La capacité du Royaume-Uni à mobiliser des navires civils en temps de guerre est désormais incertaine, selon un rapport récent du Council on Geostrategy. Depuis 2009, le nombre de navires britanniques utiles militairement a presque été divisé par deux, passant de 841 à 495 en 2023, mettant en lumière une érosion importante des capacités maritimes nationales.
Le mécanisme Ships Taken Up From Trade (STUFT) permet au gouvernement britannique de contraindre les propriétaires à mettre à disposition leurs navires à des fins militaires. Ce système a été largement utilisé lors de la guerre des Malouines et au début de l’opération TELIC en 2003. Cependant, son efficacité dans le contexte géopolitique actuel est remise en question.
En effet, le rapport souligne que seules les embarcations immatriculées sous pavillon britannique peuvent être légalement requisitionnées. Or, les navires achetés par ce biais ne sont pas forcément accompagnés d’équipages compétents, ni équipés des matériels adaptés aux opérations militaires. La nature internationale de l’industrie maritime complexifie l’accès pratique à ces ressources.
Un autre enjeu critique est la disponibilité des équipages. Le nombre de marins a diminué à long terme, tandis que la dépendance vis-à-vis d’équipages multinationales augmente. En Europe, seuls 38% des marins sont de nationalité européenne, ce qui peut poser problème pour les restrictions nationales et les exigences de sécurité, ainsi que la disponibilité à naviguer en zones contestées.
Outre les besoins militaires, cette situation inquiète pour le commerce britannique, puisque 95% des échanges du Royaume-Uni se font par mer et que la flotte sous pavillon britannique s’amenuise sous l’effet de l’immatriculation à l’étranger, la fiscalité, les responsabilités et autres pressions commerciales.
Pour remédier à ces risques, le rapport recommande de négocier des accords-cadres à long terme avec les compagnies maritimes durant les périodes de paix, afin d’assurer une meilleure disponibilité des navires en cas de crise. Il préconise également d’encourager le pavillon britannique, d’améliorer la formation des marins, d’envisager la création de réserves de marins, et de renforcer la participation des opérateurs commerciaux aux exercices militaires pour tester l’accès aux navires et aux infrastructures avant tout conflit.
