Andy Burnham est Premier ministre depuis plus de deux semaines et tente déjà de bouleverser les codes de la politique britannique.
Il a évincé les alliés de Starmer et ne perd pas de temps pour imposer son programme ambitieux, en annonçant plusieurs mesures axées sur l’amélioration du pouvoir d’achat, la création d’un « Numéro 10 dans le Nord » et la volonté de réformer profondément le modèle économique du Royaume-Uni, ce qui reste à démontrer.
Cependant, alors que de nombreux enjeux intérieurs attireront son attention, c’est la défense, et plus précisément la consolidation des capacités militaires britanniques après des années de sous-investissement et d’incertitudes, qui pourrait constituer le défi majeur de son mandat.
Le Plan d’investissement en défense, héritage que Burnham doit désormais mettre en œuvre, a déçu aussi bien les alliés que les industriels lors de sa publication début juin, notamment en raison d’un « trou noir » dans son financement et d’une feuille de route non finalisée pour atteindre l’objectif de dépenses fixé par l’OTAN à 3,5 % du PIB.
Toutefois, ceux qui jugent ce plan uniquement par ses coûts affichés en passent à côté, surtout maintenant que l’ancien ministre de la Défense John Healey, qui avait démissionné en juin suite à la réticence de Rachel Reeves à augmenter le budget de la défense, a été nommé chancelier par Burnham, marquant un réel changement de cap.
Avec près de 300 milliards de livres d’investissements prévus, ce plan incarne une évolution fondamentale des priorités militaires britanniques, s’éloignant d’une dépendance aux systèmes d’armes hérités pour privilégier une nouvelle génération de systèmes autonomes et « attritables » ; des technologies relativement peu coûteuses, remplaçables ou jetables, conçues pour opérer à grande échelle.
Au cœur du Plan d’investissement en défense se trouvent le financement de la résilience, la réindustrialisation et la souveraineté technologique, en lien avec la prise de conscience que le Royaume-Uni entre dans une nouvelle ère de guerre moderne nécessitant une adaptation profonde.
Ainsi, si le Royaume-Uni veut réellement reconstruire sa capacité de défense, le véritable défi ne réside pas dans l’ambition du plan, mais dans la rapidité de sa mise en œuvre.
La lenteur et le coût excessif des processus d’acquisition britannique sont depuis longtemps critiqués. Burnham, ainsi que son Plan d’investissement, seront donc évalués non pas au nombre de contrats signés, mais à la vitesse avec laquelle ces nouvelles capacités — des systèmes autonomes à la fabrication avancée, en passant par les technologies maritimes et numériques — seront opérationnelles.
Seule une accélération effective permettra de renforcer véritablement les capacités de défense du Royaume-Uni. Pour y parvenir, il sera crucial de repenser les relations entre la défense et l’industrie. Comme l’ont souligné le Plan et le récent sommet de l’OTAN, la capacité militaire et industrielle sont désormais étroitement liées.
La sécurité nationale dépendra ainsi non seulement des forces armées, mais aussi d’un écosystème industriel élargi : ingénieurs développant les technologies de demain, fabricants augmentant les capacités de production, PME innovant sur les technologies à usage dual, et chaînes d’approvisionnement résilientes réactives.
Construire cette capacité requiert autant d’infrastructures physiques que d’investissements financiers.
L’engagement du Plan pour une production souveraine de munitions, le développement des systèmes autonomes et l’augmentation des stocks stratégiques vont dans ce sens : la dissuasion moderne commence bien avant que le matériel ne soit déployé en première ligne.
Elle débute dans les usines, les centres d’ingénierie, les centres d’essais et les plateformes logistiques, ce qui fait des infrastructures industrielles un élément clé de la sécurité nationale. Des zones industrielles flexibles, capables d’accueillir les entreprises de défense et leur écosystème, deviennent désormais des actifs stratégiques majeurs.
Chez Sirius Real Estate, une société immobilière du FTSE-200 pour laquelle je travaille en tant que conseiller stratégique défense, nous avons investi 150 millions de livres dans des plateformes industrielles à proximité de Kidderminster et Gloucester, précisément dans cette optique.
L’ampleur de ce défi industriel s’illustre notamment par l’engagement renouvelé du Royaume-Uni dans sa dissuasion nucléaire.
Le Plan prévoit une expansion ambitieuse de la capacité sous-marine, avec la construction pouvant atteindre jusqu’à 12 sous-marins d’attaque nucléaires (SSN), l’un des programmes industriels les plus complexes entrepris par le pays. Cela impliquera une forte demande non seulement chez les principaux donneurs d’ordre, mais aussi à travers l’ensemble des chaînes d’approvisionnement industrielles.
Un espace sécurisé et agile est indispensable, mais il doit aussi être développé au bon endroit.
Les investissements renforceront vraisemblablement les pôles industriels déjà existants, depuis les expertises en construction navale et sous-marine dans le Nord-Ouest et en Écosse, jusqu’aux centres de fabrication avancée et de systèmes autonomes en plein essor dans le Sud-Ouest et le long des corridors stratégiques M4 et M5, où se trouve notamment l’un des plus grands centres européens d’essais de drones à Swindon.
Oui, le Plan d’investissement en défense fait face à un défi de financement. Mais au final, la stratégie de défense britannique sera jugée non pas à l’enveloppe budgétaire allouée, mais à sa capacité à produire davantage, innover plus rapidement et déployer des capacités opérationnelles au moment crucial.
Dans cette nouvelle ère de compétition sécuritaire, la dissuasion britannique doit reposer non seulement sur l’investissement, mais aussi sur la capacité industrielle, les infrastructures physiques et le savoir-faire capables de concrétiser l’ambition en résultats. Voici le véritable défi qui attend le plus récent Premier ministre du Royaume-Uni, et le critère essentiel pour mesurer son héritage en matière de défense.