La Marine de l’Armée populaire de libération (APL) de Chine teste depuis au moins un an un nouveau missile antinavire lancé depuis sous-marin, dont le profil de vol pourrait être hypersonique.
Le service de presse officiel de l’APL a récemment publié une interview avec le commandant d’un sous-marin à propulsion conventionnelle de type 039B (désignation américaine YUAN), qui a rapidement circulé sur les réseaux sociaux chinois.
Ce vétéran des sous-marins, fort de 26 années de service, s’est limité à des descriptions sans préciser le type exact de missile. Toutefois, il a mentionné que son équipage avait assisté au défilé militaire de Beijing en septembre 2025 et reconnu le missile lancé depuis leur tube lance-torpilles au cours des essais.
À l’automne dernier, à l’occasion de l’anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’APL a présenté une gamme complète de nouveaux systèmes de missiles inédits en mer de Chine, notamment plusieurs missiles guidés de la série YJ.
Traditionnellement, “YJ” désigne les missiles antinavires de l’APL, bien que plus récemment cette classification ait été attribuée à des systèmes multi-usages, capables de frapper également des cibles terrestres.
Bien que l’interview ne donne pas de précisions, le système testé est très probablement le YJ-19. Parmi les dispositifs affichés à Beijing, ce missile est le seul dont les dimensions indiquent clairement une compatibilité avec le lancement depuis des tubes lance-torpilles de 533 mm.
D’autres systèmes, comme le YJ-15 ou le YJ-21, sont soit identifiés comme des armes aériennes, soit confirmés comme tels. En raison de leur taille, les YJ-17, YJ-18C et YJ-20 ne peuvent être lancés que depuis des dispositifs de décollage vertical, tels que ceux des destroyers lance-missiles de type 055 ou, à l’avenir, des compartiments correspondants des sous-marins nucléaires de type 093B ou 095.
Le YJ-17 est considéré comme un planeur hypersonique, tandis que le YJ-18C est probablement un missile subsonique à faible signature radar. Le YJ-20, également testé, est un missile aérobalistique destiné à des cibles navales et terrestres.
L’APL fournit rarement des caractéristiques techniques détaillées sur ses systèmes d’armes. Ainsi, leurs capacités sont généralement déduites de leur conception visible. Le YJ-19 est un missile étonnamment élancé, d’environ 6 mètres de long, composé d’une structure bi-étage avec un moteur-fusée à propergol solide en première phase et une partie supérieure plus aérodynamique intégrant une prise d’air encapsulée et quatre surfaces de contrôle.
La conception de cette prise d’air suggère un moteur statoréacteur, comparable au X-51 “Waverider” expérimental américain. Cette configuration laisse supposer une phase terminale à très haute vitesse, hypersonique ou supersonique.
Depuis deux décennies, la force sous-marine chinoise utilise principalement deux types de missiles antinavires. Le YJ-83, subsonique, est l’équivalent chinois des missiles occidentaux Harpoon ou Exocet, dérivé du YJ-8 développé dans les années 1970-1980, avec de possibles influences étrangères. Ce missile équipe principalement les 13 sous-marins conventionnels actifs de type 039 (désignation américaine SONG) et plus anciennement les unités de type 035B (MING).
En revanche, les sous-marins conventionnels plus récents des variantes 039A/B/C embarquent surtout le missile supersonique YJ-18. Ce dernier constitue une évolution chinoise du missile russe 3M54E “Kalibr”. Selon la variante, ces missiles disposent d’une portée minimale de 200 à 300 km, avec une phase finale supersonique pouvant atteindre Mach 2,9. La Chine s’est initialement procuré ce missile lors de l’achat de dix sous-marins Kilo (versions 636/636M) au début des années 2000.
On estime que le YJ-18 est également en service sur les sous-marins nucléaires d’attaque de type 093/A/B.
Le YJ-19 marque une avancée majeure par rapport aux conceptions nationales et étrangères précédentes, désormais quelque peu dépassées. Le fait de permettre à des sous-marins conventionnels de lancer ce missile aurait des conséquences tactiques significatives pour d’éventuels adversaires. La Chine possède actuellement près de quarante sous-marins conventionnels modernes, tous équipés pour lancer des missiles YJ-83, YJ-18 ou 3M54.
Par ailleurs, le pays bénéficie d’une décennie d’expérience dans la recherche et le développement de variantes spécifiques d’armes hypersoniques. Si la diversité des systèmes présentés à Beijing en 2025 se traduit en capacités opérationnelles efficaces, la marine chinoise pourrait acquérir de nouvelles options solides pour la guerre navale, notamment grâce à ses sous-marins.
Plusieurs États développent actuellement des missiles de croisière hypersoniques, surtout pour des frappes tactiques contre des cibles terrestres. Les États-Unis cherchent depuis longtemps à disposer de capacités d’attaque maritime dans ce domaine, mais des projets antérieurs comme le LRASM-B ont souffert de difficultés techniques et budgétaires.
Si les programmes en cours progressent sans retard majeur, un déploiement important de systèmes comparables est attendu au début des années 2030.
Par ailleurs, les forces armées américaines s’efforcent d’améliorer et d’élargir leurs moyens d’interception face aux menaces hypersoniques. Pour la marine, cela inclut l’Interceptor de Phase de Planeur (GPI) destiné à neutraliser les planeurs hypersoniques, un système Patriot PAC-3 MSE adapté au domaine naval, ainsi que des améliorations des missiles SM-6 et SM-3.
Alexander Luck