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Jusqu’à présent, la relation entre le Royaume-Uni et l’Ukraine durant le conflit s’est principalement traduite par un flux unilatéral de matériel britannique, de financement et de formation vers l’est. Cependant, une table ronde organisée à Portcullis House a remis en question cette vision, soulignant que le véritable défi pour le Royaume-Uni est désormais d’apprendre d’un pays devenu l’un des foyers d’innovation militaire les plus rapides au monde.

L’événement, animé par le député Graeme Downie et organisé par Tech Connecta Vertex Ltd ainsi que Stephen Hoffman Consulting Ltd, s’est concentré sur la proposition d’un couloir d’innovation en défense UK/UE-Ukraine. Ce cadre vise à relier les universités, les industriels et les chercheurs ukrainiens aux acteurs européens et britanniques, qu’ils soient industriels, investisseurs ou institutionnels.

L’idée centrale est que la structure fait défaut : bien que des collaborations existent par endroits, il manque un canal fiable et rapide capable de faire circuler les propriétés intellectuelles, les talents et la production entre ces pays à la vitesse exigée par le conflit.

Graeme Downie résume cette nécessité en déclarant : « Les leçons que l’Ukraine peut nous enseigner sont désormais au moins aussi importantes que l’aide que nous pouvons lui apporter. » Selon lui, le modèle clé est celui d’une mobilisation sociétale globale, reflétant le moteur qui a permis à l’Ukraine de poursuivre la résistance. « Comment l’Ukraine tient-elle face à la Russie depuis si longtemps ? En mobilisant toute la société, les universités, tout l’écosystème autour d’un objectif commun », a-t-il expliqué. « Les enseignements pour nous, en matière de défense, d’innovation et d’économie, sont considérables. »

Lors de cette soirée, le thème majeur était la vitesse, illustrant l’écart grandissant entre la rapidité d’évolution des armements sur le champ de bataille et la lenteur des processus d’achat militaires occidentaux.

Andrew Coe, de Leonardo, ancien commandant du détachement de police aérienne britannique de l’OTAN en Roumanie, a témoigné de cette réalité à partir de sa propre carrière. Le développement des capacités prenait traditionnellement des années, du besoin opérationnel à la mise en service. « Mais si cela se produisait aujourd’hui, nous perdrions », a-t-il averti. En Ukraine, l’adaptation se mesure « non pas en années, mais en mois, souvent en semaines », parfois même en quelques jours, tandis que le Royaume-Uni continue d’acheter pour une guerre plus lente que celle en cours.

Le colonel (réserviste) Seb Pollington, ancien conseiller OTAN en Europe du Sud, a confirmé ce constat à l’échelle opérationnelle. Il a raconté l’exemple d’un chef de peloton près de Kupiansk capable d’alerter un fabricant sur un défaut ou une modification nécessaire et d’obtenir une solution en quelques heures ou jours. En comparaison, « des systèmes dont l’acquisition prend deux ans sont souvent déjà obsolètes en six mois. Le champ de bataille n’attend pas les comités. » Sa conclusion : l’avantage ne viendra plus tant de petites quantités de systèmes très sophistiqués que d’organisations « capables d’apprendre, produire, modifier et monter en puissance plus rapidement que tout adversaire ». Le vainqueur « ne sera peut-être pas celui disposant de la meilleure arme, mais celui qui apprend le plus vite ».

Cette nouvelle perception, où l’Ukraine devient enseignante plutôt que simple bénéficiaire, était le message clé voulu par les organisateurs. Andrew Coe l’a résumé ainsi : « L’Ukraine ne doit pas être vue comme une simple bénéficiaire d’aide. Elle est une source croissante d’innovation, de compréhension opérationnelle et d’expérience durement acquise. » Il a plaidé pour que la relation « évolue au-delà du simple rapport donateur-bénéficiaire pour devenir un véritable partenariat ».

Dan Danchenko, de Tech Connecta Vertex, a décrit ce couloir comme « une chaîne continue d’innovation », une couche pratique complémentaire aux accords déjà signés entre les gouvernements. Selon lui, ces accords institutionnels ne couvrent pas suffisamment les échanges business-à-business ni universitaires, là où se concentre pourtant l’ingéniosité ukrainienne. Il a insisté sur l’urgence, soulignant que des entreprises ukrainiennes sont déjà courtisées par d’autres pays et que l’hésitation britannique pèse.

Cette initiative n’est pas un point de départ vierge. Selon les documents diffusés lors de la réunion, elle rassemble déjà sept universités ukrainiennes, quinze entreprises du secteur défense et usages civils, l’Association ukrainienne des fabricants de défense et l’écosystème Sikorsky Challenge, en lien avec plus de soixante-dix sociétés britanniques également engagées, ainsi que des investisseurs et acteurs régionaux. Les priorités technologiques portent notamment sur les drones, les systèmes autonomes, la fabrication avancée, l’aérospatiale, la cybersécurité, la médecine militaire et l’intelligence artificielle.

Du côté ukrainien, Denys Kalachov, de l’Association des fabricants ukrainiens de défense, a illustré la croissance rapide du secteur, passant de quelques entreprises en 2017 à plus de 150 aujourd’hui. Il a toutefois mis en garde contre les obstacles réglementaires invisibles, notamment en matière de propriété intellectuelle, qui exposent les entreprises ukrainiennes à des enquêtes pénales, rebutent les investisseurs et freinent des partenariats potentiels. Pour lui, ce cadre institutionnel est une véritable avancée : « ce couloir d’innovation, et le cadre qui l’accompagne, constituent eux-mêmes l’innovation. »

La table ronde réunissait également des représentants gouvernementaux, avec la présence de Luke Pollard, ministre britannique de la préparation à la défense et de l’industrie, preuve, selon les organisateurs et Graeme Downie, de l’importance attribuée à cette initiative. Ce dernier a rappelé que l’intérêt manifesté ce soir-là, tant par les autorités publiques que par les parlementaires et les nombreuses PME présentes, montrait une réelle demande.

Graeme Downie a insisté sur la manière dont cette relation devait être présentée à l’opinion publique : « Il ne s’agit pas d’un simple don du Royaume-Uni à l’Ukraine. C’est un partenariat réel, dans lequel nous apprenons autant d’eux qu’ils reçoivent de nous, et cet équilibre va continuer à évoluer. » Interrogé sur les critères de succès, il a renvoyé aux faits concrets et à l’activité, en anticipant « une collaboration accrue entre entreprises ukrainiennes et britanniques, mais aussi au niveau militaire et gouvernemental ».

Pour ses promoteurs, la véritable épreuve commence maintenant : transformer cet élan de bonne volonté et la présence ministérielle en circuits d’approvisionnement, mécanismes d’investissement et protections de la propriété intellectuelle efficaces, afin que ce partenariat progrèsse à la vitesse que le conflit impose.