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Discussions, stratégies et évasions : les tensions et enjeux géopolitiques actuels. Cette analyse couvre les évolutions récentes concernant les principaux acteurs mondiaux et régionaux que sont l’Iran, la Russie, la Chine, la Corée du Nord et les groupes jihadistes, mettant en lumière les défis stratégiques et sécuritaires majeurs contemporains.

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Iran

Les négociateurs américains et iraniens se sont retrouvés à Genève le 17 février pour leur deuxième série de pourparlers en moins de quinze jours. On observe une progression graduelle sur le contenu d’un éventuel accord entre Washington et Téhéran. Cependant, les deux parties restent profondément divisées sur des points essentiels. L’Iran semble prêt à faire davantage de concessions sur le nucléaire qu’avant la guerre de juin 2025, tandis que les États-Unis veulent élargir les discussions à des questions telles que les missiles balistiques et les réseaux de proxies, thèmes que l’Iran refuse d’aborder. Ce cycle de négociations suivi d’un retour dans des capitales tierces freine le rythme de l’avancée, alors que le spectre d’une action militaire se rapproche.

Parallèlement, les États-Unis renforcent leur dispositif militaire au Moyen-Orient, avec un deuxième porte-avions en route pour rejoindre l’USS Abraham Lincoln. Dans ce contexte, le chef suprême iranien, Ali Khamenei, pourrait avoir signifié sa posture en citant une sourate coranique lors d’un discours mardi, affirmant : « Si quelqu’un vous agresse, frappez-le comme il vous a frappé. »

USS Abraham Lincoln et USS Frank E. Petersen Jr. en mer d’Arabie

Le porte-avions USS Abraham Lincoln de classe Nimitz et le destroyer lance-missiles USS Frank E. Petersen Jr. de classe Arleigh Burke naviguent en mer d’Arabie, le 6 février 2026.

Russie

Alors qu’une nouvelle session de pourparlers de paix se tenait à Genève, la Russie a poursuivi ses frappes ciblant les infrastructures énergétiques en Ukraine. Aucune avancée notable n’est sortie des discussions, les concessions territoriales, ainsi que les demandes russes limitant la puissance militaire ukrainienne et les relations avec l’OTAN, demeurent d’importants points de blocage. Les deux parties se sont engagées à poursuivre les échanges sans fixer de date précise. Pendant ce temps, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a qualifié ces négociations de difficiles et a critiqué les pressions américaines sur l’Ukraine pour qu’elle fasse des concessions.

La coupure d’accès russe aux terminaux Starlink a perturbé les communications militaires russes et ralenti leurs avancées au front. Profitant de cette opportunité, les forces ukrainiennes ont repris quelques positions tactiquement significatives près de Houliaipole. Bien que la Russie doive s’adapter à la perte de Starlink dans les semaines à venir, ce changement de dynamique offre un répit à des troupes ukrainiennes qui subissaient des pertes de terrain régulières dans cette région.

Sur le plan économique, plusieurs économistes alertent sur l’entrée de la Russie dans une « zone de mortalité » : ses ressources sont consommées plus rapidement qu’elles ne se reconstituent. Cette situation devrait entraîner une dégradation progressive des fondements économiques russes, entraînant des fragilités structurelles à long terme. Toutefois, ce processus s’étalera probablement sur plusieurs années voire décennies, évitant un effondrement rapide.

Moulin détruit de Houliaipole en 2024

Un moulin détruit dans la ville de Houliaipole en 2024.

Chine

La Chine célèbre le Nouvel An lunaire du 15 au 23 février. Le gala du nouvel an, traditionnellement diffusé à l’échelle nationale, est qualifié de « moins humain » de son histoire quarantaine, avec la place prépondérante donnée à l’intelligence artificielle et aux robots humanoïdes. En amont, Xi Jinping, leader chinois, a rencontré d’anciens généraux et anciens dirigeants du Parti communiste, signe d’une volonté de stabilité au sein du régime, dans un contexte de récentes purges militaires.

Sur le plan international, le ministre des Affaires étrangères Wang Yi a participé à la Conférence de sécurité de Munich. En plus de renforcer le dialogue et trouver un terrain d’entente avec les pays européens, la Chine a fait de la condamnation de la « remilitarisation » japonaise et des potentielles interventions japonaises sur Taïwan l’une de ses priorités, cherchant à isoler Tokyo diplomatiquement.

