Article de 749 mots ⏱️ 4 min de lecture

Depuis quatre décennies, aucun pays d’Europe occidentale n’a acheté le Rafale, l’avion de chasse français développé par Dassault Aviation. Ses quelques clients européens sont situés à l’est de l’Adriatique, malgré des évaluations techniques très favorables dans plusieurs pays occidentaux comme les Pays-Bas ou la Suisse.

En Suisse, un débat public refait surface concernant la sélection du F-35A de Lockheed Martin, choisie en 2021 après un concours où le Rafale était également en lice. Une lacune dans la fixation contractuelle du prix des F-35A a été dénoncée, conduisant à une demande parlementaire de révision de l’achat initial. La Suisse reste cependant l’un des rares pays européens à avoir soumis officiellement le Rafale à une compétition.

Un des facteurs clés de la préférence pour le F-35 réside dans la capacité des États membres de l’OTAN à utiliser des armes nucléaires américaines comme la bombe B61. L’Allemagne, qui doit renouveler ses Tornado affectés à cette mission, a ainsi commandé des F-35A pour leur compatibilité certifiée avec cet armement nucléaire, base à Büchel à partir de 2027. En revanche, le Rafale, même s’il assure une indépendance technique et une intégration avancée de ses propres systèmes (radar AESA RBE2, système de guerre électronique SPECTRA, capacité à opérer sans dépendance au GPS américain), ne remplit pas ce critère stratégique essentiel pour certains alliés.

Par ailleurs, plusieurs capitales occidentales à fort budget en aviation – Berlin, Bruxelles, La Haye et Rome – n’ont jamais évalué le Rafale sérieusement, le rejet résultant souvent de décisions politiques affirmant la valeur du F-35 comme engagement auprès des États-Unis, et non sur de simples critères techniques. Des pressions diplomatiques américaines ont d’ailleurs été rapportées dans le choix de plusieurs pays, notamment les Pays-Bas, la Belgique, la Pologne et la Finlande.

La situation de la Turquie illustre également les enjeux politiques et stratégiques autour du Rafale : exclue du programme F-35 après l’achat de systèmes russes S-400, Ankara attend toujours la livraison de ses F-35 commandés mais bloqués aux États-Unis, tout en se tournant vers l’Eurofighter Typhoon, sans considérer le Rafale.

Le prix à l’heure de vol semble moins décisif, le Rafale étant estimé à environ 20 000 euros, contre 34 000 à 42 000 dollars pour le F-35. La compétitivité économique n’est donc pas le facteur principal du désintérêt des grandes puissances aériennes européennes.

Depuis la sortie de la France du programme européen d’avions de combat en 1985, qui a accouché du Rafale et de l’Eurofighter Typhoon, une division claire existe entre les approches française et germano-britannique. Paris souhaitait un avion polyvalent compatible avec les porte-avions français, tandis que les autres partenaires visaient un intercepteur lourd pour la supériorité aérienne.

Les tentatives récentes de coopération franco-allemande dans le programme SCAF (Système de Combat Aérien Futur) ont stagné, conduisant à son abandon fin juin 2026 et à un recentrage des efforts sur des projets plus limités, laissant ainsi le Rafale isolé sur le marché européen face à l’offensive américaine du F-35.

Toutefois, le Rafale connaît un succès hors-Europe notable, avec 24 appareils achetés par la Grèce et des commandes substantielles auprès de la Croatie, de la Serbie, des Emirats arabes unis, de l’Égypte et bientôt de l’Inde, même si les négociations sont complexes notamment sur le contrôle logiciel. En Europe, l’Ukraine a annoncé en juillet 2026 l’acquisition de 16 Rafale F4 dans le cadre d’un soutien militaire financé par un prêt européen.

L’importante backlog de Dassault Aviation – plus de 220 avions en attente de livraison, dont une majorité pour l’export – ainsi que les défis industriels à court terme limitent aussi la disponibilité immédiate du Rafale pour d’éventuels nouveaux clients européens.

En résumé, le Rafale souffre surtout d’un choix politique et stratégique favorisant le F-35 dans les capitales occidentales, en particulier à cause de la mission nucléaire partagée de certains membres de l’OTAN et des pressions diplomatiques américaines. Sa polyvalence technologique et sa souveraineté opérationnelle ne suffisent pas à renverser cette tendance, alors que Dassault vise par ailleurs des marchés export en croissance, notamment hors d’Europe.

Sources : galaxiamilitar