Les États-Unis ont annoncé une réduction de leurs forces garanties dans le cadre du modèle de forces de l’OTAN, demandant aux alliés européens et au Canada de compenser ce retrait. Un haut responsable de l’Alliance assure que cette évolution peut être gérée sans créer de déséquilibre majeur dans la défense collective.
Lors d’un point d’information, le responsable a précisé que le modèle de forces de l’OTAN correspond à l’ensemble des unités dont le Commandant suprême allié peut disposer de manière certaine, avec une disponibilité garantie et un niveau de préparation adapté aux missions et aux contingences, notamment les plans de défense de l’Alliance. Les États-Unis ont, conformément à des signaux donnés depuis plusieurs mois, indiqué qu’ils s’engageraient avec un nombre réduit de forces garanties, tout en s’attendant à ce que les Européens jouent « un rôle plus important dans la défense conventionnelle de l’Europe ». Cette décision est motivée par le risque de conflits simultanés à travers le monde.
Washington a ainsi invité les alliés européens et le Canada à intensifier leur contribution pour remplacer ce qui est retiré, un processus déjà en cours. Le Commandant suprême allié dialogue actuellement avec les alliés afin de s’assurer que ces ajustements ne portent pas atteinte à la crédibilité des plans et des opérations de l’Alliance.
Le responsable a expliqué que cette réduction ne créerait pas nécessairement une faille majeure, car de nombreuses capacités européennes n’avaient jamais été intégrées au modèle de forces. Certains pays gardent, par exemple, des avions comme les F-35 pour des missions nationales ou à un niveau de préparation moindre. Ce constat a été établi dans la cinquième étape du processus de planification de défense de l’OTAN, qui consiste à analyser précisément les capacités réellement disponibles chez les alliés.
Remplacer un créneau américain pourrait donc être, selon l’expression du responsable, une simple « conversation téléphonique » entre capitales, proposant une capacité équivalente en lieu et place de celle fournie auparavant par les États-Unis. Qu’il s’agisse d’un remplacement « à l’identique » ou par un système différent assurant le même effet, même si « tout ne peut pas être parfaitement remplacé », les quelques capacités exclusives américaines ne devraient pas porter préjudice de manière significative dès lors que les alliés prendront les décisions appropriées.
Le responsable a aussi expliqué pourquoi certaines forces étaient conservées en dehors du modèle. Certains pays sont « entièrement engagés » dans le cadre de leur politique de défense nationale, qui repose sur leur contribution à l’OTAN. D’autres réservent des forces pour des missions extérieures ou des situations nationales spécifiques — une logique que l’on retrouve notamment en France, au Royaume-Uni et au Canada. Toutefois, même ces forces réservées seraient sans doute mises immédiatement à la disposition du Commandant suprême allié en cas de conflit, car retenir une division alors que la Russie envahit un territoire serait illogique et contraire à l’esprit de l’Alliance.
Le modèle de forces offre également plus de flexibilité qu’on ne l’imagine parfois. Les différents niveaux d’engagement signifient que les unités ne sont pas obligées d’être « en vol 24 heures sur 24 ». Il est préférable d’avoir la certitude que des forces seront réellement disponibles dès la survenue d’une crise plutôt que d’entretenir « une fiction quant à la disponibilité des forces américaines alors que nous savons qu’elles ne le sont pas ». Le Commandant suprême allié effectue lui-même le jugement militaire final sur l’opérabilité des plans et le niveau de risque.
Interrogé sur les capacités spécifiques fournies exclusivement par les États-Unis, le responsable a reconnu que des domaines clés comme le commandement et contrôle, le renseignement, la surveillance, la reconnaissance, les frappes de précision en profondeur et le ravitaillement en vol étaient précisément ceux où l’Europe doit progresser. Il a qualifié ces capacités de « critiques pour la supériorité militaire » et a souligné que les alliés européens ainsi que le Canada devaient accélérer leur développement, non pas en raison de la décision américaine, mais parce que ces progrès avaient déjà été programmés. Cette dynamique est limitée par la capacité industrielle propre et la nécessité d’une meilleure coopération entre partenaires.
Le responsable a insisté pour différencier le modèle de forces des objectifs globaux de capacités. Les alliés sont invités à fournir les forces nécessaires pour un conflit prolongé contre une Russie pleinement reconstituée, ce qui représente l’effort maximal. Le modèle de forces ne constitue qu’un sous-ensemble, regroupant les forces garanties et prêtes à intervenir durant les premières phases d’une crise. Il a conclu que, même avec la réduction américaine, aucun vide significatif ne devrait apparaître dans le modèle dès lors que les alliés s’engageront pleinement.
Enfin, il a été précisé que les objectifs de capacités allaient être révisés dans le cadre d’un nouveau cycle de planification de la défense. Des discussions politiques intensives sont attendues à l’automne 2026 afin de définir les paramètres de cette révision. Un nouvel ensemble d’objectifs sera ensuite proposé aux alliés, y compris au Royaume-Uni, au printemps suivant.