Par ailleurs, des négociations bilatérales avec les États-Unis se déroulent en vue de la visite prévue du président Trump en Chine début avril. Pékin a conditionné le maintien du sommet à l’absence de nouvelles ventes d’armes américaines à Taïwan avant la rencontre. Les achats chinois d’avions Boeing et de produits agricoles américains figurent également au programme des discussions.

Marco Rubio rencontre Wang Yi à Munich

Le secrétaire Marco Rubio rencontre le ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi à Munich, Allemagne, le 13 février 2026.

Corée du Nord

Le 19 février, le IXe Congrès du Parti des travailleurs de Corée a débuté, avec pour objectif d’adopter un nouveau plan quinquennal. Dans les jours précédant cet événement, Kim Jong Un a poursuivi ses visites sur des sites économiques et militaires pour mettre en avant les résultats du plan actuel. Le 13 février, il a inspecté les travaux du musée commémoratif des exploits militaires à l’étranger, dédié aux soldats ayant combattu dans la guerre en Ukraine aux côtés de la Russie.

Le 18 février, Kim a supervisé une cérémonie organisée par l’industrie de l’armement durant laquelle plusieurs lance-roquettes multiples de 600 millimètres ont été présentés au Congrès. Il a vanté la précision et la puissance de ce système balistique tactique en affirmant qu’il intègre des « technologies d’IA » ainsi qu’un « système de guidage composite ».

Des polémiques entourent les récentes incursions de drones en territoire nord-coréen. Le 18 février, Chung Dong-young, ministre sud-coréen de la Réunification, a présenté des « regrets officiels » pour ces incidents, précisant qu’ils avaient été perpétrés par des civils sud-coréens. Il a aussi présenté des excuses pour des cas similaires sous le gouvernement de Yoon Seok-yeol. En réponse, Kim Yo Jong, sœur de Kim Jong Un et haut responsable, a apprécié les excuses mais regretté le manque de mesures pour empêcher ces incursions, et a averti de « conséquences terribles » en cas de récidive. Le ministère sud-coréen de la Défense a annoncé son intention de rétablir une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la zone démilitarisée, sans compromettre la préparation militaire.

Kim Jong Un au IXe Congrès du Parti des Travailleurs de Corée

Le leader nord-coréen Kim Jong Un lors de son discours d’ouverture au IXe Congrès du Parti des travailleurs de Corée, 20 février 2026.

Groupes jihadistes

Depuis la chute du « califat » de l’État islamique en Syrie en mars 2019, la situation des prisonniers hommes de l’EI ainsi que des femmes et enfants affiliés dans les camps de déplacés internes demeure une bombe à retardement. Lors de la récente reprise du contrôle du nord-est syrien par le gouvernement syrien, les forces américaines ont transféré plus de 5 700 membres de l’État islamique vers des prisons plus sécurisées en Irak, opération ayant duré 23 jours. En janvier, lors de la prise de contrôle par Damas, plus de 200 détenus se sont évadés de la prison de Shaddadi au sud de Hasakah. Depuis, seules 81 personnes ont été réarrêtées.

La situation est également préoccupante dans le camp d’al-Hol, le plus grand camp de déplacés abritant les femmes et enfants liés à l’État islamique. Avec près de 72 000 à 74 000 personnes en 2019, la population a diminué à environ 23 000 à 24 000 suite aux rapatriements, dont 6 000 à 7 000 ressortissants étrangers. Après la prise en charge par Damas en janvier, des femmes et enfants ont commencé à fuir le camp, profitant soit de la négligence des soldats gouvernementaux, soit d’aides de cellules de l’État islamique. Actuellement, moins de 3 500 individus restent dans le camp, dont 400 déplacés dans un autre camp à Akhatarin, gouvernorat d’Alep. Cela signifie que près de 20 000 femmes et enfants, étrangers compris, sont dispersés en Syrie ou tentent de fuir vers l’Irak ou la Turquie.

Cette situation a éclaté au grand jour, révélant une grave défaillance du gouvernement syrien, qui avait jusque-là mené une lutte antiterroriste relativement efficace contre l’État islamique. Ce dernier doit désormais faire ses preuves dans la gestion de ces incidents et la stabilisation de la région.

Camp d’Al-Hol, nord-est de la Syrie

Le camp d’Al-Hol lors d’une visite d’une délégation diplomatique multinationale, nord-est de la Syrie, 14 octobre 2025.