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Dans un contexte stratégique visant à contrer les menaces furtives de cinquième génération et combler les failles de sa surveillance aérienne, l’Armée de l’air indienne (IAF) accélère l’acquisition de radars avancés à Très Basse Fréquence (VHF), spécialement conçus pour les terrains exigeants de l’Himalaya et les zones frontalières isolées. La récente demande d’informations (RFI) émise par le ministère de la Défense la semaine dernière marque une volonté claire de renforcer une surveillance multi-couches face aux tensions croissantes avec la Chine et le Pakistan.

Les radars VHF, opérant dans la bande 30-200 MHz, exploitent de longues longueurs d’onde capables de pénétrer les matériaux absorbant les ondes utilisés par les avions furtifs. Cette capacité unique leur permet de détecter ces appareils à des distances où les systèmes conventionnels restent inefficaces. Ce point n’est pas un simple exercice théorique : avec la présence du chasseur chinois furtif J-20 « Mighty Dragon » le long de la Ligne de Contrôle Réelle (LAC) et les rumeurs selon lesquelles le Pakistan souhaiterait acquérir des avions furtifs similaires auprès de Pékin, la démarche de l’IAF s’inscrit au cœur des enjeux actuels. Dans un contexte où la guerre moderne évolue vers les essaims de drones et les missiles de croisière subsoniques, difficiles à repérer, ces radars VHF promettent un filet de surveillance robuste et couvrant tous les azimuts.

La RFI détaille les impératifs de ce projet : « À l’heure actuelle, plusieurs zones ne peuvent accueillir de radars longue portée à cause des contraintes du terrain. De plus, les radars existants présentent des capacités limitées pour détecter les aéronefs furtifs. » Pour y remédier, l’IAF envisage les systèmes VHF comme des sentinelles de première ligne, en particulier dans les régions frontalières et les reliefs montagneux, afin de combler les lacunes radar et assurer une détection efficace des avions furtifs.

Des spécifications ambitieuses : ces radars montés sur véhicules tout-terrain 6×6 doivent pouvoir fonctionner à des altitudes allant jusqu’à 5 500 mètres, résister à des conditions extrêmes de froid et de tempêtes neigeuses, et intégrer des contre-mesures électroniques contre le brouillage. Leur intégration complète au Système Intégré de Commandement et de Contrôle Aérien (IACCS) de l’IAF, qui a démontré son efficacité lors de l’Opération Sindoor en mai, est essentielle. Durant cette opération de 12 jours mêlant drones et missiles, les liaisons sol Akashteer ont permis avec l’IACCS des interceptions précises, tout en révélant des zones d’ombres radar en altitude.

L’innovation locale est également au cœur du dispositif. Le Centre de développement électronique et radar du DRDO (LRDE) teste actuellement son Radar de Surveillance VHF avec une portée de 400 km, tandis que le radar VHF Surya de Bangalore, déjà partiellement déployé, affiche une portée allant jusqu’à 500 km contre des cibles furtives. La participation du secteur privé pourrait accélérer les délais, en ligne avec les objectifs d’« Atmanirbhar Bharat » visant 70 % de contenu local.

Des limites techniques à considérer : malgré leurs avantages, les radars VHF émettent des faisceaux plus larges, ce qui se traduit par une résolution et une précision moindres comparées aux radars UHF et aux bandes supérieures (1-28 GHz). Ils nécessitent des antennes volumineuses et doivent souvent être combinés avec d’autres systèmes pour un ciblage précis. « Ce sont les détecteurs de la situation globale – il faut les associer à des radars AESA pour l’engagement terminal, » conseille un ancien commandant d’escadron radar de l’IAF.