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La grande base principale du bombardement stratégique russe Engels-2, située dans l’oblast de Saratov, a été la cible d’une attaque. Par ailleurs, l’Ukraine a frappé hier 20 navires russes en mer Noire, plus huit supplémentaires durant la nuit. Selon les renseignements lituaniens, Moscou prépare des attaques contre les infrastructures critiques des pays baltes afin de tester l’article 5 de l’OTAN.

Situation sur le terrain

Malgré des pertes massives, la Russie continue de mener de nombreuses petites offensives terrestres, échangeant des hommes contre du terrain. La guerre par drones limite cependant la conduite de grandes opérations. Tandis que la Russie terrorise les civils ukrainiens avec des bombardements aériens, l’Ukraine souffre d’un manque de systèmes de défense anti-missiles balistiques. Moscou multiplie les frappes avec des bombes glide en zones frontalières et contre des villes comme Kramatorsk, Kharkiv, Sumy ou Zaporojié. Elle cible aussi systématiquement des stations-service, y compris loin en arrière. Cependant, les lignes de défense ukrainiennes en profondeur rendent de plus en plus difficiles les offensives russes.

De son côté, l’Ukraine mène des frappes systématiques contre l’industrie pétrolière, l’armement et la logistique russes, coupant les ponts avec la Crimée occupée et provoquant une pénurie de carburant sur l’ensemble du territoire russe. Depuis 40 jours, la campagne ukrainienne vise à paralyser l’économie de la Fédération de Russie, notamment en multipliant les attaques contre la navigation côtière dans la mer d’Azov et en bombardant les axes terrestres vers la Crimée. Si des contre-offensives sont menées localement, les succès restent limités en raison des lignes défensives russes et des défis posés par la guerre des drones. Leur conduite reste confidentielle jusqu’à leur aboutissement.

Du côté russe, la difficulté à recruter remplace les pertes, et des rumeurs évoquent une mobilisation à l’automne. Toutefois, cette mesure risque d’aggraver l’exode, la pénurie de main-d’œuvre et les tensions internes, sans pour autant augmenter efficacement les effectifs. La popularité du Kremlin pourrait ainsi en pâtir.

Attaque sur la base Engels-2

La grande base aérienne stratégique russe Engels-2, près de Saratov, a été bombardée la nuit dernière par des drones ukrainiens, selon Ukrinform. Des images géolocalisées montrent les explosions sur la plateforme aérienne ainsi que des vidéos des frappes et des drones en approche.

Bien que la Russie ait cessé de stationner en permanence ses bombardiers stratégiques Tu-95 Bear et Tu-160 Blackjack sur cette base, préférant des sites comme Olenja dans la péninsule de Kola ou Ukrainka en Sibérie orientale, Engels-2 sert toujours de plate-forme pour le ravitaillement en missiles de croisière et demeure un hub logistique central pour les capacités stratégiques aériennes russes.

Frappes en mer Noire

Hier, l’Ukraine a frappé 20 navires russes et appartenant à la flotte fantôme russe en mer Noire, après un quasi-arrêt du trafic dans la mer d’Azov. La nuit suivante, huit autres bâtiments, dont des pétroliers et des remorqueurs, ont été ciblés. Ces attaques ont été menées à la fois par des drones d’attaque et des engins incendiaires embarqués, visant notamment les gouvernails et les salles des machines. Certains superpétroliers, volontairement allégés pour limiter les risques écologiques, ont également été touchés.

Date Nombre de navires touchés
06/07/2026 2
07/07/2026 12
08/07/2026 7
09/07/2026 15
10/07/2026 13
11/07/2026 28
12/07/2026 14
13/07/2026 11
14/07/2026 11
15/07/2026 20

L’utilisation d’engins incendiaires permet à l’Ukraine d’atteindre des cibles éloignées, notamment les superpétroliers de la flotte fantôme russe, même lorsqu’ils tentent de fuir en longeant la côte sud de la Russie ou en haute mer.

Menace sur les pays baltes

Les services de renseignement lituaniens ont alerté le président de la République sur des préparatifs russes d’attaques contre des infrastructures critiques dans les pays baltes, visant à tester l’article 5 du traité de l’OTAN. Le président lituanien Gitanas Nausėda déclare :

« Nous avons reçu de tels signaux de la part de nos services de renseignement. Ils ne précisent pas de lieux ni de dates, car cela est impossible à déterminer à ce stade. L’adversaire n’a peut-être pas encore fini sa planification, et nous savons seulement que des préparations sont en cours, ainsi qu’un ou des objectifs probables. »

Il s’agit de frappes cinétiques ciblées, non hybrides et à échelle limitée, destinées à remettre en question l’article 5 de l’OTAN et, par extension, la légitimité ainsi que la cohésion de l’alliance défensive des démocraties libérales.

