Un émissaire spécial de l’OTAN s’est rendu à Doha pour aborder la sécurité régionale et renforcer la coopération entre l’alliance et le Qatar, dans un contexte marqué par des frappes iraniennes contre plusieurs pays du Golfe.
Le jeudi 23 juillet, Javier Colomina, représentant spécial de l’OTAN pour le Voisinage Sud, a rencontré la Dre Mariam bint Ali bin Nasser Al-Misnad, secrétaire d’État à la Coopération internationale, ainsi que le lieutenant général Jasim bin Mohammed Al-Mannai, chef d’état-major des forces armées qatariennes. Lors de ces entretiens, Colomina a réaffirmé la solidarité de l’Alliance avec ses partenaires du Golfe face aux « attaques indiscriminées iraniennes en cours » et a réitéré la condamnation ferme de ces actions par l’OTAN.
Les discussions ont porté sur l’évolution du paysage sécuritaire régional et les moyens de renforcer le partenariat entre l’OTAN et le Qatar. Colomina a salué l’adoption récente d’un Programme de partenariat individualisé et a évoqué la mise en œuvre des quatre projets phares de l’Initiative de coopération d’Istanbul, lancés lors du sommet de l’OTAN à Ankara en début juillet.
Le Qatar a été la cible de plusieurs frappes dans le cadre du conflit entre l’Iran et les États-Unis. Le 12 juillet, drones et missiles iraniens ont touché plusieurs États du Golfe, dont les Émirats arabes unis, le Qatar, le Koweït, Oman et Bahreïn, quelques heures après que le Commandement central américain avait annoncé avoir frappé environ 140 cibles militaires en Iran. Le Corps des Gardiens de la Révolution iranien a revendiqué une attaque contre la base aérienne d’Al Udeid, la plus grande installation américaine dans la région, une affirmation restée sans commentaire officiel tant de la part de Doha que de Washington. D’autres frappes ont suivi plus tard dans le mois, impliquant également Bahreïn, l’Irak, le Koweït, Oman, le Qatar, la Jordanie et la Syrie, qui ont pris des mesures de défense contre les missiles et drones iraniens.
Le ministère qatari des Affaires étrangères a condamné ces attaques dans plusieurs déclarations successives, les qualifiant de violations de la souveraineté et d’escalade dangereuse. Lors d’une réunion du Conseil de l’OTAN avec les pays de l’Initiative de coopération d’Istanbul à Bruxelles, le chargé d’affaires qatari a précisé que le pays subissait des attaques depuis le 28 février et a également dénoncé des frappes contre l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Koweït, Oman, la Jordanie, le Liban, l’Irak, la Turquie, l’Azerbaïdjan et Chypre.
L’Initiative de coopération d’Istanbul, créée lors du sommet de l’OTAN en 2004, vise à établir un cadre de coopération en matière de sécurité avec les pays du Golfe. Bahreïn, le Koweït, le Qatar et les Émirats arabes unis en sont les partenaires officiels, chacun choisissant parmi un catalogue d’activités plutôt qu’en s’engageant dans un programme figé. L’Arabie saoudite et Oman participent à certaines activités sans être membres formels. Cette initiative porte historiquement sur la planification et le financement de la défense, la lutte antiterroriste, la non-prolifération et la préparation civile.
Le sommet d’Ankara a été marqué par la première réunion OTAN-ICI organisée en marge d’un sommet de l’alliance, lors de laquelle alliés et partenaires du Golfe ont convenu de projets phares dans des domaines tels que la sécurité maritime et la lutte contre les systèmes aériens sans pilote. La déclaration finale du sommet a souligné que l’Iran ne doit jamais obtenir l’arme nucléaire et a appelé Téhéran à respecter la liberté de navigation dans le détroit d’Hormuz.
Le poste de représentant spécial pour le Voisinage Sud a été créé afin de confier à une seule personnalité senior la gestion des relations de l’OTAN avec l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, à l’issue d’un examen interne de la stratégie de l’alliance pour son flanc sud. Javier Colomina, qui cumule également la fonction de secrétaire général adjoint par intérim pour les affaires politiques et la politique de sécurité de l’OTAN, assume désormais ce rôle.
Le Qatar abrite la base d’Al Udeid, qui sert de quartier général avancé au Commandement central américain (CENTCOM) et a été largement utilisée pour les opérations aériennes dans la région. Doha joue par ailleurs un rôle de médiateur dans plusieurs dossiers régionaux, position rendue délicate par le fait qu’elle se trouve parmi les États visés par des attaques.