Okinotori, une bande rocheuse entourée de coraux située à plus de 1 000 miles au sud de Tokyo, est au centre d’un différend international majeur. D’une superficie de moins de 10 mètres carrés à marée haute, cette formation géologique est revendiquée par le Japon comme une île, lui conférant ainsi une zone économique exclusive (ZEE) de 150 000 milles carrés, presque équivalente à la taille du Japon.
Depuis deux décennies, la Chine, la Corée du Sud et Taïwan contestent ce statut. Selon elles, Okinotori est un simple rocher incapable de soutenir une vie humaine ou économique, ne générant donc ni ZEE ni plateau continental, conformément à l’Article 121 de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM). Cette contestation juridique est restée sans résolution, car la Commission des limites du plateau continental ne tranche pas le statut de l’île.
En juillet 2026, le Japon a dénoncé des exercices militaires sino-russes menés à l’intérieur de la ZEE qu’il revendique autour d’Okinotori, invoquant des risques pour la navigation. La Chine a répondu que ces maneuvres avaient eu lieu en haute mer et respectaient le droit international, rejetant implicitement l’existence même de la ZEE japonaise en cet endroit.
Ce différend illustre un contexte plus large où la Chine fait face à des tensions simultanées en mer de Chine orientale, en mer de Chine méridionale et dans le détroit de Taïwan. Cette situation est exacerbée par un renforcement des coopérations sécuritaires bilatérales japonaises-philippines et une coordination émergente avec Taïwan. La Chine adopte une stratégie combinant contestations juridiques, renforcement de sa présence physique et exercices militaires pour conforter ses positions.
Le cas d’Okinotori révèle une contradiction pour les deux parties : l’arbitrage international de 2016, que le Japon soutient vigoureusement contre la Chine, affaiblit paradoxalement sa propre revendication à Okinotori, car la formation ne peut soutenir la vie humaine ou économique en état naturel, un critère clé pour être considérée comme une île. La Chine, de son côté, refuse l’application de cette décision mais s’appuie sur une argumentation similaire contre Tokyo.
Du côté de Taïwan, bien qu’aucun conflit de souveraineté n’implique Okinotori, cette dernière revendique des droits sur ces eaux, particulièrement en ce qui concerne la pêche, compliquant davantage la dynamique régionale. Malgré un profil moins affirmé depuis 2016, Taïwan insiste sur le fait que les droits dans cette zone restent disputés.
Pour les États-Unis, cet épisode illustre un arbitrage délicat entre le respect du droit de la mer et les intérêts stratégiques. Washington soutient la position juridique claire sur la mer de Chine méridionale, tout en restant silencieux sur Okinotori, choisissant la cohésion d’alliance plutôt que la cohérence juridique, même si cela alimente la critique chinoise d’un ordre juridique à géométrie variable.
Enfin, ce différend autour d’un minuscule îlot symbolise les défis actuels dans la région : un ordre maritime contesté où les alliances se resserrent face à la montée en puissance chinoise, dans un contexte où les tensions multiformes pourraient s’amplifier et se connecter sur plusieurs fronts, mettant à l’épreuve la stabilité stratégique de l’Asie de l’Est.