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Le ministère britannique de la Défense confirme surveiller attentivement le déploiement par la Russie de systèmes de missiles avancés, notamment les hypersoniques Kinzhal et Zircon, sans toutefois divulguer d’évaluation officielle de leur impact stratégique.

Interrogé par le député conservateur Ben Obese-Jecty le 29 août sur l’analyse de la menace représentée par ces systèmes hypersoniques, le ministre de la Défense Luke Pollard a répondu le 6 septembre : « Le ministère est conscient de l’utilisation russe de ces types de missiles et continue d’en suivre l’évolution. »

Aucune précision supplémentaire n’a été communiquée sur l’analyse du ministère ou les conséquences pour les forces britanniques et celles de l’OTAN. Présentés par Moscou comme des armes hypersoniques de pointe, le Kinzhal et le Zircon ont été employés dans le cadre du conflit ukrainien et jouent un rôle clé dans la stratégie de dissuasion russe.

Les missiles

Le Kinzhal (Kh-47M2), désigné Américain sous le nom d’AS-24 Killjoy, est un missile balistique aéroporté russe entré en service en 2017. Il est transporté par des avions à grande vitesse tels que l’intercepteur MiG-31K, le bombardier Tu-22M3M et, selon certaines sources, le Su-34, avec des plans d’intégration à terme sur le Su-57. Pesant environ 4 300 kg et mesurant plus de 7 mètres, le missile est propulsé par un moteur-fusée à propergol solide, guidé par un système inertiel alimenté par des mises à jour en vol et stabilisé par des ailerons en delta tronqué. Il peut embarquer une ogive conventionnelle explosive ou nucléaire à faible puissance, lui conférant des capacités tactiques et stratégiques.

La portée combinée au rayon d’action des avions porteurs atteint jusqu’à 2 000 km, avec une vitesse maximale avoisinant Mach 10. Moscou présente le Kinzhal comme une arme stratégique avancée ; il fut dévoilé publiquement en 2018 par le président Vladimir Poutine. Utilisé opérationnellement depuis les districts militaires Sud et Ouest de la Russie, il a été engagé lors de l’invasion de l’Ukraine débutée en 2022. La première interception réussie d’un Kinzhal a été annoncée en mai 2023, suite à l’arrivée de batteries américaines Patriot sur le théâtre ukrainien.

Cependant, malgré les affirmations russes sur ses capacités révolutionnaires, des analyses extérieures se montrent plus prudentes. Des experts chinois, ayant étudié ses performances en Ukraine, estiment que le Kinzhal ne peut être considéré comme un véritable missile hypersonique car il suit une trajectoire balistique prévisible et manque de manœuvrabilité à haute vitesse, ce qui le rendrait plus vulnérable à l’interception. Son degré de précision opérationnelle fait également l’objet de doutes, relativisant l’idée d’un saut technologique déterminant dans la technologie des missiles russes.

Le Zircon (3M22), aussi appelé Tsirkon et classé par l’OTAN sous la désignation SS-N-33, est un missile de croisière hypersonique russe développé par NPO Mashinostroyeniya. Conçu pour frapper des cibles navales et terrestres, il peut être lancé depuis des sous-marins, des navires de surface et, à terme, des plateformes terrestres. Propulsé par un statoréacteur (scramjet) utilisant le carburant Detsilin-M, il mesure environ 9 mètres de long pour un diamètre de 60 cm. Le Zircon est entré en service dans la marine russe en janvier 2023 dans le cadre d’une modernisation des capacités de frappe de précision à longue portée.

Ses performances affichent des vitesses pouvant atteindre Mach 9 et une altitude d’environ 28 km, lui conférant une portée et une capacité de survie élevées face aux défenses aériennes classiques. Les sources russes avancent une portée opérationnelle supérieure à 1 000 km, avec des portées réduites en vol de basse altitude et allongées selon une trajectoire semi-balistique. Ces chiffres restent sujets à débat, la majorité des estimations crédibles situant sa portée entre 400 et 1 000 km. Le Zircon est lancé via le système standardisé vertical 3S-14, déjà installé sur des frégates modernes et des sous-marins russes, assurant une grande polyvalence sur différents supports navals.

Sur le plan opérationnel, ce missile est présenté comme capable de neutraliser les porte-avions ennemis grâce à sa vitesse, sa manœuvrabilité et sa précision. Les médias russes soulignent que ses capacités pourraient changer la donne en mer en submergeant les systèmes de défense adverses. Toutefois, les analystes indépendants restent prudents, soulignant la difficulté de vérifier les revendications de portée maximale et de précision, la plupart des informations disponibles émanant exclusivement de sources russes.