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Les 7 et 8 juillet, l’OTAN a tenu son 36e sommet officiel à Ankara, en Turquie. Plusieurs thèmes majeurs ont dominé les débats, notamment les guerres en Ukraine et en Iran, ainsi que l’avenir incertain de la défense et de la sécurité européennes. Cinq experts analysent les résultats de ce sommet pour les différentes parties prenantes.

Liviu Horovitz
Chercheur associé à l’Institut allemand des affaires de sécurité et de politique internationale

Le principal enseignement d’Ankara est que même le président Donald Trump peine à échapper à la logique stratégique de l’OTAN. Arrivé en critiquant les alliés et en remettant en cause la pertinence de l’alliance, il est reparti en réaffirmant l’article 5 et en saluant l’unité de l’OTAN. Cette flatterie assumée et la gestion des egos ont certainement joué un rôle, tandis que les Européens continuent de percevoir la politique américaine envers la Russie comme instable. Mais les forces profondes vont dans le sens inverse. L’administration Trump redécouvre que ses objectifs clés — compétition avec la Chine, gestion du Moyen-Orient, endiguement de la Russie — sont plus aisés à atteindre avec des alliés européens compétents. Par ailleurs, la détermination de la Russie à poursuivre sa guerre contre l’Ukraine rend inéluctable le réarmement européen. Ankara a donc produit moins de nouveaux choix que davantage d’attention sur la mise en œuvre : accroître la production de défense, partager le savoir-faire militaire, et soutenir l’Ukraine. Le risque de perturbations personnelles demeure sérieux, mais les incitations stratégiques et les mécanismes institutionnels de l’OTAN semblent plus solides que les individus qui les mettent à l’épreuve.

Leonard Schütte
Postdoctorant au programme de sécurité internationale du Belfer Center, Harvard Kennedy School

Les Européens ont besoin d’un plan pour dissuader la Russie sans les États-Unis, mais l’OTAN semble de plus en plus mal adaptée pour le concevoir. Les menaces de Donald Trump de retirer des troupes à travers l’Europe, ainsi que des menaces visant le Danemark, illustrent la fragilité du parapluie sécuritaire. Les Européens l’ont en grande partie accepté et renforcé leurs efforts de défense. Ils doivent désormais élaborer des plans définissant les capacités nécessaires, la manière de prendre en charge le commandement de l’OTAN, et la façon de pouvoir combattre seuls. Les sommets sont le lieu de ces décisions. Or, à Ankara, apaiser Trump a fait passer les questions stratégiques au second plan. Le secrétaire général Rutte s’accroche à la dangereuse conviction que préparer des scénarios contingents crée une prophétie auto-réalisatrice. Les plans de l’OTAN continuent de supposer que les États-Unis fourniront 30 % des capacités totales de l’alliance d’ici 2032. Si ce déni perdure, la planification devra s’opérer en dehors de l’OTAN, que ce soit au sein de l’E5, de l’Union européenne, ou d’une nouvelle institution comme un Conseil européen de la sécurité.

Rick Landgraf
Éditeur de commentaires

Le sommet d’Ankara a donné lieu à des annonces concrètes, notamment 50 milliards de dollars pour des contrats d’approvisionnement et une promesse de soutien d’au moins 80 milliards de dollars à l’Ukraine, en grande partie financée par l’Europe et le Canada. Tous les alliés ont réitéré leur « engagement indéfectible » envers la défense collective, tandis que le secrétaire général a présenté un bilan des dépenses européennes en matière de défense. Du côté américain, Donald Trump a autorisé la production de missiles Patriot par l’Ukraine et l’achat de F-35 par la Turquie. Mais sous ces déclarations officielles, persistent de profondes divisions au sein de l’OTAN. Les États-Unis menacent toujours de retirer leurs forces conventionnelles d’Europe et envisagent de revendiquer le Groenland. Pendant ce temps, l’Europe peine à convertir ses investissements accrus en capacités opérationnelles, tout en exagérant la menace russe pour maintenir l’engagement américain. Si l’on se base sur les communiqués récents ou les propos du secrétaire général Mark Rutte, rien de tout cela ne transparaît. Cette situation illustre une ironie remarquable : pendant des années, depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014, le discours de l’OTAN était dominé par une narration de crise, mais aujourd’hui que l’alliance traverse véritablement une crise, tout ce que l’on voit sont des proclamations d’unité et de force.

Kori Schake
Directrice des études en politique étrangère et défense, American Enterprise Institute

Le principal succès du sommet de cette année est d’avoir évité un désastre provoqué par l’antagonisme trumpiste. Le président américain n’a pas quitté la réunion en claquant la porte ni provoqué d’incident majeur, et il a approuvé une déclaration robuste réaffirmant l’article 5 et le soutien à l’Ukraine. Tout le mérite revient au secrétaire général Mark Rutte, dont la finesse et la diplomatie ont une fois de plus sauvé la situation — il mériterait le prix Nobel de la paix pour avoir empêché les États-Unis de saper la sécurité européenne. Le Premier ministre canadien Justin Trudeau continue de jouer habilement une main faible en orchestrant la création d’une Banque de la défense, de la sécurité, et de la résilience pour mutualiser les ressources sous forme de prêts, bien que les participants soient avant tout des bénéficiaires potentiels plutôt que des donateurs fortunés.

Ian Lesser
Chercheur distingué, German Marshall Fund of the United States

Sur place à Ankara, le sommet de l’OTAN ressemblait à deux événements parallèles : l’un théâtral, l’autre substantiel. La Turquie avait un intérêt dans les deux. La relation étroite entre Donald Trump et Recep Tayyip Erdogan a clairement contribué à empêcher que les tensions sur le Groenland, avec la Première ministre Giorgia Meloni, la décadence de l’Europe et une multitude de griefs bilatéraux ne compromettent un résultat solide. Cela s’est traduit par un communiqué de sommet positif sur les investissements dans la défense, le soutien à l’Ukraine, et un engagement ferme envers l’article 5. Ankara a également reçu des marques d’encouragement de la part de Trump concernant l’accès aux F-35 et la levée des sanctions CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act). Ces mesures feront probablement face à une forte opposition au Congrès, mais du point de vue turc, le sommet sera sans conteste jugé globalement réussi.