Le ministère de la Défense ukrainien a lancé la semaine dernière une plateforme en ligne à accès restreint, destinée à fournir aux gouvernements alliés, aux industriels de la défense et aux institutions de recherche des informations techniques issues du matériel militaire russe capturé. Cette initiative formalise une activité que Kiev menait jusque-là de manière informelle avec des partenaires triés sur le volet.
La plateforme, baptisée TrophyLab et accessible via trophylab.mod.gov.ua, répertorie actuellement plus de 115 échantillons d’équipements russes saisis, répartis en 79 catégories. Les utilisateurs, après un processus de vérification rigoureux, peuvent accéder à des plans, des analyses de composants, des schémas ainsi qu’aux rapports issus des laboratoires étatiques et des services de renseignement ukrainiens. À ce jour, plus de 225 études sont disponibles, selon le ministère.
Le ministre de la Défense, Mykhailo Fedorov, a annoncé le lancement sur les réseaux sociaux jeudi dernier, présentant cette plateforme comme un outil stratégique destiné à « tout le monde civilisé ». Parmi les matériels accessibles à l’étude figurent notamment un missile hypersonique Kinzhal et un char T-90M.
« Chaque missile, drone et véhicule saisi sur le champ de bataille est désormais une source de connaissance pour le monde libre », a écrit M. Fedorov.
Au-delà de l’accès numérique, TrophyLab permet aux partenaires vérifiés de solliciter l’examen sur le matériel physique, que ce soit pour des inspections non destructives, des démontages ou des essais de destruction complète. Cette possibilité est particulièrement utile pour les pays développant des contre-mesures électroniques ou souhaitant renforcer leurs propres systèmes face aux menaces spécifiques russes.
L’accès à la plateforme n’est pas public. Les utilisateurs autorisés incluent les forces armées ukrainiennes, les fabricants locaux, les ministères de la Défense étrangers, les entreprises de défense partenaires ayant satisfait aux critères du ministère ukrainien et les institutions scientifiques accréditées. Cette exigence de vérification illustre la sensibilité des informations — certaines technologies capturées n’ont jamais fait l’objet de divulgations techniques publiques — tout en limitant l’accès aux États et entités déjà intégrés dans le réseau de coopération en matière de défense de l’Ukraine.
Cette initiative s’inscrit dans une démarche plus large de Kiev visant à institutionnaliser le savoir issu du champ de bataille comme un actif transférable. Parmi d’autres mesures similaires, l’Ukraine a déjà partagé de nombreuses heures d’enregistrements de drones en première ligne pour entraîner les systèmes d’intelligence artificielle alliés. Par ailleurs, un accord bilatéral, appelé programme Brave Germany, a été signé avec l’Allemagne afin de soutenir conjointement des startups dans le développement d’armes d’attaque profonde, tirant parti des leçons du terrain. Le mois dernier, Kiev a aussi créé un cadre juridique formel pour l’utilisation du matériel russe capturé dans le cadre de la coopération internationale en matière de défense.
