La frégate russe Neustrashimy a effectué un exercice de tir réel au large de la côte sud de l’Angleterre, sous la surveillance de la Royal Navy. Le navire de guerre se trouvait à environ 40 milles nautiques de Portsmouth lorsqu’il a informé le patrouilleur britannique HMS Tyne de son intention d’ouvrir le feu.
Un porte-parole du ministère de la Défense a confirmé que la Royal Navy observait la frégate lundi. Les autorités russes ont conseillé au navire britannique de se tenir à une distance de sécurité avant l’exercice qui a duré environ 30 minutes. Par ailleurs, un avion français a pris contact radio avec la frégate pour clarifier la nature de l’exercice.
Le ministre de la Défense Luke Pollard a déclaré :
« Plus tôt dans la journée, un navire de guerre russe a mené un bref exercice de tir d’armes à feu en eaux internationales, à environ 40 milles nautiques au sud de Plymouth.
Les procédures standards de sécurité maritime ont été respectées : avant l’ouverture du feu, le navire russe a informé le HMS Tyne de son intention et lui a demandé de se repositionner à une distance sûre, ce que le HMS Tyne a fait. L’exercice a duré 30 minutes.
Le HMS Tyne a surveillé l’exercice tout au long et la Royal Navy continue de suivre de près les déplacements de ce bâtiment.
Je comprends que ce type d’activité proche de nos côtes puisse susciter des inquiétudes, mais je tiens à rassurer les habitants de Plymouth : nos forces armées restent vigilantes, professionnelles et pleinement préparées à assurer la sécurité nationale du Royaume-Uni en toutes circonstances. »
Les bâtiments de guerre ont le droit de réaliser ce type d’exercices en eaux internationales. La notification aux navires environnants ainsi qu’aux unités chargées de la surveillance correspond à une pratique habituelle.
La Neustrashimy est récemment arrivée dans la zone, ayant été repérée à l’est de Clacton-on-Sea, non loin de Felixstowe, le 17 juillet, où elle semblait effectuer un ravitaillement en carburant et en vivres auprès d’un navire de soutien russe.
Son arrivée fait suite au départ de la frégate Admiral Grigorovich, qui a été observée retournant vers Kaliningrad le 16 juillet, après une longue période d’opérations dans la région de la Manche. Durant ce déploiement, elle a parfois dérivé probablement pour économiser son carburant et a même tiré des coups de semonce sur un bateau privé jugé trop proche. Les navires russes maintiennent depuis plusieurs mois une présence quasi-continue autour de la Manche, escortant des pétroliers et d’autres navires stratégiques. La Royal Navy avait rapporté le mois dernier avoir assuré une surveillance ininterrompue des frégates russes et de leurs groupes dans les eaux britanniques pendant près de trois mois.
À propos de la Neustrashimy : cette frégate possède une histoire longue et mouvementée. Premier navire du projet 11540, une classe conçue à la fin de l’Union soviétique pour succéder aux nombreux patrouilleurs de classe Krivak, elle a été lancée en 1988 à Kaliningrad et mise en service dans la flotte de la Baltique en 1993.
Seules deux unités de cette classe ont été achevées, la Neustrashimy et sa sœur Yaroslav Mudry, malgré un troisième chantier abandonné à l’état d’ébauche. Avec un déplacement d’environ 4 400 tonnes en charge et une longueur de 129 mètres, elle est équipée d’un canon de 100 mm, de missiles sol-air Kinzhal, de systèmes d’armes rapprochés Kortik, de tubes lance-torpilles et de roquettes anti-sous-marines, ainsi que d’un hangar pour un hélicoptère Ka-27. Elle est principalement conçue pour escorter des unités en lutte anti-sous-marine.
Son service a été ponctué d’absences prolongées, notamment une mission antidjihadiste au large du golfe d’Aden, un chantier de modernisation débuté en 2014 qui a pris du retard à la suite d’un incendie en 2015, et un retour à la flotte de la Baltique vers la fin de la décennie. Cette frégate vieille de plus de trente ans fait désormais partie des unités plus anciennes que la Russie fait tourner dans ses missions de surveillance dans la Manche.
Le suivi de la Neustrashimy est assuré par le HMS Tyne, premier navire de la classe River, un patrouilleur offshore de la Royal Navy qui compte presque autant d’années de service sur les eaux britanniques que la frégate russe dans la Baltique.
Mis en service en 2003 et déplaçant environ 1 700 tonnes, basé à Portsmouth, ce navire est armé d’un canon de 20 mm et de mitrailleuses polyvalentes, plutôt que de missiles comme ses homologues plus importants. Conçu à l’origine pour la protection des pêches et les patrouilles, il s’est révélé très efficace pour surveiller les navires étrangers lors de leur passage dans les eaux britanniques.
Les navires de la classe River, notamment le Tyne et ses sister-ships Severn et Mersey, assurent une rotation constante, accompagnés de bâtiments de la Batch 2 comme le HMS Trent. Le HMS Tyne a escorté des dizaines de navires russes à travers la Manche et la mer du Nord au cours de la dernière décennie, allant de destroyers et frégates aux sous-marins et bâtiments de renseignement.
Le même jour où était réalisé cet exercice, la situation politique britannique évoluait avec un changement de gouvernement : Sir Keir Starmer démissionnait de ses fonctions de Premier ministre et Andy Burnham était chargé de former une nouvelle administration.
Cette opération s’inscrit également dans un contexte britannique plus strict vis-à-vis de la flotte d’ombre russe, avec notamment la saisie d’un tanker jugé apatrides. Le capitaine de ce navire est convoqué devant la justice plus tard cette année pour des infractions présumées aux sanctions liées au pétrole russe.