Article de 686 mots ⏱️ 4 min de lecture

Lors d’une analyse approfondie de la course aux armements aériens en Asie du Sud, l’éminent spécialiste pakistanais de la défense Bilal Khan a mis en lumière un écart important dans les capacités industrielles entre l’Inde et le Pakistan. Il positionne le programme indien du Su-30MKI comme un modèle de référence que le projet JF-17 peine à égaler. Selon Khan, cette disparité ne renforce pas seulement l’avantage numérique de l’Inde, elle pourrait aussi exposer la force aérienne pakistanaise à une vulnérabilité doctrinale, notamment si New Delhi poursuit la production locale de nouveaux avions Rafale.

En établissant une comparaison marquante entre ces deux programmes phares, Khan souligne qu’environ 80 % de la cellule du Su-30MKI est fabriquée en Inde, ainsi que 54 % du moteur AL-31FP, grâce à Hindustan Aeronautics Limited (HAL) et à des partenaires comme BrahMos Aerospace.

À l’inverse, le JF-17 Thunder pakistanais — co-développé avec la Chine et assemblé au Pakistan Aeronautical Complex — voit plus de la moitié de sa cellule produite localement, mais majoritairement à partir de matières premières importées, ce qui limite la profondeur industrielle véritable.

Cette différence fondamentale, selon Khan, permet à l’Inde de construire des plateformes à grande échelle, de maîtriser l’intégration des systèmes avioniques et d’armes, tout en réduisant les coûts d’entretien sur le long terme. Pour l’Indian Air Force (IAF), qui compte plus de 260 Su-30MKI comme colonne vertébrale, cela se traduit par une logistique optimisée, des mises à jour rapides et des économies d’échelle sur les pièces détachées et la maintenance, des avantages consolidés sur deux décennies de production sous licence dans le cadre d’un accord Russie-Inde.

L’analyse de Khan prend aussi en compte la future acquisition possible de 114 chasseurs multirôles Rafale, un contrat estimé à environ 1,25 lakh crore de roupies (environ 15 milliards d’euros) en discussion depuis 2016. Si cette commande s’inscrit dans le cadre de l’initiative “Make in India”, il estime que 50 à 60 % des appareils pourraient être produits localement, notamment dans les usines de Reliance Aerospace ou Tata Advanced Systems, reproduisant ainsi le taux d’indigénisation de 74 % atteint sur les 36 premiers Rafale commandés.

Cela porterait non seulement la flotte haut de gamme de l’IAF à près de 200 Rafale, mais bénéficierait également à des programmes comme le Tejas Mk2, contribuant à la création d’un écosystème militaire auto-suffisant.

Cette réalité industrielle soutient la capacité de l’Inde à planifier des flottes de centaines d’avions”, observe Khan, en soulignant que les contraintes budgétaires et industrielles du Pakistan limitent ce dernier à des acquisitions plus réduites et souvent fragmentées, générant des contraintes logistiques sans parvenir à une masse de combat suffisante.”

Avec un budget de défense annuel estimé entre 8 et 10 milliards de dollars, la Pakistan Air Force (PAF) opère environ 150 JF-17, complétés par des F-16 et Mirage III/V vieillissants, souligne-t-il.

Les conséquences pour la PAF sont significatives. Khan alerte sur le fait que la montée en puissance du Rafale ne se résume pas à une question de nombre, mais représente un “défi systémique”. Un réseau aérien indien combinant Rafale, Su-30MKI modernisés et chasseurs Tejas indigenes pourrait réduire les avantages traditionnels de la PAF en matière de formation des pilotes et de tactiques, imposant une révision doctrinale majeure.

Face à une telle réalité, le simple match plateforme contre plateforme — comme une éventuelle acquisition du chasseur furtif chinois J-35 — ne suffira pas. Khan préconise que le Pakistan s’oriente vers des solutions asymétriques :

  • accroître la production du JF-17 Block III équipé de radars AESA et de missiles PL-15,
  • intégrer des systèmes de défense aérienne mobiles à longue portée comme le HQ-9,
  • investir dans les drones de combat pilotés à distance (UCAV), les munitions à effet retardé (loitering munitions) et les armes à distance (standoff weapons) pour imposer un coût élevé en cas d’intrusion.