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La Force aérienne indienne (IAF) envisage l’acquisition du Su-57E, la version export du chasseur furtif russe de cinquième génération, avec une production locale envisagée dans l’usine historique de Hindustan Aeronautics Limited (HAL) à Nashik. Cette initiative pourrait revitaliser une installation clé de HAL, reconnue pour son expertise avec les plateformes russes, tout en poursuivant parallèlement le développement de l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), le projet indien de chasseur furtif.

La division de Nashik, souvent surnommée la division MiG de HAL, est située à Ozar, près de Nashik dans le Maharashtra. Fondée en 1964, cette usine constitue l’un des complexes les plus importants et polyvalents du secteur aéronautique indien. C’est ici que HAL a assemblé des MiG-21, puis produit plus de 200 chasseurs multirôles Su-30MKI, renforçant ainsi son savoir-faire en matière d’avionique et de structures d’origine russe. Face à une diminution critique des effectifs de la Force aérienne, actuellement sous la barre des 32 escadrons, l’acquisition du Su-57E représente une passerelle vers les capacités de cinquième génération, avec des caractéristiques telles que le supercroisière, des capteurs avancés et une signature radar réduite, des atouts essentiels pour contrer des menaces régionales comme le J-20 chinois.

Un partenaire russe favorable à Nashik pour la coproduction

Selon des sources du secteur de la défense, la Russie privilégierait Nashik pour la coproduction du Su-57E, s’appuyant sur l’expérience éprouvée du site avec les avions soviétiques et son infrastructure adaptée aux assemblages lourds. Bien que les négociations en soient à leurs débuts, il est envisagé que HAL modernise ses lignes pour intégrer les moteurs jumelés AL-41F1 ainsi que le radar AESA N036 Byelka. Le premier lot pourrait comprendre entre 36 et 48 appareils. Cette démarche s’inscrit dans la politique indienne de compensation industrielle (« offsets »), avec un contenu local potentiel supérieur à 60 %, favorisant ainsi la création d’emplois et le transfert de technologies dans les domaines des composites et de la guerre électronique.

Un site industriel chargé, mais tourné vers l’avenir

Malgré cette nouvelle perspective, Nashik reste très sollicité par les programmes indigènes. L’usine a été transformée en troisième ligne de production pour le Tejas Mk1A, le chasseur léger indien, aux côtés des sites de Bangalore et Hyderabad, afin d’accélérer les livraisons. À ce jour, 83 appareils ont été commandés, avec 97 supplémentaires en préparation. À partir de 2026, Nashik produira également le HTT-40, un avion d’entraînement basique turbopropulseur destiné à remplacer le HPT-32 Deepak, améliorant ainsi la formation des pilotes. Il est cependant confirmé que le projet Su-57E ne compromettra pas la production en série de l’AMCA, pour laquelle Nashik reste en pole position, même si les discussions autour du Su-57E s’intensifient.

Un choix stratégique pour l’AMCA

Cette orientation correspond à une révision stratégique majeure. Initialement, une nouvelle ligne de production dédiée avait été envisagée à Coimbatore via un modèle de véhicule à but spécial (SPV) destiné à attirer des investisseurs privés dans des infrastructures modernes. Ce projet a toutefois été abandonné en raison d’un intérêt limité, lié aux coûts élevés de construction spécifiquement pour un avion encore en phase de développement. Les décideurs ont donc préféré s’appuyer sur l’écosystème industriel existant de HAL, plaçant Nashik en première ligne du fait de son envergure et de son héritage. Par ailleurs, Bangalore sera chargée de la phase de prototypage de l’AMCA, garantissant la continuité de la recherche et développement.

Le calendrier est cohérent : la production du Tejas Mk1A à Nashik devrait s’achever en 2031, ce qui libérera des capacités pour une reconfiguration industrielle. La production en série de l’AMCA est programmée pour 2034, après le dernier Mk1A qui sortira de Bangalore en 2032, date à laquelle Bangalore basculera sur le Tejas MkII. Cette fenêtre de trois ans permettra d’adapter les installations de Nashik au chasseur furtif bimoteur de 25 tonnes. « C’est une évolution modulaire », précise un cadre de HAL, évoquant des outils communs pour les structures aéronautiques et le banc d’essais avionique, ce qui pourrait réduire les coûts de mise en place d’environ 30 %.