Les conflits post-11 septembre ont montré les limites de la puissance militaire américaine face à des insurgés, groupes terroristes et autres ennemis agissant dans l’ombre plutôt qu’à découvert, lors d’affrontements classiques.
Pourtant, dans la guerre contre l’Iran, l’armée américaine mène à nouveau une campagne principalement conventionnelle contre un adversaire expert en tactiques asymétriques, comme le Pentagone le sait depuis longtemps.
Si la marine conventionnelle iranienne a été en grande partie neutralisée, l’Iran parvient toutefois à infliger des pertes économiques significatives en entravant la navigation commerciale dans le détroit d’Hormuz, par lequel transitait environ 20 % du pétrole mondial avant le conflit. Par ailleurs, Téhéran utilise des drones à faible coût pour mener des attaques contre les troupes américaines et leurs alliés au Moyen-Orient.
Ce conflit met en lumière les distinctions fondamentales entre la guerre conventionnelle, où le succès se mesure par le niveau d’attrition des forces ennemies, et la guerre asymétrique, où la victoire s’évalue selon d’autres critères, explique Jonathan Schroden, expert en guerre irrégulière au CNA, un centre d’analyse sans but lucratif basé à Washington.
« Ce que l’on observe actuellement, c’est que les États-Unis mènent une guerre conventionnelle contre l’Iran », a-t-il déclaré. « Nous pensons que si nous touchons suffisamment de cibles, causons assez de dégâts et détruisons les capacités de l’adversaire, celui-ci capitulera. Or, la stratégie iranienne vise à imposer des coûts et à user le temps pour dépasser les Américains. Leur succès dépend donc largement des aspects économiques et temporels, qui se traduisent ensuite en facteurs politiques. »
Schroden souligne que si l’armée américaine a détruit une grande partie de la puissance militaire conventionnelle iranienne, le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC) reste une entité à part, spécialisée dans la guerre asymétrique, et contrôle la majorité des vedettes rapides, drones, mines marines et missiles iraniens.
Bien que les forces américaines ne soient pas déployées en Iran et ne combattent pas d’insurrection, « cette situation rappelle fortement notre expérience de combats contre des ennemis asymétriques en Irak et en Afghanistan », précise-t-il.
Dans sa stratégie, l’Iran vise à atteindre des objectifs politiques en tuant des soldats américains, pour faire pression sur la présidence américaine et pousser à la fin du conflit.
« Que cherchons-nous à faire contre l’Iran ? Imposer de la douleur », résume Schroden. « Et que cherche à faire l’Iran ? Imposer des coûts à l’adversaire. Ce sont deux logiques différentes. »
Un haut responsable de la Défense a refusé de commenter l’usage éventuel par l’Iran de tactiques asymétriques contre les forces américaines, invoquant des raisons de sécurité opérationnelle.
Le combat pour le détroit d’Hormuz
Le théâtre principal de cette guerre se situe aujourd’hui dans le détroit d’Hormuz, une voie maritime cruciale pour l’économie mondiale. L’Iran a largement suspendu le trafic commercial dans cette zone, tandis que les États-Unis ont récemment rétabli un blocus des ports iraniens.
Mercredi, le président Trump a menacé que l’armée américaine détruirait des ponts et centrales électriques iraniennes si les attaques contre le trafic commercial dans le détroit se poursuivaient.
Le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a expliqué aux parlementaires que la destruction initiale de la marine conventionnelle iranienne visait à garantir la liberté de navigation dans le détroit, mais qu’il est impossible d’éliminer entièrement toutes les vedettes rapides et missiles côtiers iraniens.
Il a aussi déclaré que l’Iran avait « décidé de devenir un État terroriste » en ciblant le trafic commercial et qu’« une partie a utilisé ce détroit comme une arme ».

Malgré la destruction de sa marine conventionnelle, le Corps des Gardiens de la Révolution islamique dispose de vedettes rapides capables de menacer la navigation commerciale dans le détroit d’Hormuz. Photo Morteza Nikoubazl/NurPhoto via Getty Images.
Pour Brian Carter, chercheur à l’American Enterprise Institute spécialisé dans le Moyen-Orient, l’Iran applique depuis longtemps une stratégie asymétrique exploitant les vulnérabilités américaines.
« L’Iran n’a jamais cherché à s’appuyer uniquement sur des moyens conventionnels – c’est-à-dire des avions de combat modernes ou de grands navires de surface – pour défier les États-Unis », a-t-il souligné. « Dès le premier tir, les grands navires iraniens étaient condamnés à couler face à la marine américaine. »
Carter rappelle que la stratégie iranienne repose sur le contrôle des points de passage maritime stratégiques, comme le détroit d’Hormuz, afin de bloquer le trafic commercial, une approche qui précède le conflit actuel.
Même si les capacités conventionnelles iraniennes ont été en grande partie neutralisées, Téhéran peut toujours utiliser missiles, drones et autres armes pour attaquer les navires commerciaux dans le détroit. Toucher un navire par semaine suffirait à décourager les autres de s’y aventurer.
« La clé pour stopper ces attaques est de dissuader l’Iran de les poursuivre, mais il n’est pas clair que le schéma actuel de frappes amène Téhéran à faire machine arrière », conclut Carter. « Les Iraniens sont désormais déterminés à contrôler le détroit d’Hormuz et ne montrent aucun signe de recul face aux frappes en cours. »