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Le sous-marin nucléaire lance-missiles USS Alaska, de la classe Ohio, a effectué une escale publique à Gibraltar le dimanche 10 mai, un événement rare pour un actif opérationnel de dissuasion nucléaire. Ce transit intervient dans un contexte de montée des tensions entre les États-Unis et l’Iran, lié au contrôle des voies maritimes et aux négociations sur l’enrichissement de l’uranium.

Cette présence très visible, renforcée par la sécurisation assurée par les Royal Marines et des mesures d’exclusion strictes autour du quai sud de Gibraltar, témoigne d’une démonstration délibérée de volonté stratégique. Washington marque ainsi un tournant, passant d’une pression diplomatique à une posture de dissuasion nucléaire renforcée dans le corridor Atlantique-Méditerranée.

Le USS Alaska est équipé pour transporter jusqu’à 20 missiles balistiques nucléaires Trident II D5, constituant un élément clé de la triade nucléaire américaine. Habituellement conçu pour opérer dans la plus grande discrétion en des points stratégiques, ce sous-marin a rarement une présence publique aussi marquée. Son escale à Gibraltar revêt donc une signification opérationnelle importante, illustrant un changement vers une communication stratégique visible, alors que les États-Unis et leurs alliés se préparent à une possible escalade liée à la sécurité du détroit d’Ormuz et à l’instabilité maritime régionale.

Ce déploiement des sous-marins de la classe Ohio constitue une réponse mesurée au risque actuel d’un affrontement élargi avec l’Iran, après le rejet par ce dernier de propositions de cessez-le-feu nucléaire.

Le 10 mai, Peter Ferrary a observé l’USS Alaska (SSBN-732) entrer dans le port de Gibraltar, escorté par des patrouilleurs du Squadron de Gibraltar, des unités de la police de défense gibraltarienne et des détachements des Royal Marines chargés de la protection de la flotte. Cet événement représente l’une des rares apparitions publiques d’un sous-marin nucléaire stratégique américain déployé dans le corridor Atlantique-Méditerranée.

Le sous-marin a été photographié en train d’entrer dans le détroit de Gibraltar, avant de s’amarrer au quai sud sous une zone d’exclusion de 200 mètres activée dès son arrivée. Selon Old Submariner, il s’agit de la troisième visite publique d’un sous-marin de classe Ohio à Gibraltar en environ 25 ans.

Des rapports indiquent que des avions de transport de la Royal Air Force ont acheminé du personnel supplémentaire des Royal Marines à Gibraltar avant l’arrivée du sous-marin, signe d’un déploiement de protection déjà planifié, lié à la manipulation d’un actif nucléaire stratégique. Les autorités britanniques ont refusé de divulguer la mission ou la route ultérieure du sous-marin, mais celui-ci a rapidement été identifié comme l’USS Alaska, un SSBN équipé de missiles Trident, rattaché au Squadron 20 basé à la Naval Submarine Base de Kings Bay, en Géorgie.

Cette escale coïncide avec le refus par l’ancien président américain Donald Trump du cessez-le-feu proposé par l’Iran, ainsi que de sa contre-proposition concernant l’enrichissement de l’uranium, la levée des sanctions et la libre circulation maritime dans le détroit d’Ormuz. Cette conjoncture confère à ce déploiement un caractère de message de dissuasion stratégique, dépassant une simple opération de transit.

Les médias Gibraltar Chronicle et GBC News ont confirmé l’arrivée de l’USS Alaska, précisant qu’il avait été escorté dans le détroit par des navires locaux avant d’accoster grâce à l’assistance de deux remorqueurs, en raison de ses 170,7 mètres de longueur et de ses 18 750 tonnes en immersion.

Ce profil d’escale diffère de celui des sous-marins d’attaque, qui transitent habituellement dans les ports avec une visibilité très réduite.

Entré en service le 25 janvier 1986, l’USS Alaska a été construit par General Dynamics Electric Boat à Groton, Connecticut, sur la base d’un contrat signé le 27 février 1978.

Il fait partie de la première génération de sous-marins lance-missiles balistiques classe Ohio, initialement conçus pour les missiles Trident I C4 avant d’être modernisés pour le lancement de Trident II D5 après l’an 2000.

Ce sous-marin est propulsé par un réacteur nucléaire à eau pressurisée S8G, alimentant deux turbines à vapeur couplées à un axe unique, développant une puissance nominale d’environ 60 000 chevaux. Sa vitesse en immersion dépasse les 20 nœuds.

L’USS Alaska transporte actuellement vingt missiles balistiques nucléaires Trident II D5, conformément aux réductions du traité New START mises en œuvre en 2017, ainsi que quatre tubes lance-torpilles de 533 mm adaptés aux torpilles Mk-48. La Marine américaine exploite actuellement 14 SSBN de la classe Ohio et quatre SSGN convertis. Cette force sous-marine constitue la composante navale essentielle de la triade nucléaire américaine, aux côtés des missiles balistiques intercontinentaux Minuteman III et des bombardiers stratégiques.

Les patrouilles standards durent généralement entre 70 et 90 jours, période durant laquelle les sous-marins restent majoritairement immergés, connectés à des réseaux sécurisés de commandement stratégique reliés au United States Strategic Command. La conception de la classe Ohio privilégie la furtivité et la survie, notamment par la réduction du bruit acoustique et des schémas de patrouille complexes, pour rendre leur détection par les systèmes anti-sous-marins adverses aussi difficile que possible.

L’apparition publique du USS Alaska revêt donc une portée stratégique supérieure à celle d’une simple démonstration de force navale conventionnelle. En effet, les sous-marins lance-missiles balistiques représentent l’un des actifs de dissuasion nucléaire les plus survivants et crédibles dont disposent les États-Unis.