Le détroit d’Hormuz reste un point névralgique mondial pour le transit des hydrocarbures, transportant environ 20 millions de barils de pétrole par jour en 2024, soit près d’un cinquième de la consommation mondiale. Une part similaire du gaz naturel liquéfié mondial y transite, majoritairement en direction de l’Asie (Chine, Inde, Japon, Corée du Sud). Lors des tensions entre les États-Unis et l’Iran, le passage de pétrole a chuté drastiquement, soulignant la vulnérabilité de ce goulet stratégique.
Malgré son importance cruciale, ce passage maritime est fragile et irremplaçable à court terme. Aucun corridor terrestre à travers le Caucase ou l’Anatolie ne peut transporter des volumes comparables, notamment pour les flux d’énergie à destination de l’Asie. Cette réalité paradoxale incite à développer des réseaux alternatifs pour diversifier les routes énergétiques, essentiellement pour l’approvisionnement européen.
Les infrastructures terrestres existantes, telles que le pipeline Baku-Tbilissi-Ceyhan qui transporte le pétrole caspien à travers la Géorgie vers la Méditerranée, ainsi que le corridor gazier du Sud, restent sous-utilisées et limitées en capacité. En 2025, le pipeline de pétrole a fonctionné à moins de la moitié de sa capacité nominale, et les livraisons de gaz azéri à l’Europe restent marginales face aux besoins de l’UE.
Un projet ambitieux proposé est la « Trump Route for International Peace and Prosperity », un corridor énergétique traversant l’Arménie pour relier l’Azerbaïdjan à l’exclave du Nakhitchevan puis à la Turquie. Ce projet est encore à l’état de cadre, dépendant d’une signature d’accord toujours conditionnée politiquement et de travaux de terrain qui débutent à peine. Il vise à réduire l’influence russe en déplaçant la surveillance du corridor vers une société majoritairement américaine, tout en préservant la souveraineté arménienne.
La Turquie émerge comme un acteur clé dans ces réseaux terrestres, tous ou presque passant par son territoire ou débouchant à ses ports. Cela renforce sa position de transit incontournable pouvant négocier sa coopération avec les grandes puissances mondiales.
Les risques de sabotage et d’attaques, comme la destruction de la ligne Nord Stream en 2022 ou les frappes de drones en juillet 2026 sur la plateforme du Caspian Pipeline Consortium, rappellent la vulnérabilité de ces infrastructures étendues à travers des zones sensibles hors de la couverture militaire de l’OTAN.
L’Iran, bien que géographiquement central, est de plus en plus contourné par ces corridors occidentaux et arabes. Il reste cependant intégré au corridor russo-iranien-indien du Nord-Sud, une relation qui le place dans une position subordonnée, dépendante de la Russie. Tout en conservant le levier stratégique du détroit d’Hormuz, pouvant menacer son verrouillage, l’Iran voit son poids économique diminuer face au développement d’alternatives.
En définitive, ces efforts de diversification des routes énergétiques, notamment terrestres, renforcent la résilience d’approvisionnement pour l’Europe tout en maintenant une dépendance majeure au passage d’Hormuz pour l’Asie. Le détroit demeure irremplaçable dans l’immédiat, mais la construction progressive de corridors multiplie les points de transit, réduisant ainsi la pression stratégique concentrée sur ce seul lieu.
Cette nouvelle géographie de la sécurité énergétique illustre un équilibre complexe entre interconnexions, rivalités géopolitiques et enjeux économiques au cœur d’Eurasie.
