La DRDO (Defence Research and Development Organisation) de l’Inde a récemment présenté le missile antichar guidé NAG Mk2, qui a été tiré avec succès depuis le char léger de dernière génération Zorawar le 17 octobre. Si le lancement inaugural depuis le Zorawar a fait sensation, les experts soulignent que c’est bien le missile lui-même qui constitue une véritable avancée, grâce à des améliorations techniques majeures offrant légèreté, réduction des coûts et polyvalence accrue.
Le test a eu lieu sur un polygone désertique du Rajasthan, réalisé par l’établissement de recherche sur les véhicules de combat (CVRDE) de la DRDO en partenariat avec Larsen & Toubro. Il a confirmé les principales caractéristiques du NAG Mk2 : une portée de 4 km, une capacité d’attaque en plongée (top-attack) et une précision laser sur cibles blindées. Des images témoignent du missile gris s’élevant en flèche depuis la tourelle du Zorawar, avec une traînée unique de gaz d’échappement, marquant une nette évolution par rapport au NAG Mk1 plus encombrant doté d’un lancement latéral. Ce succès ouvre la voie à une mise en service prévue du char Zorawar dès 2027, renforçant ainsi les capacités de combat en haute altitude de l’armée indienne, notamment aux frontières contestées avec la Chine.
Innovation technique et design repensé
Pour l’analyste Rohit Vats, le véritable point de rupture réside dans les améliorations itératives du missile, issues des retours d’expérience sur la famille de missiles DRDO. Selon lui, le fait que le char Zorawar ait tiré un missile antichar est moins remarquable que la conception même du NAG Mk2, qui intègre deux avancées majeures.
Premièrement, le système de propulsion a été revu : à la différence du NAG Mk1, qui utilisait des évents latéraux encombrants pour la phase de propulsion initiale et compliquait ainsi l’intégration sur différentes plateformes, le Mk2 adopte une tuyère unique pour les moteurs propulseur et sustentateur. Ce design simplifié, inspiré de variantes comme le missile HELINA lancé depuis hélicoptère, réduit la complexité technique et facilite l’adaptabilité sur divers supports – chars, systèmes portables voire drones.
Deuxièmement, le contrôle de vol a évolué. Le NAG Mk2 abandonne les buses à vecteur de poussée flexibles (Thrust Vector Control, TVC) employées notamment sur le HELINA au profit de volets de jet (Jet Vane Control, JVC). Ces petites palettes autour de la sortie des gaz, invisibles à l’œil nu, dirigent le missile en modulant les flux de gaz. Cette technologie, perfectionnée sur les projets SANT (arme intelligente air-sol) et Dhruvastra, allège le poids et améliore la fiabilité en environnement poussiéreux et extrême en altitude.
Un missile plus compact et plus léger
Le véritable « tour de force », selon Vats, est la réduction de taille du Mk2. Alors que le NAG Mk1 pesait plus de 42 kg et mesurait plus de 1,80 mètre, le nouveau modèle est nettement plus compact, estimé autour de 1,20 mètre de longueur, avec un corps en trois sections semblable à celui du missile SANT. La partie avant présente un diamètre plus fin, résultat d’une électronique repensée, d’un carburant solide plus dense et d’une tête militaire allégée à environ 8 kg. Les rendus 3D comparatifs opposent un missile type scalpel à son prédécesseur massif – un changement qui pourrait diviser par deux le poids total, à environ 21 kg.
Si cette réduction est confirmée, elle serait une avancée majeure, facilitant le lancement depuis des unités d’infanterie, des drones ou même des munitions rôdeuses. En se libérant des plateformes dédiées et lourdes, le NAG Mk2 pourrait équiper non seulement le char Zorawar de 25 tonnes, adapté aux terrains accidentés du Ladakh, mais aussi des véhicules blindés léger BMP-2 modernisés, renforçant nettement la capacité anti-blindage des forces mécanisées indiennes.
Une évolution maîtrisée et progressive
Cette progression illustre la capacité de la DRDO à perfectionner ses systèmes par développement incrémental, sans pression de délais stricts pour remplacer ses missiles plus anciens comme le russe Konkurs. Le programme NAG, initié dans les années 1980 en tant que missile de troisième génération à guidage infrarouge pour frappes par tous temps, a connu des débuts difficiles mais a évolué à travers des jalons clés comme le HELINA (2010) et le Dhruvastra (2024) pour devenir une famille de missiles largement autochtones supérieurs à la concurrence dans certains domaines.
L’armée indienne, qui a validé en 2024 une commande de 300 chars Zorawar, bénéficiera pleinement de cette avancée. Face aux chars légers chinois Type 15 opérant en haute montagne, le tandem explosif du NAG Mk2 conçu pour percer les blindages réactifs constitue un atout décisif. À terme, une potentielle exportation de ce missile pourrait soutenir la diplomatie de défense indienne dans le cadre de la politique d’autonomie stratégique « Atmanirbhar Bharat ».