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Depuis plusieurs années, l’Allemagne explore la possibilité de soutenir financièrement la dissuasion nucléaire européenne, notamment celle du Royaume-Uni et de la France. En 2017, une étude menée par le Bundestag a conclu qu’aucun obstacle légal n’empêchait Berlin de participer au financement des programmes nucléaires français et britanniques, même si l’Allemagne bénéficie déjà, de facto, de la protection nucléaire française grâce à l’Union européenne.

Le débat s’est intensifié avec des voix favorables à une « européanisation » de la dissuasion nucléaire française, telle que celle portée par Wolfgang Ischinger en 2019, qui proposait une contribution des partenaires européens au financement, tout en maintenant le contrôle exclusif de la capacité dissuasive par la France. Cependant, cette idée n’a pas fait l’unanimité, notamment en Allemagne où certains exigeaient un contrôle conjoint sous l’égide de l’UE ou de l’OTAN, proposition rejetée par la France.

La guerre en Ukraine a bousculé ces positions. En mars 2022, le président français Emmanuel Macron a relancé la proposition d’un dialogue stratégique élargi autour de la dissuasion nucléaire, ouvrant la voie à un rapprochement franco-allemand. À cet effet, un « groupe directif nucléaire de haut niveau » a été créé pour coordonner les consultations doctrinales et la coopération stratégique, incluant la combinaison des capacités nucléaires, conventionnelles et antimissiles françaises. La participation de la Luftwaffe à des exercices de simulation d’attaque nucléaire avec les Forces Aériennes Stratégiques françaises illustre cette montée en coopération concrète.

Par ailleurs, l’Allemagne s’intéresse aussi à la dissuasion britannique, qui diffère par son intégration complète à l’OTAN. Le Royaume-Uni dispose de quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de classe Vanguard équipés de missiles Trident II D5 aux ogives conçues au Royaume-Uni. Avec un plan d’investissement colossal de près de 74 milliards d’euros sur quatre ans pour moderniser ces capacités, le Royaume-Uni demeure le seul allié européen à avoir engagé explicitement sa dissuasion nucléaire au service de l’OTAN.

Selon des informations rapportées, l’Allemagne envisagerait de contribuer financièrement au programme Trident, marquant un intérêt croissant pour renforcer le parapluie nucléaire européen. Cependant, cette contribution pourrait débuter par un soutien en moyens conventionnels, comme le déploiement de batteries de défense aérienne sur des sites stratégiques ou la mise à disposition d’avions de patrouille maritime P-8A Poseidon pour sécuriser la base navale de Faslane où sont basés les sous-marins nucléaires britanniques.

Plusieurs facteurs motivent cet intérêt allemand : l’existence de programmes d’armement conjoints avec le Royaume-Uni, notamment le Deep Precision Strike qui comprend des missiles de croisière à très longue portée et un planeur hypersonique, ainsi que les incertitudes politiques en France quant au maintien du concept de dissuasion avancée après les élections de 2027.

Malgré l’intérêt affiché, les autorités allemandes et britanniques ont officiellement nié l’existence de pourparlers formels concernant une contribution financière allemande à la dissuasion britannique. Le gouvernement britannique rappelle que sa capacité nucléaire est la pierre angulaire de sa sécurité nationale et protège également ses alliés de l’OTAN.

Cette évolution marque néanmoins une étape importante dans la coopération européenne en matière de défense nucléaire, suscitant des débats sur le partage des responsabilités et des contrôles autour de ces puissances stratégiques.

Sources : galaxiamilitar