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La guerre en Ukraine a mis en lumière la dépendance accrue de l’Europe à des infrastructures numériques étrangères, telles que la constellation de satellites Starlink de SpaceX, essentielle aux opérations militaires ukrainiennes. Cette situation illustre le phénomène plus large des liens critiques entre États et entreprises privées, où les infrastructures technologiques sont souvent contrôlées par des acteurs internationaux, ce qui expose l’Europe à des vulnérabilités stratégiques.

Les secteurs clés concernés sont principalement la défense, les semi-conducteurs et les télécommunications (notamment la 5G). Dans le domaine de la défense, l’Europe dépend largement de fournisseurs étrangers pour des technologies telles que les drones, l’IA, le cloud et les satellites. En Ukraine, la production domestique de drones repose également sur des composants souvent importés de Chine, tandis que la dépendance à Starlink reste un facteur critique.

Le secteur des semi-conducteurs est caractérisé par un réseau mondial très spécialisé et interdépendant, avec des entreprises telles qu’ASML (Pays-Bas) qui dominent des maillons clés comme la lithographie extrême ultraviolet, indispensable à la fabrication des puces avancées. Malgré une ambitieuse stratégie européenne, matérialisée notamment par le European Chips Act de 2023, l’Europe plafonne à environ 10 % de part de marché mondiale et subit des contraintes géopolitiques, notamment les contrôles à l’exportation américains et les restrictions chinoises sur certains matériaux indispensables.

Enfin, dans le secteur des télécommunications, la chaîne de valeur est dominée par quelques fournisseurs intégrés verticalement, dont certains chinois, comme Huawei et ZTE. Leur forte présence en Europe, combinée aux pressions diplomatiques américaines et aux menaces de rétorsion chinoises, complique l’élaboration d’une politique européenne cohérente pour sécuriser les infrastructures 5G.

Face à ces défis, l’Union européenne a proposé en juin 2026 le European Tech Sovereignty Package dans le but de renforcer son contrôle sur les technologies clés, les infrastructures et les données, tout en réduisant la dépendance aux fournisseurs non européens. Ce plan s’inscrit dans une volonté plus large d’autonomie stratégique, mais il rencontre la réticence de certains acteurs privés qui critiquent la régulation et estiment qu’elle freine l’innovation.

Pour améliorer cette situation, trois axes prioritaires sont recommandés : d’abord, conditionner les financements publics à des engagements stratégiques des entreprises favorisant la résilience et la diversification des chaînes d’approvisionnement ; ensuite, utiliser les politiques d’achat public pour orienter la demande vers des technologies alternatives plus sûres ; enfin, renforcer la coordination européenne afin d’éviter que des décisions nationales divergentes ne créent des vulnérabilités au niveau continental.

En somme, l’enjeu principal pour l’Europe est d’aligner les intérêts commerciaux des entreprises technologiques avec les objectifs de sécurité publique, sans recourir à un contrôle direct mais en utilisant des leviers stratégiques pour rendre la souveraineté technologique plus tangible et durable.

Sources : Warontherocks