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La Roumanie a officiellement reçu 18 chasseurs F-16 Fighting Falcon en provenance des Pays-Bas, finalisant ainsi le transfert d’avions déjà utilisés dans le cadre du Centre Européen de Formation F-16 (EFTC) à Fetești, dans la région roumaine de Muntenia.

Un accord intergouvernemental a été signé à Bucarest le 3 novembre 2025 par le général de brigade Ion-Cornel Pleșa du ministère roumain de la Défense et Linda Ruseler du ministère néerlandais des Finances, en présence du ministre roumain de la Défense, Liviu-Ionuț Moșteanu, et de l’ambassadrice des Pays-Bas, Willemijn van Haaften.

Le ministre Moșteanu a souligné que ce contrat marque « la culmination d’une étape significative » dans le développement de l’EFTC, ajoutant que ce centre s’est imposé comme « un pôle européen pour tous les États qui exploitent ou prévoient d’exploiter le F-16 ».

La remise des appareils à Bucarest confirme la transition d’opérations ponctuelles vers un programme permanent d’entraînement multinational sur le flanc oriental de l’OTAN. Cette dynamique est d’autant plus importante qu’elle relie directement le développement de la puissance aérienne roumaine à l’intégration des F-16 en opérations par l’Ukraine, alors que la campagne aérienne et missile russe demeure intense.

Un soutien à la formation des pilotes ukrainiens

Le centre de Fetești, créé en 2023 par la Roumanie, les Pays-Bas et Lockheed Martin, propose un entraînement tactique et une conversion au F-16 pour des pilotes roumains, otanistes et ukrainiens. Les cinq premiers avions, précédemment opérationnels dans la Force aérienne royale des Pays-Bas, ont été livrés fin 2023, lançant ainsi le programme.

Le ministre néerlandais de la Défense, Jan Kees Brekelmans, a qualifié l’EFTC d’« exemple de coopération réussie », mettant en avant l’effort conjoint en faveur de la formation des pilotes roumains et ukrainiens.

Les 18 appareils ont été transférés pour un prix symbolique d’un euro, conformément à un accord annoncé pour la première fois lors du sommet OTAN de La Haye en juin 2025. Leur intégration portera la flotte roumaine de F-16 à un total de 67 avions, regroupant des machines acquises antérieurement auprès du Portugal et des Pays-Bas, ainsi que des livraisons attendues de Norvège.

L’ambassadrice néerlandaise Willemijn van Haaften a déclaré que ce transfert « constitue une étape importante dans la coopération bilatérale », offrant une continuité au programme de formation au sein de l’EFTC et renforçant la dissuasion sur le flanc oriental de l’OTAN.

Le F-16 Fighting Falcon livré dans sa version européenne modernisée est un chasseur multirôle monoplace doté d’une avionique avancée, d’un large panel d’armes de précision et de liaisons de données OTAN fiables. Des décennies de modernisation continue lui assurent une crédibilité tactique éprouvée dans les missions de surveillance aérienne, défense antiaérienne, suppression des défenses anti-aériennes ennemies et frappes de précision.

La valeur de cette plateforme pour la Roumanie réside non seulement dans ses performances aériennes, mais aussi dans l’écosystème associé : des procédures harmonisées, des simulateurs partagés, ainsi qu’un entretien et des munitions communs entre les utilisateurs alliés. Tous ces éléments réduisent considérablement le délai de mise en condition opérationnelle des nouveaux pilotes.

Avec la remise formelle des avions le 3 novembre, la Roumanie devient propriétaire et opératrice permanente des appareils utilisés par le centre, garantissant la pérennité des programmes de formation et la stabilité des personnels affectés. Le ministère néerlandais de la Défense note que les pilotes ukrainiens formés dans ce cadre participent déjà activement à la défense de leur espace aérien face aux menaces russes, soulignant l’impact opérationnel direct du centre.

Ce transfert intervient alors que la Force aérienne royale des Pays-Bas finalise sa transition vers le F-35A Lightning II. La Roumanie, qui prévoit également d’acquérir 32 F-35A, a indiqué son intention de développer ses programmes de formation à mesure que d’autres alliés OTAN adopteront ces chasseurs de cinquième génération.

Le retrait progressif des Pays-Bas du F-16 a libéré des avions et des instructeurs pour l’école de pilotage roumaine, permettant à La Haye de scinder sa flotte entre une mission d’entraînement à Fetești et une fonction opérationnelle en soutien à l’Ukraine. En mai 2025, les Pays-Bas ont confirmé le départ de 24 appareils destinés à l’Ukraine, garantissant un continuum entre les salles de cours et les missions de combat. Ce dispositif dual, associant un centre de formation en Roumanie et une flotte opérationnelle ukrainienne, diminue le décalage traditionnel entre entraînement et emploi au combat, apportant un soutien immédiat à Kiev tout en construisant une capacité durable.

Clément Charpentreau