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Saab modernise la flotte de radars d’artillerie Arthur de l’armée de Terre espagnole via un contrat OTAN de 57 millions de dollars. Cette mise à niveau vise à prolonger la durée de vie de ces systèmes tout en améliorant leurs performances opérationnelles, dans le cadre d’un achat groupé piloté par l’Agence de Soutien et d’Acquisition de l’OTAN (NSPA).

Le fabricant suédois Saab souligne que cette modernisation apporte une haute mobilité opérationnelle et une précision accrue dans les missions de contrebatterie, avec une détection plus étendue des cibles à longue distance et une réduction significative de la signature électronique. Il s’agit de la première commande de radars Arthur passée via la NSPA, illustrant la volonté croissante d’intégration européenne dans les acquisitions pour des capacités critiques en temps réel.

Le système Arthur est un radar mobile spécialement conçu pour la localisation d’armes, offrant une alerte précoce sur les tirs ennemis et facilitant des réactions rapides dans les opérations de contrebatterie, un enjeu renforcé par les récents conflits armés.

Fonctionnant en bande C grâce à une matrice passive de balayage électronique, Arthur calcule l’origine et les points d’impact des projectiles d’artillerie, mortiers et roquettes hostiles en analysant leurs trajectoires. Il peut simultanément suivre jusqu’à 100 tirs par minute sur un large secteur en azimut et élévation, transmettant les données en temps réel aux centres de commandement pour une réponse immédiate.

Selon les versions, le radar couvre des zones de détection atteignant environ 31 km pour l’artillerie à tubes et plus de 50 km pour les roquettes lourdes, avec une précision mesurée en fractions de pourcentage de la portée.

Saab ne détaille pas les modifications techniques exactes, mais précise que la modernisation espagnole se traduit par une extension de la durée de vie intégrant un traitement moderne des données, une précision renforcée et une réduction des émissions. Ces améliorations permettent un calcul de trajectoire plus rapide, une meilleure performance contre les projectiles de faible signature électronique et une résistance accrue dans des environnements électromagnétiques complexes.

Essentiellement, cette mise à niveau augmente le nombre de cibles détectables à plus longue portée tout en réduisant la signature radar, ce qui améliore considérablement la survie du système face aux menaces de guerre électronique et de contre-radars.

Pour l’artillerie espagnole, les bénéfices opérationnels sont immédiats. Les radars Arthur modernisés renforcent la connexion entre les capteurs et les unités de tir en fournissant des coordonnées d’origine quasi instantanées. Cela permet de neutraliser rapidement les batteries ennemies avant leur repositionnement. L’alerte précoce donne également aux unités dispersées le temps de se mettre à l’abri ou de changer de position, tandis que la mobilité du système facilite les tactiques de « tir et déplacement » pour échapper à la détection électronique adverse.

Arthur distingue la nature de la menace en fonction de la trajectoire et de la vitesse des projectiles, rendant possible une réponse adaptée. Les commandants espagnols peuvent ainsi optimiser le contre-feu en ciblant par exemple les lance-roquettes à haute valeur avec des munitions de précision, tout en conservant leurs stocks pour des menaces de moindre priorité comme les mortiers. L’intégration au réseau OTAN améliore encore cette chaîne de destruction en permettant de signaler le feu allié lorsque les batteries espagnoles sont masquées ou hors de portée.

Dans ce contrat, Saab agit en tant qu’intégrateur principal et fabricant d’équipement d’origine (OEM). L’entreprise fournit le kit d’extension de vie, les mises à jour logicielles et matérielles ainsi que le support technique via la NSPA, pour le compte des autorités espagnoles. Cette position témoigne de la forte demande européenne pour des capteurs de contrebatterie multifonctions. Parallèlement, Saab déploie déjà les nouveaux radars Arthur Mod D dans d’autres pays alliés, notamment au Royaume-Uni où le système est entré en service en 2024 sous le nom de Taipan.

La décision de l’Espagne de moderniser plutôt que de remplacer ces radars illustre une approche pragmatique visant à conserver une capacité éprouvée, tout en laissant un temps précieux à la montée en cadence européenne dans la production d’équipements multifonctions haut de gamme.

Cette initiative s’inscrit dans un cycle de réarmement européen accéléré, motivé par le rôle crucial de l’artillerie sur les champs de bataille en Ukraine, ainsi que par l’importance de la survie des systèmes de contrebatterie. Les acquisitions via la NSPA permettent de réduire les délais et de mutualiser les risques, offrant aux alliés une meilleure posture pour contrer les tirs massifs de roquettes et les projectiles-guidés de haute précision, sans attendre la mise en place finale des capteurs.

Enfin, la modernisation espagnole reflète l’accent mis par l’OTAN sur la résilience des systèmes C4ISR (Commandement, Contrôle, Communication, Computers, Intelligence, Surveillance, Reconnaissance) et l’intégration des feux à longue portée, tout en marquant un investissement durable dans la dissuasion terrestre sur le flanc sud de l’Alliance.