Un débat renouvelé agite les cercles de défense en Inde sur la pertinence d’investir dans le programme du Light Combat Aircraft (LCA) Mk2. Le développement de l’Advanced Medium Combat Aircraft (AMCA), un chasseur furtif bimoteur de cinquième génération, progresse rapidement, avec des échéances de production qui se rapprochent de celles du LCA Mk2. Cette situation suscite des interrogations : pourquoi financer une plateforme intermédiaire monomoteur de génération 4,5 alors que l’Inde pourrait directement passer à un avion furtif polyvalent et haute performance ?
La controverse, alimentée sur les réseaux sociaux et les forums spécialisés, repose sur les derniers détails concernant les calendriers et les contraintes budgétaires. L’Aeronautical Development Agency (ADA) et Hindustan Aeronautics Limited (HAL) prévoient le premier vol des prototypes du LCA Mk2 pour mars 2026, avec une production de série fixée à 2029. Parallèlement, le développement de l’AMCA s’accélère, avec une production en série attendue pour 2035. Les cinq premiers prototypes de l’AMCA seront équipés de moteurs GE F-414 — ailleurs retenus pour le Mk2 — avant une transition vers des moteurs indigènes de 110 kN. Ce chevauchement temporel suscite des critiques : si l’Indian Air Force (IAF) s’engage déjà à commander plus de 180 Tejas Mk1A (dont 83 livrés et 97 en cours de commande) et que l’AMCA promet furtivité et supercroisière, quel rôle précis reste-t-il au Mk2 ?
Les détracteurs, y compris certains passionnés des forces aériennes indiennes, estiment que le Mk2 risque de devenir redondant dans un contexte marqué par des ressources limitées. « Si l’AMCA et le LCA Mk2 voient le jour à seulement quelques années d’intervalle, le Mk2 ne sera pas le choix de l’IAF », a déclaré un commentateur sur la plateforme X (anciennement Twitter). Cette opinion reflète une préférence établie de la force aérienne pour les avions bimoteurs, qui offrent une meilleure capacité de charge et une plus grande survie dans un environnement à haute menace. L’IAF, qui a recours à des avions étrangers avancés comme le Rafale pour pallier un déficit de ses escadrons, passe de 42 escadrons autorisés à 31 en activité, et considère le Mk2 comme une solution insuffisante, détournant l’attention de la technologie véritablement de 5e génération. « L’AMCA est ce que l’IAF veut, alors pourquoi ne pas le leur fournir dans ces délais ? », s’interroge ce post, soulignant les obstacles bureaucratiques qui ont retardé les deux programmes.
Ces arguments ont trouvé un écho sur les forums en ligne où le Mk2 est perçu comme un « pont provisoire » susceptible de détourner les financements du programme ambitieux de l’AMCA, dont le budget est estimé à 2 lakh crore de roupies (environ 24 milliards d’euros). Une discussion sur Reddit a analysé l’ampleur de l’AMCA et remis en question la nécessité d’un effort parallèle sur un monomoteur, d’autant que les difficultés indiennes dans le développement de moteurs d’avion, exacerbées par la réticence de partenaires étrangers, compliquent la donne. « Affirmer que le Mk2 est nécessaire aujourd’hui pour équilibrer les coûts d’un chasseur qui arrivera dans une décennie n’a pas de sens », a estimé un blog consacré à la défense, plaidant pour une optimisation logistique afin d’éviter des flottes « en petites séries » et difficiles à entretenir.
Les partisans du Mk2 rétorquent que son abandon laisserait un vide important. Le Tejas Mk1A supporte un poids maximum au décollage (MTOW) de 13 tonnes, tandis que l’AMCA atteindra 25 à 27 tonnes, créant un écart dans la catégorie des chasseurs multirôles polyvalents de 17 à 20 tonnes. « Sans le Mk2, il y aurait un manque substantiel de capacités… Sur le plan industriel, il est parfaitement logique de continuer à améliorer et à construire sur la base de la plate-forme LCA », explique un utilisateur influent de X, mettant en avant l’excellent rapport qualité-prix du Mk2. Cette version partagerait jusqu’à 70 % des systèmes avioniques avec l’AMCA, notamment en matière de capteurs, radars et suites de guerre électronique. Le directeur du DRDO, le Dr Samir Kamat, a récemment évoqué l’induction de sept escadrons de Mk2 d’ici 2033-2034, en tant que solution transitoire avant l’arrivée massive de l’AMCA. Cela pourrait porter le nombre total de chasseurs indigènes à plus de 300 d’ici le milieu de la décennie, afin d’enrayer le déclin de l’IAF.
Les observateurs industriels soulignent également le rôle du Mk2 dans la consolidation d’un écosystème national de défense aérienne. Il exploite les lignes d’assemblage de HAL dédiées au Tejas, favorise les partenariats public-privé, et développe les compétences nécessaires au volet aérostructures et unités remplaçables en vol (LRU) pour l’AMCA. « La véritable force du Mk2 réside dans ses capteurs et armements avancés — entièrement indigènes et hautement évolutifs », insiste un analyste, réfutant les craintes selon lesquelles les commandes du Mk1A freinent le développement du Mk2, un point confirmé par HAL. Grâce au transfert technologique de 80 % de GE pour les moteurs F-414, qui comble le fossé en attendant la maturité des moteurs autochtones, le Mk2 pourrait aussi viser le marché des exportations, comme le montre l’intérêt déjà manifesté pour le Tejas à l’étranger.