<pL’Inde envisage de renforcer la résilience de son système de défense antimissile balistique (BMD) en implantant des silos souterrains sur des îles éloignées. Cette stratégie viserait à garantir la pérennité de sa capacité de défense en cas de frappe préventive sur ses installations continentales.
Selon des sources proches du dossier, des propositions préliminaires ont été soumises pour identifier des îles susceptibles d’accueillir ces infrastructures. Ces silos insulaires constitueraient ainsi une seconde ligne de défense redondante et plus résistante, capable d’intercepter des menaces balistiques même si les actifs terrestres sont neutralisés lors d’une attaque initiale.
Le programme BMD indien, lancé en 2000 après le conflit de Kargil, repose sur un concept multi-couches visant à se protéger principalement contre des missiles balistiques en provenance du Pakistan et de la Chine. Il combine notamment le missile Prithvi Air Defence (PAD), pour les interceptions exo-atmosphériques à des altitudes entre 50 et 80 km, et le missile Advanced Air Defence (AAD) pour les interceptions endo-atmosphériques à moins de 30 km. La phase I, achevée en avril 2019, ciblait des missiles à portée de 2 000 km, tandis que la phase II, testée avec succès le 24 juillet 2024, est conçue pour contrer des missiles de classe 5 000 km, incluant le Shaheen-III pakistanais et la série Dongfeng chinoise.
Des inquiétudes concernant la vulnérabilité des installations continentales, notamment autour de Delhi et autres sites stratégiques, ont motivé la réflexion sur le déploiement de silos souterrains sur des îles plus isolées. Ces sites, encore non divulgués officiellement, devraient probablement se situer dans les archipels des Andaman-et-Nicobar et de Lakshadweep, en raison de leur position stratégique respectivement dans le golfe de Bengale et la mer d’Arabie.
Les systèmes installés sur ces îles seraient pleinement intégrés au réseau BMD indien, incluant des radars longue portée comme le Swordfish (portée de 1 500 km), les Centres de Contrôle de Mission (MCC) et des liaisons de communication sécurisées. Cette infrastructure garantirait ainsi une détection et une interception en temps réel, même à distance.
Par cette implantation insulaire, l’Inde pourrait maintenir sa politique de non-recours en premier à l’arme nucléaire tout en assurant une capacité crédible de seconde frappe, essentielle face à des menaces telles que le missile MIRV Ababeel pakistanais ou les armes hypersoniques chinoises.
Les Andaman-et-Nicobar, qui comprennent plus de 500 îles à proximité du détroit de Malacca, permettraient une couverture efficace des trajectoires de missiles provenant de la Chine ou des forces navales pakistanaises, notamment les sous-marins lançant des missiles de croisière Babur-3. Quant à Lakshadweep, proche des côtes pakistanaises, sa position permettrait de contrer des menaces venant de Karachi ou Gwadar, complétant ainsi la capacité de blocus maritime de l’INS Vikrant. Ces archipels offrent par ailleurs une isolation naturelle, réduisant les risques d’attaques terrestres directes.