L’Indian Air Force (IAF) fait face à un défi majeur : maintenir sa capacité opérationnelle tout en gérant l’obsolescence de sa flotte vieillissante de Sukhoi Su-30MKI, pilier de ses capacités aériennes. Un haut responsable de l’IAF a indiqué que l’arrivée de nouveaux avions Dassault Rafale et de chasseurs Tejas Mk1A permettra de réduire la pression sur la flotte de Su-30MKI et de mettre en œuvre progressivement le programme crucial de modernisation Super-30.
Les technologies des Su-30MKI, datant du début des années 2000, montrent des signes d’obsolescence notamment au niveau des systèmes avioniques. L’IAF prévoit de renforcer ses escadrons avec trois à quatre unités de Tejas Mk1A et davantage de Rafale d’ici 2030. Cette stratégie vise à permettre à l’IAF et à Hindustan Aeronautics Limited (HAL) de se concentrer sur la modernisation de 84 Su-30MKI, garantissant ainsi que cette flotte reste efficace face aux menaces régionales croissantes.
Le Su-30MKI, une pièce maîtresse sous pression
Le Su-30MKI, chasseur biplace bimoteur multirôle, constitue le cœur de la flotte de combat de l’IAF avec plus de 270 appareils répartis dans 12 escadrons. Conçu pour la supériorité aérienne, l’attaque au sol et la guerre électronique, il est équipé de systèmes avancés comme le radar Bars et les moteurs AL-31FP. Toutefois, les 25 premiers appareils livrés au début des années 2000, en configuration initiale, sont désormais dépassés. Ces avions ne disposent pas d’avioniques modernes, de radars à antenne active (AESA) ou de suites de guerre électronique avancées, ce qui les rend moins performants face aux menaces actuelles, telles que le chasseur furtif chinois J-20 ou le JF-17 Block III pakistanais.
Avec une force opérationnelle actuelle de 31 escadrons contre une dotation autorisée de 42, la pression sur chaque avion est intense. Le retrait progressif des MiG-21 et MiG-27 vieillis accentue cette tension, laissant peu de marge pour immobiliser les Su-30MKI durant les phases de modernisation. Le programme Super-30, approuvé en 2023 par le ministère de la Défense indien, vise à moderniser 84 Su-30MKI avec des radars AESA développés localement, des systèmes avioniques améliorés, de nouveaux équipements de guerre électronique et la compatibilité avec des armes avancées comme les missiles BrahMos-NG et Air LORA. Cependant, ce programme implique un temps d’immobilisation prolongé, une contrainte difficile à gérer sans le renfort de nouveaux appareils.
Rafale et Tejas Mk1A : des renforts cruciaux
Pour faire face à cette contrainte, l’IAF compte sur l’arrivée de Rafale supplémentaires et de chasseurs Tejas Mk1A afin de renforcer ses capacités d’ici 2030. Le Rafale, un avion multirôle de 4,5e génération, a déjà fait ses preuves depuis l’introduction de 36 exemplaires en 2020. Le programme MRFA (Multi-Role Fighter Aircraft) prévoit l’acquisition de 114 Rafale supplémentaires pour un coût estimé à environ 2 00 000 crore de roupies (24,5 milliards de dollars), permettant la formation d’au moins six nouveaux escadrons. Ces avions sont dotés de radars AESA RBE2, de missiles Meteor et d’un profil furtif, et assureront les missions les plus critiques, allégeant la charge opérationnelle des Su-30MKI.
Parallèlement, le chasseur indigène Tejas Mk1A, développé par HAL, jouera un rôle clé. Commandé à 83 exemplaires en 2021, avec 97 supplémentaires approuvés en 2024, l’IAF espère mettre en service trois à quatre escadrons (soit 60 à 80 appareils) de Tejas Mk1A d’ici 2030. Équipé du radar AESA EL/M-2052, de systèmes avancés de guerre électronique et compatible avec des armements domestiques comme le missile Astra, le Mk1A offre des performances de 4,5e génération à un coût plus abordable — environ 50 à 60 millions de dollars par unité, contre 150 millions pour un Rafale. Sa conception légère et sa production rapide dans les usines HAL de Bengaluru et Nashik en font un complément idéal au Rafale, garantissant une force numérique accrue et une flexibilité opérationnelle.
Faciliter la modernisation Super-30
L’arrivée des Rafale et des Tejas Mk1A offrira à l’IAF la marge de manœuvre nécessaire pour lancer le programme Super-30 sans compromettre sa disponibilité opérationnelle. Le budget prévu pour ces mises à niveau s’élève à environ 20 000 crore de roupies, visant à moderniser 84 Su-30MKI (environ quatre escadrons) avec :
- Radar AESA indigène : remplacement du radar Bars PESA par le radar Uttam AESA développé par le DRDO, offrant une meilleure portée de détection, le suivi simultané de multiples cibles et une résistance accrue au brouillage.
- Systèmes avioniques avancés : ordinateurs de mission, affichages cockpit et logiciels améliorés pour renforcer les capacités de guerre réseau.
- Suite de guerre électronique : nouveaux avertisseurs radar, brouilleurs et dispositifs anti-contrecoups pour faire face aux menaces modernes.
- Intégration d’armes : compatibilité avec des munitions de nouvelle génération telles que BrahMos-NG, Air LORA et Rudram (missiles anti-radiation), améliorant les capacités d’attaque en profondeur.
- Amélioration des moteurs : possibles optimisations des AL-31FP pour une fiabilité et des performances accrues.
À l’horizon 2030, l’induction de 60 à 80 Tejas Mk1A et jusqu’à 60 Rafale supplémentaires (selon l’avancement du MRFA) permettra à l’IAF de mettre temporairement au sol des groupes de Su-30MKI pour leur modernisation. L’usine HAL de Nashik, qui assurait la production sous licence des Su-30MKI, est idéalement placée pour conduire ce programme Super-30, s’appuyant sur son savoir-faire et ses infrastructures. La modernisation se fera par étapes, en priorisant les 25 avions les plus anciens pour leur redonner une pertinence stratégique, avant de traiter les 59 appareils restants de façon échelonnée afin de limiter les perturbations dans les opérations.