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Avec l’intégration croissante de l’intelligence artificielle (IA) et des armes autonomes dans les opérations militaires, les aumôniers de l’armée américaine commencent à s’interroger sur les répercussions morales et spirituelles pour les soldats. Une conférence récente organisée auprès des aumôniers en Europe et en Afrique a mis en lumière ces enjeux, notamment la dissociation provoquée par le pilotage à distance de drones et la rapidité accrue des décisions assistées par IA, qui peuvent réduire la capacité des opérateurs à mesurer les conséquences éthiques de leurs actions.

Le paradoxe de la distance décrit par le Dr Jesse Kirkpatrick, spécialiste en éthique militaire, illustre bien ce dilemme : bien que physiquement éloignés du champ de bataille, les opérateurs de drones développent un lien intime avec les personnes surveillées via des caméras haute résolution, parfois sur une longue période avant et après une frappe. Cette proximité virtuelle peut renforcer le traumatisme moral, car l’opérateur participe de manière ‘personnelle’ à une action létale.

Cependant, il reste incertain si l’IA augmente réellement le phénomène de blessure morale, qui désigne le traumatisme psychique résultant d’actes ou décisions contraires à ses valeurs éthiques. Il pourrait exister une différence importante entre les systèmes d’aide à la décision rapide et les armes entièrement autonomes, le premier laissant au soldat une responsabilité directe, le second déléguant davantage le contrôle à la machine.

En pratique, l’armée américaine expérimente déjà des systèmes comme celui adopté par la 25e division d’infanterie, où l’IA optimise les informations de ciblage pour les tirs d’artillerie. Cette évolution pose un défi accru pour les aumôniers, dont le rôle traditionnel de soutien spirituel doit désormais intégrer la dimension éthique des pratiques militaires assistées par IA.

Une collaboration étroite entre aumôniers, spécialistes en santé mentale et chercheurs est aujourd’hui considérée comme essentielle. En effet, des études précédentes ont montré que les opérateurs de drones sont exposés à un risque élevé de réactions émotionnelles négatives, en particulier ceux témoignant de victimes civiles lors des frappes. Dès 2018, des équipes pluridisciplinaires à Creech Air Force Base avaient intégré des psychologues et aumôniers pour accompagner ces personnels.

Par ailleurs, la question de la responsabilité reste centrale : la politique américaine stipule que les humains doivent conserver un jugement approprié dans l’emploi d’armes semi-autonomes ou autonomes. Pourtant, un militaire pourrait se voir ordonner de participer à un processus faisant appel à l’IA pour cibler, même s’il en conteste moralement le principe.

Enfin, le Congrès américain a inscrit dans la Loi d’autorisation de la défense pour 2026 une exigence d’étude approfondie sur les troubles psychiques et moraux liés à l’usage de drones, notamment le stress post-traumatique, l’anxiété et l’épuisement. Ces mesures témoignent d’une prise de conscience que, loin d’exonérer les soldats de leurs responsabilités, la technologie complexifie leur expérience morale sur le champ de bataille.

Sources : Taskandpurpose