Le programme européen GCAP (Global Combat Air Programme) pourrait voir son avion de combat de sixième génération entrer en service environ deux ans plus tôt que prévu, à condition que cette première version soit déployée de manière progressive, selon le directeur général de Leonardo.
Lors de la présentation des résultats semestriels du groupe italien jeudi, Lorenzo Mariani a confirmé que la pression pour accélérer le calendrier de GCAP venait du plus haut niveau ministériel et qu’elle était justifiée. « Il est vrai qu’il y a une forte volonté d’avancer l’entrée en service du GCAP, initialement prévue pour 2035, d’environ deux ans », a-t-il déclaré.
Selon lui, « cette accélération est motivée à juste titre, à mon avis, par l’urgence de déployer au plus vite ce système multi-domaines ».
Interrogé sur la faisabilité industrielle d’un tel gain de temps, il a répondu que c’était possible, mais qu’il faudrait adapter les capacités de l’appareil lors de son lancement opérationnel. Il s’agit de « rendre l’entrée en service encore plus progressive que prévu, en modulant probablement les exigences que la version initiale devra remplir ». Il a ajouté : « il est toujours possible de répondre progressivement aux exigences finales, comme cela a toujours été le cas dans ce type de programme complexe ».
Le GCAP est un programme trilatéral associant le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon pour développer un avion de combat de sixième génération destiné à remplacer le Eurofighter Typhoon et le F-2 japonais, avec un objectif de mise en service en 2035. Ce projet est mené via Edgewing, une coentreprise regroupant BAE Systems, Leonardo et Japan Aircraft Industrial Enhancement Co, qui contracte avec l’organisation gouvernementale trilatérale GIGO, basée au Royaume-Uni. Des informations récentes du Salon aéronautique de Farnborough évoquaient une volonté du Japon, et possiblement de l’Italie, d’avancer cette échéance.
Mariani a également été amené à commenter les propos du PDG de BAE Systems, Charles Woodburn, qui avait souligné la veille que la fenêtre pour intégrer un nouveau pays partenaire au programme se refermait rapidement si la date de 2035 devait être maintenue. Il a acquiescé : « Je suis entièrement d’accord avec mon collègue Charles. Cette fenêtre va bientôt se fermer, car autrement la confiance dans les délais serait compromise. C’est la raison principale ».
Il a toutefois reconnu l’argument concurrent qui consiste à « considérer s’il n’est pas préférable de perdre un peu de temps maintenant pour stabiliser un consortium plus sain, et ainsi gagner du temps ultérieurement dans la phase de développement ». Mais il a noté que, « en général, les décisions se prennent sur la base des éléments disponibles aujourd’hui. Donc oui, cette fenêtre va se fermer très prochainement ».
Alors que l’Allemagne est souvent citée comme possible futur partenaire du programme, l’Arabie saoudite est aussi évoquée, le Royaume-Uni ayant exprimé son intérêt pour une implication de Riyad. Le Canada a, pour sa part, rejoint le programme en qualité d’observateur. Mariani a jugé ce dernier point positif : « Un nouvel observateur a été ajouté avec le Canada, qui a demandé à faire partie du programme, pour l’instant en tant qu’observateur. C’est un très bon signe pour la poursuite du programme ».
Concernant les avancées réalisées, Mariani a rappelé la signature du premier important contrat international entre GIGO et Edgewing, que BAE Systems a évalué cette semaine à plus de 5 milliards de livres sterling pour la coentreprise. Ce contrat couvre la finalisation de la phase avancée de conception et d’étude ainsi que la poursuite des travaux détaillés de conception et de développement conjoints.
Ces annonces s’inscrivent dans un contexte de résultats semestriels remarquables pour Leonardo. Le directeur financier Giuseppe Aurelio a indiqué une hausse de 40 % des commandes par rapport à l’an dernier, totalisant environ 16 milliards d’euros, une hausse de 10 % du chiffre d’affaires, une amélioration de 110 points de base de la marge opérationnelle à 7,6 % et une augmentation de 74 % du résultat net. Leonardo a revu à la hausse ses prévisions annuelles, tablant désormais sur 28,2 milliards d’euros de commandes et un EBITA à 2,21 milliards d’euros, ce qui placerait le groupe dans une dynamique de marge à deux chiffres dès 2026, un an plus tôt que prévu.