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Le Premier ministre indien Narendra Modi et le président russe Vladimir Poutine se sont rencontrés en marge du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Tianjin, en Chine, renforçant ainsi leurs liens alors que les relations entre New Delhi et Washington se tendent à cause des achats indiens de pétrole russe.

Lors de cette rencontre, les deux dirigeants ont échangé sur les développements régionaux et mondiaux, notamment la nécessité d’une résolution pacifique du conflit en Ukraine. Narendra Modi a qualifié cette entrevue d’« excellente » et a souligné sur son compte X que leur partenariat « spécial et privilégié reste un pilier essentiel de la stabilité régionale et mondiale ».

Au cœur des discussions figuraient l’approfondissement de la coopération bilatérale tous azimuts, couvrant le commerce, les engrais, l’espace, la sécurité et la culture. Les deux chefs d’État ont également exprimé leur satisfaction quant à la croissance soutenue des liens économiques, financiers et énergétiques entre leurs pays.

Modi a ouvert les échanges en rappelant la nature « spéciale et privilégiée » du partenariat entre l’Inde et la Russie. Poutine a de son côté qualifié Modi de « cher ami » et a salué les relations « spéciales, amicales et fondées sur la confiance » unissant les deux nations. « Ces relations, a-t-il insisté, sont absolument non partisanes, soutenues par la grande majorité des peuples de nos pays. »

Le président russe devrait se rendre en Inde en décembre prochain pour le 23e sommet annuel Inde-Russie, a annoncé son conseiller en politique étrangère, Yuri Ushakov.

Modi a profité du sommet pour saluer les initiatives de paix visant à mettre un terme au conflit russo-ukrainien et a appelé toutes les parties prenantes à avancer de manière constructive. « Trouver une solution rapide au conflit et établir une paix durable, c’est l’appel de toute l’humanité », a-t-il déclaré.

Accompagné d’une importante délégation, Poutine a eu un entretien privé d’environ une heure avec Modi avant la séance officielle, dans une limousine Aurus, un véhicule russe haut de gamme qu’il utilise régulièrement lors de ses déplacements à l’étranger.

Cette rencontre revêtait une importance particulière alors que le président américain Donald Trump a récemment imposé des droits de douane supplémentaires de 25 % sur les importations indiennes, portant le total à 50 %, en représailles aux achats indiens de pétrole russe à prix réduit.

Washington a maintes fois mis en garde New Delhi contre ses importations de brut russe, qu’il considère comme un soutien financier à Moscou dans son conflit en Ukraine. L’Inde défend cependant ces achats comme indispensables pour répondre aux besoins énergétiques croissants de ses 1,4 milliard d’habitants.

L’an dernier, Narendra Modi s’est rendu deux fois en Russie, d’abord à Moscou en juillet pour sa première visite depuis le début de la guerre en Ukraine, puis à Kazan en octobre pour le sommet du groupe des BRICS, bloc des économies émergentes.

Les liens entre l’Inde et la Russie, forgés depuis la guerre froide, se sont renforcés depuis le déclenchement du conflit en Ukraine. Alors que l’Occident a exclu la Russie des marchés énergétiques, la Chine et l’Inde sont devenues les principaux acheteurs du pétrole russe.

Historiquement dépendante du Moyen-Orient pour ses approvisionnements pétroliers, l’Inde, troisième importateur mondial après la Chine et les États-Unis, a accru ses achats de pétrole russe à prix réduit. La Russie représente désormais environ 37 % des importations pétrolières françaises.

Le commerce bilatéral a ainsi atteint un record de 68,7 milliards de dollars pour l’année fiscale 2024-2025, portée par une forte coopération énergétique. Les importations indiennes depuis la Russie ont atteint environ 64 milliards de dollars, tandis que les exportations indiennes vers la Russie s’élèvent à près de 5 milliards, selon les données gouvernementales indiennes.

Les deux pays visent une augmentation de leurs échanges commerciaux à 100 milliards de dollars d’ici 2030.

Sreeram Sundar Chaulia, expert en relations internationales à la Jindal School de New Delhi, souligne que cette rencontre illustre la volonté de l’Inde de valoriser ses partenaires stratégiques traditionnels tout en affirmant son autonomie dans sa politique étrangère pour maintenir et renforcer son partenariat multidimensionnel.

Par ailleurs, New Delhi espère que les tensions actuelles avec Washington sont temporaires. « Ainsi, l’Inde pourra continuer à « avoir le gâteau russe tout en mangeant la tarte américaine », dans le cadre de sa stratégie de multi-alignement », conclut-il.