La Russie cherche à « faire bouillir la grenouille » de l’OTAN à petit feu en menant des attaques graduelles sans entraîner de riposte cinétique significative, tout en se présentant en victime en cas de réponse, renforçant ainsi la narration du Kremlin selon laquelle l’alliance serait une menace injustifiée pour la Russie.

Remaniement au sein de l’état-major ukrainien

Le président Zelensky a limogé le ministre de la Défense Oleksii Fedorov, en raison de tensions avec le chef d’état-major général Valeriy Syrskij. Cette décision a suscité une vive polémique et des manifestations populaires de soutien à Fedorov, personnalité largement appréciée pour son rôle dans la conduite de la guerre.

Fedorov a particulièrement marqué le conflit par son action innovante dans le domaine des drones, alors qu’il était ministre du numérique. À contre-courant des orientations traditionnelles, il a favorisé l’acquisition rapide et locale de petits drones d’attaque, ce qui a profondément transformé la guerre sur le terrain.

Durant son court mandat au ministère de la Défense, il a accompli notamment :

  1. La coupure d’accès à Starlink pour les forces russes, réduisant leur capacité en guerre électronique liée aux drones.
  2. La gestion du ministère sans budget initial, en finançant efficacement des drones à moyenne et longue portée, des systèmes de guerre électronique et de surveillance.
  3. Le lancement du programme « Coupure logistique », crucial pour isoler la Crimée occupée.
  4. Le soutien continu au développement de forces de drones modernes.
  5. L’amélioration du système d’achat en introduisant des avances de 70 % sur les contrats.
  6. La refonte des procédures d’approvisionnement pour économiser des milliards.
  7. L’achat inédit de véhicules légers tout-terrain en masse.
  8. La mise en place d’évaluations post-opérationnelles rigoureuses.
  9. L’achat des missiles Patriot PAC-2 GEM-T avec une demande de PAC-3 via un prêt européen.
  10. L’organisation des livraisons planifiées de drones aux brigades et corps d’armée ukrainiens.
  11. Le lancement d’un vaste programme de financement aux fabricants d’explosifs et drones.
  12. La réforme du système militaire : contrats à durée déterminée, salaires élevés pour l’infanterie, ouverture au recrutement étranger sous conditions strictes.
  13. La tenue de trois réunions au format Ramstein, cruciales pour renforcer l’aide internationale (plus de 40 milliards de dollars cette année).
  14. L’utilisation d’un nouveau mécanisme pour employer les prêts européens à des priorités militaires.
  15. Le renforcement de la capacité balistique avec des tests réussis, baisse des coûts et amélioration de la précision.
  16. Le contrat d’achat d’avions Gripen pour contrer les Su- planes russes et leurs bombes KAB.
  17. La planification et l’exécution de l’opération « Ashan » qui a bloqué six mois de progression mécanisée ennemie.
  18. L’ouverture à l’exportation d’équipements militaires via le programme Drone Deal.
  19. La création du laboratoire Trophy Lab pour étudier les technologies militaires russes.
  20. La mise en place du Defense AI Center A1, visant à intégrer l’intelligence artificielle dans le combat.

Malgré ces avancées, Fedorov déplore ne pas avoir totalement réussi à transformer l’armée selon les standards de l’OTAN, à instaurer des processus d’achats entièrement basés sur des appels d’offres, ni à instaurer une réelle culture de responsabilité dans la défense. Il évoque une résistance des cadres supérieurs, probablement proche de Syrskij, enracinée dans l’héritage soviétique.

Les manifestations de soutien à Fedorov ont rapidement émergé, témoignant de la mobilisation populaire ukrainienne pour une défense efficace et la rupture avec les pratiques héritées du passé soviétique. Le vice-chef de l’aviation ukrainienne, responsable aussi de la défense aérienne au-delà des niveaux tactiques, a démissionné en opposition au limogeage de Fedorov, critiquant la passivité de Syrskij en tant que commandant en chef.

Fedorov, sollicité pour un poste de conseiller, a refusé en estimant que seule une réforme en profondeur des plus hautes instances militaires, y compris le remplacement du commandant en chef et du chef d’état-major, permettrait à l’Ukraine de vaincre l’adversaire sans subir de lourdes pertes.

Lors d’une conférence de presse, il a également révélé que Zelensky aurait rejeté sa demande de limoger Syrskij et Hnatov, malgré le fait que l’heure soit à de nouvelles méthodes adaptées à l’évolution du conflit.

« Pour dissuader la Russie asymétriquement avec des pertes minimales, il est crucial de permettre à des leaders forts de se développer, sans qu’ils soient réprimés ou écartés », a affirmé Fedorov, soulignant la nécessité d’une vérité assumée au lieu du mensonge qui caractérise l’ennemi.

Le président Zelensky a assuré que Fedorov resterait dans l’équipe présidentielle, mais ce dernier a rejeté l’offre de conseiller, qu’il considère comme un poste honorifique sans pouvoir réel.