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Mazagon Dock Shipbuilders Limited (MDL), principal chantier naval militaire indien, reste prudemment optimiste quant à la conclusion d’un contrat majeur pour la construction de trois sous-marins avancés de classe Scorpène dans le cadre du projet 75 (sous-marins supplémentaires), ou P-75(AS), malgré le silence notable du ministère de la Défense (MoD) ces derniers mois. Les négociations commerciales pour un contrat estimé à environ 36 000 crores de roupies (4,3 milliards de dollars) ont été « finalisées il y a quelques mois », le projet étant désormais à l’étape de l’approbation, selon des dirigeants de MDL.

Face à l’absence de nouvelles informations, le chantier naval mise sur une signature prochaine, même si des rumeurs médiatiques laissent entendre que le MoD pourrait privilégier un rééquilibrage stratégique, en faveur du développement de plateformes de nouvelle génération au détriment de cette variante étendue des Scorpène, inspirée de la classe Riachuelo brésilienne.

Ce contrat représente une étape cruciale pour la marine indienne dont la flotte sous-marine conventionnelle est en déclin, ne comptant plus que 16 unités vieillissantes contre une cible officielle de 24 sous-marins d’ici 2031. Avec la mise en service en janvier 2025 du dernier des six sous-marins Kalvari (Scorpène) originaux, l’INS Vagsheer, le projet P-75(AS) apporterait de nouveaux bâtiments indispensables, intégrant des améliorations indigènes, notamment le système de propulsion indépendante de l’air (AIP) développé par l’Organisation indienne de recherche et développement pour la défense (DRDO). Toutefois, des rumeurs concernant des redistributions budgétaires et une orientation stratégique vers le projet plus ambitieux P-75I jettent une incertitude sur l’avenir de ce programme.

La coopération entre MDL et le groupe français Naval Group, initiée en 2005 dans le cadre du projet P-75 initial d’un montant de 23 562 crores, a permis de créer un écosystème industriel robuste au chantier de Mumbai. Les six sous-marins de classe Kalvari, livrés entre 2017 et 2025, affichent plus de 50% de contenu local et ont permis à MDL de parfaire son savoir-faire en construction de coque, intégration de systèmes de combat et technologies furtives. Le trio proposé pour P-75(AS) s’appuierait directement sur cette base pour offrir des capacités accrues, en réponse aux défis posés par l’expansion des forces chinoises en mer de Chine méridionale et la modernisation des flottes pakistanaises.

Lors de sa conférence téléphonique avec les investisseurs le 28 octobre, le président-directeur général de MDL, le capitaine Jagmohan Kamath, a souligné la maturité du projet : « Les négociations commerciales avec le MoD ont été terminées il y a quelques mois et le projet est en phase d’approbation. Nous n’avons pas reçu de mise à jour depuis, mais nous restons confiants quant à la signature du contrat P-75(AS dans les prochains mois ». Cette déclaration confirme des déclarations antérieures de juillet 2025, lorsque MDL avait indiqué que les négociations pour ces sous-marins supplémentaires étaient « achevées et soumises », préparant ainsi le terrain pour finaliser dans l’exercice 2025-26 à la fois P-75(AS) et le projet parallèle P-75I.

Le design de ces sous-marins s’inspire directement des quatre unités brésiliennes de la classe Riachuelo, construites sous un contrat de 2009 avec Naval Group d’une valeur de 10 milliards de dollars, incluant un transfert technologique. Ces bâtiments de 1 900 tonnes, commissionnés à partir de 2022, présentent une coque allongée pour augmenter la capacité de charge utile, mais sans système AIP. La version indienne intégrerait en revanche la propulsion indépendante de l’air conçue par la DRDO, plaçant New Delhi en position de futur exportateur potentiel de cette technologie. À ce titre, une visite en septembre 2024 de l’amiral Marcos Sampaio Olsen au Laboratoire national de recherche de la marine indienne (NMRL) avait témoigné d’un intérêt mutuel, explorant la possibilité pour l’Inde de proposer un retrofit de leurs sous-marins brésiliens avec le système AIP indien, illustrant des coopérations croissantes dans le cadre du Sud global.

Pour P-75(AS), la part de contenu indigène devrait grimper à 60 %, soit le double du premier lot, incluant le système de gestion de combat DRDO, des torpilles lourdes et des contre-mesures. Naval Group a déjà investi plus de 100 crores dans les ateliers de MDL pour la maintenance et les pièces détachées, tout en collaborant à la qualification du système AIP depuis 2023. L’augmentation du coût par rapport au P-75 initial (triplé à 36 000 crores) s’explique par l’inflation, la taille plus importante des coques et ces améliorations, mais n’inclut pas encore les frais liés à l’intégration de l’AIP.

Malgré ces avancées, des reportages récents ont accentué les doutes. Des médias comme India Today et The Print laissaient entendre en juin-juillet 2025 que le MoD pourrait abandonner P-75(AS) pour accélérer le programme P-75I, d’une enveloppe de 70 000 crores, prévoyant six sous-marins équipés de systèmes AIP avancés avec ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS) d’Allemagne. Ce repositionnement, motivé par des impératifs budgétaires et la volonté de privilégier des conceptions neuves plutôt qu’évolutives, pourrait mener à une réallocation des ressources vers les unités dérivées du Type 214, dont les négociations entre MDL et TKMS ont débuté en septembre 2025, après une approbation par le Cabinet en août.

Les détracteurs craignent que l’ajout des Scorpène, bien plus rapides à livrer (premier navire attendu en 2030), ne perde toute pertinence face à la chronologie plus lointaine de P-75I, prévue pour le milieu des années 2030. Un proche du ministère indiquait à India Today : « La proposition de la Marine de répartir P-75I entre des chantiers comme MDL et Larsen & Toubro pour accélérer la mise en service témoigne de l’urgence — pourquoi diluer l’attention sur une plateforme héritée ? ». Par ailleurs, avec un contenu local exigé de 45 à 60 % dès le départ sur P-75I, un écosystème industriel national renforcé par la DRDO et le secteur privé pourrait rendre P-75(AS) moins indispensable.

MDL, pour sa part, rejette ces prédictions pessimistes. En août 2025, le chantier avait démenti toute interruption des négociations auprès des marchés financiers, contredisant les rumeurs de veto de la commission de sécurité du Cabinet. Le capitaine Kamath a réaffirmé en novembre que P-75(AS) serait signé dans l’année financière en cours, avec P-75I, possiblement d’ici à mars 2026, ajoutant ainsi neuf sous-marins à la flotte indienne et consolidant la position dominante de MDL dans la construction sous-marine.