Alors que les États-Unis développent leur futur F-47 et écoulent à grands volumes leur chasseur F-35 Lightning II — dont plus de 1 000 exemplaires ont déjà été produits, nombreux sur le sol européen — les programmes européens d’avions de combat peinent à s’accorder sur une vision commune et à avancer concrètement.
En plus du Rafale actuellement en service, deux grands projets de nouvelle génération sont en cours : le SCAF, dont l’avenir semble compromis, et le Tempest. Le premier, fruit d’un partenariat entre la France, l’Allemagne et l’Espagne, est confronté à de nombreuses difficultés. Le second, développé par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon, n’est guère mieux loti.
Le Programme Aérien de Combat Global (GCAP), autrement dit Tempest, vient de recevoir une évaluation sévère de la part de la National Infrastructure and Projects Authority britannique (NISTA), qui lui a attribué la note la plus basse, dite “rouge”. Cette classification désigne un programme dont la réussite « paraît impossible » et dont la viabilité globale n’est pas assurée, malgré les progrès techniques déjà réalisés.
NISTA souligne que ce programme d’envergure est encore en phase initiale, et que les défis à relever pour mener à bien ce type de projet sont considérables.
Un concurrent européen du SCAF
Le Tempest rassemble l’industrie aéronautique britannique (BAE Systems), italienne (Leonardo) et japonaise (Japan Aircraft Industrial Enhancement, filiale de Mitsubishi) au sein de la coentreprise Edgewing, créée en juin dernier. L’objectif est de fournir aux forces aériennes des trois pays un nouvel avion de combat de 6e génération d’ici à 2035, avec ses capteurs, armements associés et drones d’accompagnement.
Le calendrier visé est ambitieux : un premier vol de démonstration doit permettre de valider le concept et certaines technologies dès 2027. L’appareil utiliserait dans un premier temps deux moteurs issus de l’Eurofighter, en attendant le futur réacteur développé par Rolls-Royce.
Retards et tensions dans un projet trinational
Si théoriquement le GCAP semble progresser mieux que le SCAF — ce dernier peinant notamment en raison de difficultés liées au partage industriel — le projet Tempest n’en est pas moins affecté par des dissensions. Déjà fin 2023, la Suède, entraînant le constructeur Saab, avait annoncé son retrait du programme.
Plus récemment, selon Reuters, le ministre italien de la Défense, Guido Crosetto, a critiqué en avril dernier une reluctance de la part du Royaume-Uni à partager pleinement ses technologies avec ses partenaires.
« Il faut abattre les barrières de l’égoïsme. L’Italie les a totalement levées, le Japon presque totalement. Je trouve que le Royaume-Uni est beaucoup plus réticent, ce qui constitue une erreur, car l’égoïsme est l’ennemi numéro un des nations », a-t-il déclaré.
Par ailleurs, l’Italie soutient l’intégration possible de l’Arabie saoudite dans le programme, une option à laquelle le Japon ne serait pas fermé. Toutefois, aucun accord formel n’a pour l’instant été conclu. Des propos récents d’un dirigeant de BAE Systems, relayés en juillet par Reuters, ont mis en doute la faisabilité d’élargir le partenariat à un autre pays, invoquant les retards et coûts additionnels engendrés par cette décision.
Helen Chachaty