Un rapport du Council on Geostrategy recommande que le Royaume-Uni explore la création d’une « Deterrence Union » avec l’Union européenne, afin d’étendre formellement sa dissuasion nucléaire et conventionnelle sur le continent européen. En échange, Londres obtiendrait un accès accru aux fonds européens de défense.
Ce document, intitulé Towards a Hercules Hold: Maintaining a transatlantic defence industrial base, souligne que le socle industriel de défense transatlantique est en train de se fracturer. D’un côté, Washington réoriente ses ressources vers la défense hémisphérique et la lutte contre la Chine, tandis que l’Union européenne, avec des mécanismes comme le fonds SAFE (150 milliards d’euros), cherche à accroître son autonomie stratégique en excluant de plus en plus les pays tiers.
La position du Royaume-Uni, non membre de l’UE mais proche allié des États-Unis, se trouve donc fragile, coincé entre deux pôles qui divergent. Traditionnellement considéré comme un pont transatlantique, le rapport juge cette approche désormais insuffisante. Il recommande que le Royaume-Uni constitue une sorte de « prise Héraclès » pour maintenir et renforcer la coopération entre Washington et Bruxelles, en axant ses investissements sur des capacités hautement stratégiques, en promouvant l’échangeabilité des matériels au sein de l’OTAN, et en devenant un acteur clé sur certains verrous technologiques indispensables aux deux pôles.
Le concept d’échangeabilité va au-delà de l’interopérabilité classique ; il s’agit de permettre aux forces alliées de pouvoir échanger des équipements et de remplir mutuellement leurs missions sans distinction nationale.
Parmi les menaces identifiées figure le risque de coupure des Européens d’avec la recherche et développement américaine la plus avancée, ainsi que la perte de la capacité de surge nord-américaine, ce qui pourrait affaiblir les capacités européennes dans des domaines clés comme la défense antimissile balistique, les frappes hypersoniques et les systèmes spatiaux.
Le rapport appelle également le gouvernement britannique à soutenir la création de la Defence, Security and Resilience Bank, une initiative canadienne visant à financer des projets transatlantiques sans exclusion.
Ce rapport arrive alors que les États-Unis lancent une revue de leur posture militaire en Europe, cherchant à ajuster leur présence dans un contexte de priorisation géopolitique vers l’hémisphère occidental et la région indo-pacifique. Les alliés européens ont été sollicités pour donner leur avis à travers un questionnaire.
Enfin, la question de l’accès britannique aux fonds européens de défense, notamment le fonds SAFE, est en cours de négociation depuis 2024, avec des désaccords persistants sur les conditions d’accès pour les pays tiers.
Au Parlement britannique, Tan Dhesi, député travailliste et président du comité de la défense, a interpellé le Premier ministre sur la nécessité d’augmenter les dépenses de défense à 3 % du PIB d’ici 2030, soulignant que le niveau de menace a considérablement augmenté et que la sécurité européenne n’est plus une priorité pour Washington.
