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L’Armée de l’Air indienne (IAF) s’apprête à donner une nouvelle vie symbolique à sa flotte emblématique de MiG-21, souvent surnommée le « vieux tacot », en convertissant une partie des appareils retirés en drones cibles. Cette initiative vise à tester les nouveaux missiles sol-air (SAM) de prochaine génération développés par l’Organisation de recherche et développement pour la défense (DRDO). Alors que l’IAF prévoit de retirer ses derniers 40 à 50 MiG-21 Bison d’ici 2027, cette solution innovante répond à la question cruciale de leur sort post-retraite.

Plutôt que de simplement mettre ces avions au rebut, cette conversion en drones cibles permet une utilisation économique et optimale lors des essais des systèmes d’armes sol-air. Elle évite les coûts élevés liés à la conversion de ces appareils vieillissants en véhicules aériens de combat sans pilote (UCAV). En outre, cette démarche soutient l’écosystème défense « Make in India » en facilitant l’évaluation rigoureuse des systèmes modernes comme l’Akash-NG, le QRSAM et le XRSAM.

Introduit dans les années 1960, le MiG-21 a longtemps été un pilier de l’IAF avec plus de 800 unités déployées sur diverses missions pendant six décennies. La version modernisée Bison, dotée d’avionique et de radars avancés ainsi que de capacités de combat au-delà de la portée visuelle, a prolongé sa pertinence au-delà des années 2000. Lors de l’opération Sindoor en mai 2025, il a notamment assuré la couverture défensive aux côtés des Rafale et Su-30MKI. Cependant, face à une flotte réduite à seulement deux escadrons — contre plus de vingt à son apogée — et à des contraintes de maintenance liées à une conception soviétique ancienne, l’IAF retire progressivement ses derniers MiG-21 d’ici 2027, pour les remplacer par les chasseurs indigènes Tejas Mk1A et MkII.

Le sort des appareils retirés a suscité de nombreuses discussions. La conversion en UCAV pour des missions kamikazes avait été envisagée mais jugée impraticable. En effet, maintenir la navigabilité de ces jets âgés de plus de 50 ans serait trop coûteux, d’autant que leur valeur opérationnelle serait limitée face aux UCAV modernes comme le Ghatak de la DRDO ou les munitions autonomes en vol telles que le Nagastra-1. C’est pourquoi l’IAF et la DRDO ont choisi de transformer certains MiG-21 en drones cibles exploitant leur aérodynamique pour simuler des menaces réelles lors des essais de missiles sol-air. Cette approche s’inscrit dans une pratique internationale similaire, telle que l’utilisation par l’US Air Force de F-16 retirés sous forme de QF-16 drones.

La conversion des MiG-21 en drones cibles constitue une méthode pragmatique et rentable pour tester les systèmes SAM de dernière génération développés par la DRDO, tels que :

  • Akash-NG : missile surface-air à 50 km de portée, équipé d’un chercheur radar actif, conçu pour contrer les cibles furtives et les missiles de croisière. Lors des essais de 2024, il a intercepté une cible simulée à 40 km.
  • QRSAM (Quick Reaction Surface-to-Air Missile) : système mobile à 30 km de portée capable d’engager drones, chasseurs et missiles dans des environnements encombrés. En 2023, il a touché directement un drone Banshee.
  • XRSAM (Extended Range Surface-to-Air Missile) : système en développement avec une portée de 350 km pour contrer les AWACS, missiles balistiques et menaces hypersoniques, avec des essais prévus autour de 2028.

Ces équipements nécessitent des cibles réalistes pour valider leur capacité d’engagement contre des avions manœuvrants. Le MiG-21 Bison, capable d’atteindre Mach 2, d’effectuer des virages à fortes accélérations et de voler jusqu’à 17 000 mètres d’altitude, est idéal à cet effet. La conversion consiste à enlever les systèmes non essentiels, à installer des modules de télécommande et à intégrer la télémétrie pour collecter les données en temps réel. Contrairement à une conversion en UCAV, qui requiert une avionique de combat et une intégration d’armes, les drones cibles demandent peu de modifications, ce qui réduit considérablement les coûts.

Selon des sources proches du dossier, « le coût de conversion d’un avion ancien en UCAV reste relativement élevé, car il conserve de nombreuses caractéristiques des versions pilotées, rendant la démarche plus onéreuse que l’achat d’UCAV neufs ou de munitions autonomes longues portées ». La transformation d’un MiG-21 en drone cible est estimée entre 5 et 10 crore de roupies (soit environ 0,6 à 1,2 million de dollars), contre 50 à 100 crore pour une conversion en UCAV, ou 10 à 20 millions de dollars pour des UCAV modernes comme le MQ-9B. Cette solution tire parti des cellules existantes, sans nécessité de maintenir leur navigabilité, chaque drone étant consommé lors d’un vol d’essai.

Options de conversion Coût (en crore ₹) Utilité Limitations
Drones cibles 5–10 Simulation de menaces aériennes pour essais SAM ; usage unique Un seul vol possible ; nécessité de mise à niveau télémétrique
UCAV 50–100 Missions de combat ; réutilisable Maintenance coûteuse ; faible durée de vie pour les cellules anciennes
UCAV neufs (ex. Ghatak) 100–200 Solution avancée et durable Coûts R&D élevés ; délais de développement longs

L’IAF prévoit de lancer les conversions au sein des installations de HAL à Nashik, où l’expertise de maintenance MiG-21 est bien établie. L’organisation Bharat Electronics Limited (BEL), réputée pour son savoir-faire en matériel radar et télémétrique, apportera son appui à l’instrumentation des drones, notamment via les technologies développées pour le système Akashteer. Les premiers essais devraient débuter en 2027, en phase avec l’entrée en service des Akash-NG et QRSAM, tandis que les tests XRSAM sont attendus entre 2028 et 2030.

L’opération Sindoor a mis en lumière l’importance d’une défense aérienne robuste, notamment face aux drones et munitions autonomes déployés par le Pakistan, qui ont testé les contre-mesures indiennes. L’IAF a su neutraliser la plupart des menaces grâce à l’intégration efficace des systèmes Akash, QRSAM et Spyder (d’origine israélienne). Cependant, les exigences évoluent vers des systèmes capables de combattre des cibles furtives ou en essaim. Les drones MiG-21 serviront à simuler ces scénarios complexes, renforçant le développement par la DRDO de capacités anti-furtivité et anti-essaim, particulièrement face aux UAV avancés chinois comme le GJ-11.