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Lors du sommet NDTV Défense, le secrétaire à la Défense indien Rajesh Kumar Singh a dévoilé un plan ambitieux visant à renforcer la capacité militaire du pays en augmentant la production de munitions pour armes légères et en doublant les stocks de guerre. Actuellement dominé par les entreprises publiques indiennes, ce secteur doit s’ouvrir davantage au privé pour garantir l’autonomie stratégique et une meilleure préparation face à d’éventuels conflits. Cette annonce, faite dans le cadre du sommet consacré aux « Conflits armés au XXIe siècle », s’appuie sur les leçons tirées de l’Opération Sindoor tout en s’inscrivant dans l’initiative Atmanirbhar Bharat.

Interrogé par Vishnu Som de NDTV, Rajesh Kumar Singh a insisté sur l’urgence d’accroître la production. « Nous envisageons une forte montée en puissance de la fabrication de munitions pour armes légères, principalement assurée jusqu’ici par des entreprises publiques telles que Munitions India Limited (MIL) et les Indian Ordnance Factories (IOF). L’entrée du secteur privé est cruciale pour augmenter la capacité et garantir une préparation optimale à toute éventualité de guerre », a-t-il expliqué. Par ailleurs, il a confirmé que le ministère de la Défense prévoit de doubler les stocks de guerre – des réserves maintenues pour soutenir les opérations en cas de conflit prolongé – en réponse aux récentes tensions géopolitiques et aux exigences opérationnelles.

Cette impulsion à la hausse de la production de munitions découle des enseignements opérationnels recueillis lors de l’Opération Sindoor, menée du 7 au 10 mai 2025. Cette opération avait été déclenchée après une attaque terroriste à Pahalgam le 22 avril, qui avait fait 26 victimes civiles. Les frappes de précision sur des camps terroristes au Pakistan et au Pakistan-occupied Kashmir (PoK), suivies de contre-attaques sur des bases de l’armée de l’air pakistanaise, ont mobilisé un important volume de munitions, malgré l’utilisation de moins de 50 armes en tout. Ces faits ont mis en lumière les vulnérabilités potentielles de la chaîne d’approvisionnement en cas de conflit prolongé.

Les entreprises publiques telles que MIL, créée en 2021 après la corporatisation du Ordnance Factory Board, produisent actuellement des calibres comme le 5,56 mm, 7,62 mm et 9 mm qui assurent environ 70 % des besoins annuels des forces armées, à hauteur de plus de 100 millions de cartouches. Cependant, leur production reste limitée du fait d’infrastructures obsolètes et d’une faible capacité d’extension. Pour y remédier, le ministère prévoit de lancer un appel d’offres dès le prochain trimestre, invitant des acteurs privés tels que Tata Advanced Systems, Adani Defence et Larsen & Toubro à installer des lignes de production dédiées dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP). Singh estime que la souplesse du secteur privé pourrait permettre de doubler la production à moyen terme, avec un objectif de 200 à 250 millions de cartouches annuelles d’ici 2028.

Le ministère offrira également des incitations financières, incluant des exonérations fiscales et un financement à hauteur de 5 000 à 7 000 crores INR (environ 600 à 850 millions d’euros) sur cinq ans pour combler le déficit de viabilité et encourager les investissements. Cette initiative complète un plan de modernisation de 2 000 crores INR réservé aux usines MIL et IOF, adoptant ainsi une stratégie à double voie pour renforcer la capacité. Les acteurs privés devraient également introduire des techniques avancées telles que l’automatisation et la fabrication additive, améliorant ainsi la qualité tout en réduisant les coûts.

La décision de doubler les stocks de guerre représente un changement majeur dans la stratégie de préparation militaire de l’Inde. Ces réserves, destinées à soutenir quarante jours de combats intenses selon les directives du ministère de la Défense de 2018, contiennent actuellement environ 150 millions de cartouches pour armes légères. Leur augmentation à 300 millions de cartouches vise à répondre aux besoins de l’armée de l’air et de l’armée de terre pour un conflit potentiel sur deux fronts, contre le Pakistan et la Chine. Cette mesure s’appuie sur les analyses post-opération Sindoor, qui ont montré une consommation de munitions supérieure aux prévisions, notamment pour l’artillerie et le soutien à l’infanterie.

Les stocks renforcés seront répartis dans des sites stratégiques, notamment les bases avancées le long de la Ligne de Contrôle (LoC) et de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC). Des dépôts centraux assureront aussi le déploiement rapide des réserves. Singh a souligné le rôle clé du secteur privé dans la constitution et la maintenance de ces stocks, avec des contrats qui devraient inclure des accords d’approvisionnement à long terme pour garantir la durabilité. Cette démarche s’inscrit dans l’engagement du ministre de la Défense Rajnath Singh, qui vise à atteindre 75 % de contenus indigènes dans les achats de défense d’ici 2027, afin de réduire la dépendance aux importations en provenance de Russie et d’Israël.