-Uni, partie prenante dès l’origine, s’était retiré du projet en 2003 avant de réintégrer le consortium en 2018, après des échecs dans ses programmes nationaux. À ce jour, 100 exemplaires ont été livrés, et 523 sont en commande.
Malgré ce retard, le Boxer se présente désormais comme un véhicule mature et éprouvé en conditions réelles. Certains aspects comme sa taille, son poids et son coût restent discutables, de même que son modèle d’artillerie automotrice RCH-155 récemment commandé, jugé quelque peu déséquilibré. Néanmoins, il semble très performant et devrait, pour une fois, répondre aux attentes.
Il n’en demeure pas moins que la gestion des acquisitions pour l’armée britannique reste profondément problématique. Ce défi découle d’un ministère de la Défense englué dans des pratiques obsolètes, héritées des années 1950, et d’une obsession maladive pour le « sur-mesure » à coûts exponentiels, au détriment de l’efficacité et de la réactivité technologique.
La solution passe par une refonte complète et modernisation du ministère de la Défense. Reste à savoir si Andy Burnham sera l’homme capable de relever ce défi.