Dans le paysage international de plus en plus complexe d’aujourd’hui, l’Occident est focalisé sur un nombre limité de crises majeures, avec le conflit israélo-palestinien en première ligne. Si ce dernier est incontestablement important, cette attention concentrée crée un vide stratégique rapidement comblé par des puissances émergentes telles que la Chine, la Russie, l’Iran et la Corée du Nord (CRINK).
Ce phénomène illustre un risque majeur : l’obsession pour des crises visibles et médiatisées détourne l’attention des enjeux structurants à long terme. Ce déséquilibre stratégique offre ainsi aux acteurs non-occidentaux des marges de manœuvre accrues pour redessiner les règles du jeu international et étendre leur influence.
Les défis posés par le CRINK ne se limitent pas à des tensions ponctuelles. Ces États et blocs régionaux développent simultanément leurs capacités militaires, technologiques et économiques, tout en adoptant des stratégies souvent hybrides mêlant coercition, cyberattaques et guerres d’influence.
Paradoxalement, alors que l’Occident mobilise d’importantes ressources pour gérer des crises à court terme, il s’expose à perdre sa position dominante sur le long terme, notamment dans des domaines clés comme l’intelligence artificielle, les technologies spatiales et la maîtrise des chaînes d’approvisionnement stratégiques.
Il est donc crucial de dépasser la simple gestion de crises visibles pour adopter une approche globale et anticipatrice.
Cela implique de :
- Renforcer la veille stratégique sur les évolutions politiques, économiques et militaires à l’échelle planétaire,
- Investir dans les capacités de renseignement et de cyberdéfense pour contrer efficacement les actions furtives des puissances rivales,
- Favoriser la coopération internationale avec les alliés et partenaires partageant des intérêts communs, afin d’élaborer des réponses coordonnées,
- Rééquilibrer les ressources entre la gestion immédiate des crises et le soutien à la recherche, développement et innovation dans les secteurs stratégiques.
En négligeant l’essentiel au profit de l’urgence, la communauté internationale risque donc non seulement d’être surprise par les évolutions rapides du contexte mondial, mais aussi de perdre un avantage stratégique décisif.
La recomposition du monde en cours n’est pas uniquement le résultat de conflits localisés. Elle émane également de cette redéfinition des rapports de force globaux, où la capacité à anticiper et à s’adapter aux mutations profondes devient une condition sine qua non de la préservation des intérêts nationaux.