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Face à la montée des tensions stratégiques avec la Chine et le Pakistan, l’Armée de l’air indienne (IAF) propose un plan ambitieux visant à renforcer sa puissance aérienne à travers une augmentation de ses escadrons de chasse. Cette initiative prévoit de porter la force à 55 escadrons, grâce à l’intégration de nouveaux avions comme le Tejas MkII et l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), afin de répondre aux défis d’un potentiel conflit sur deux fronts.

Le projet de l’IAF arrive en réponse directe aux pressions croissantes le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC) avec la Chine et de la Ligne de Contrôle (LoC) avec le Pakistan. Les affrontements récents en 2025 entre l’Inde et le Pakistan, notamment les opérations Bunyan Ul Marsoos et Sindoor, ont illustré la nécessité d’une force aérienne robuste capable d’engager simultanément plusieurs zones de conflit. Par ailleurs, l’expansion de la puissance aérienne chinoise, avec plus de 2 000 avions de combat dont des chasseurs furtifs J-20, et le renforcement des capacités pakistanaises via des JF-17 et l’acquisition potentielle de J-10CE chinois, accroissent la pression pour maintenir la supériorité aérienne indienne.

Actuellement, l’IAF dispose d’environ 31 escadrons, bien en-dessous de la cible réglementaire de 42 escadrons, en raison du retrait des appareils anciens comme le MiG-21 et des retards dans les livraisons de nouveaux avions. Chaque escadron compte généralement entre 18 et 20 avions, ce qui signifie que près de 1 000 appareils seraient nécessaires pour atteindre les 55 escadrons envisagés. Ce déficit, aggravé par des pertes opérationnelles et des défis de maintenance, pousse l’IAF à accélérer sa montée en puissance afin de compenser l’avance technologique et numérique de ses adversaires.

Un conflit sur deux fronts requiert non seulement une supériorité quantitative mais aussi des plateformes avancées aux capacités polyvalentes : supériorité aérienne, frappes de précision et guerre électronique. La proposition indienne met en avant des avions indigènes comme le Tejas MkII et l’AMCA, afin de réduire la dépendance aux fournisseurs étrangers et de s’inscrire pleinement dans le cadre de l’initiative Atmanirbhar Bharat pour l’autonomie stratégique.

Le Tejas MkII : pilier de l’expansion de l’IAF
Le Tejas MkII, évolution du Light Combat Aircraft (LCA) Tejas Mk1A, est destiné à devenir l’élément central de cette montée en puissance. Conçu par l’Aeronautical Development Agency (ADA) et produit par Hindustan Aeronautics Limited (HAL), ce chasseur multi-rôle de génération 4.5 est propulsé par un moteur General Electric F414, offrant des performances, une autonomie et une capacité de charge accrues par rapport à la version précédente. Son premier vol est prévu en 2027, avec une entrée en service autour de 2030.

L’IAF s’est déjà engagée à acquérir au minimum 180 exemplaires pour remplacer les anciens MiG-21, MiG-23 et MiG-27. L’expansion à 55 escadrons pourrait porter ce nombre à 240–300 avions, soit 12 à 15 escadrons supplémentaires. Parmi ses caractéristiques notables :

  • Avionique améliorée : radar AESA, suite de guerre électronique avancée et système de poursuite infrarouge (IRST) pour une meilleure conscience situationnelle.
  • Capacité de charge augmentée : plus de 6,5 tonnes permettant le déploiement de missiles de précision tels que le BrahMos-NG et le missile anti-radiation Rudram, développé localement.
  • Rayon d’action étendu : plus de 1 000 km pour opérer efficacement le long des frontières nord et ouest de l’Inde.
  • Coopération Homme-Machine : compatible avec le Combat Air Teaming System (CATS) indien, intégrant les plateformes sans pilote pour une guerre en réseau.

Le coût unitaire estimé à 60–70 millions de dollars, bien inférieur aux 100 millions et plus des appareils occidentaux comme le Rafale, fait du Tejas MkII une option économiquement viable pour accroître rapidement la capacité de combat. HAL prévoit d’augmenter sa production à 24 avions par an dès 2030, grâce à de nouvelles lignes d’assemblage à Nashik et Bengaluru.

L’AMCA : le bond furtif indien pour le futur
L’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA) représente l’ambition de l’Inde de disposer d’un chasseur furtif de 5e génération produit localement. Destiné aux missions de pénétration profonde, supériorité aérienne et guerre électronique, l’AMCA est essentiel pour rivaliser avec les J-20 chinois et anticiper les futures générations aériennes. Le ministère de la Défense a validé son développement, avec un premier prototype attendu en 2029 et une production en série envisagée dès 2035.

Le développement de l’AMCA se déroule en deux phases :

  • Mk1 : motorisé par des GE F414, affichant une faible signature radar, des soutes internes pour armement, un radar AESA et plusieurs capteurs distribués.
  • Mk2 : équipé de moteurs indigènes de 125 kN, disposant d’une capacité de supercroisière et d’une furtivité renforcée, pour faire face aux menaces avancées.

L’IAF prévoit d’intégrer initialement entre 120 et 150 AMCA Mk1, formant ainsi 6 à 8 escadrons, avec la possibilité d’augmenter ce nombre en cas d’extension à 55 escadrons. Les capacités furtives de l’AMCA, sa compatibilité avec les missiles hypersoniques et son intégration au système sans pilote CATS Warrior en font un outil clé pour pénétrer les zones d’exclusion anti-accès et déni de zone (A2/AD) chinoises.

Le développement de l’AMCA est crucial pour remplacer à terme les Su-30 MKI et Mirage 2000, modernisant ainsi la flotte indienne d’ici les années 2040. La réussite de ce programme repose sur la collaboration entre le Defence Research and Development Organisation (DRDO) et les industriels privés comme Tata et Bharat Forge, pour respecter les calendriers ambitieux.