La reconstruction de l’armée syrienne sous l’autorité du président intérimaire Ahmad al-Sharaa se heurte à un défi majeur : l’intégration partielle et controversée des Forces démocratiques syriennes (FDS), entraînant une marginalisation de certains groupes clés et menaçant la stabilité du pays.
Depuis l’offensive militaire lancée contre les FDS en janvier 2023, moins de la moitié des 35 000 combattants de cette coalition kurdo-arabo-chrétienne ont été incorporés dans la nouvelle armée syrienne, malgré un accord spécifique stipulant l’intégration de quatre brigades majeures. Sur le terrain, cette intégration rencontre de sérieuses difficultés, illustrées notamment dans la région d’Afrin où des forces kurdes intégrées ont été désarmées par des unités arabes du même appareil militaire, révélant une profonde méfiance ethnique et une autorité restée fragmentée.
Par ailleurs, des factions autrefois alliées ou ennemies, y compris des unités jihadistes étrangères comme le Turkistan Islamic Party, ont été intégrées plus rapidement ou promues, alors que des combattants féminins du YPJ, acteur essentiel dans la lutte anti-EI, sont explicitement exclus du ministère de la Défense pour des motifs religieux invoqués par le ministre Murhaf Abu Qasra. Cette exclusion ouvre une fracture sociétale, d’autant que la Constitution syrienne interdit toute discrimination.
Les arabes fidèles aux FDS, comme la brigade démocratique du Nord dirigée par Abu Omar al-Idliby, se retrouvent également lésés, exclus de l’intégration et en proie à une marginalisation croissante, alors que leur loyauté persiste dans un contexte où les tensions entre différentes forces armées sont fortes.
Cette situation survient alors que les FDS restent un partenaire stratégique crucial, notamment pour les États-Unis qui soutiennent financièrement et en formation ces unités dans la lutte contre ISIS. La marginalisation de ces forces risque d’affaiblir la nouvelle armée syrienne, d’enraciner les divisions ethniques et sexospécifiques, et de compromettre la stabilité régionale à un moment critique.
En résumé, l’intégration théorique des FDS dans l’armée syrienne n’est pas encore une réalité tangible sur le terrain. Des unités stratégiques restent écartées, des féodaux aux passés controversés sont promus, et l’administration intérimaire ne prend pas suffisamment en compte les droits et contributions des combattantes et des forces arabes. La poursuite et l’approfondissement de cette intégration sont essentiels pour éviter que les tensions persistantes ne ravivent un conflit aux conséquences lourdes.