Le président français Emmanuel Macron a récemment conditionné l’avenir du programme franco-allemand du Système principal de combat terrestre (MGCS) aux avancées du controversé chasseur de nouvelle génération dans le cadre du Système de Combat Aérien Futur (SCAF) commun à la France, l’Allemagne et l’Espagne.
À ce jour, Paris et Berlin peinent à s’entendre sur le développement de ce nouvel avion de combat. Si le volet aéronautique du SCAF devait être abandonné, ce qui semble aujourd’hui probable, alors le programme du char principal MGCS pourrait bien suivre le même sort, selon les propos interprétés du président Macron.
Un tel scénario constituerait un revers majeur pour la coopération bilatérale. Toutefois, à la différence de l’aéronautique, l’industrie allemande du blindé reste l’une des meilleures mondiales, limitant ainsi le risque de perte de savoir-faire ou de retard technologique en cas d’échec du MGCS.
Même sans lien direct avec le SCAF, les tensions persistantes autour du MGCS, comparable dans sa conception au projet aérien trilatéral, laissent supposer que des intérêts nationaux divergents pourraient compromettre l’élaboration d’un design harmonisé. Par exemple, il n’a toujours pas été tranché si le char sera armé du canon français de 140 mm ou de la pièce allemande de 130 mm, signe d’un fort potentiel de conflits décisionnels.
La question centrale reste de savoir si le MGCS, pensé comme un « système de systèmes », offrira réellement les avantages escomptés. Outre le char principal doté de son canon, les véhicules d’appui, comme les chars lance-missiles, doivent reposer sur un châssis commun. Or, dans une Bundeswehr déjà équipée d’une diversité de véhicules blindés sur roues et chenilles, et en plein accroissement de ses capacités, ce châssis unifié pourrait n’apporter qu’un bénéfice logistique limité.
Par ailleurs, les brigades de l’ère de la Guerre froide fonctionnaient déjà comme un système intégré combinant chars, missiles, canons antiaériens, véhicules de déminage, transports de troupes blindés et obusiers automoteurs sur différentes plateformes, opérant alors via des communications analogiques.
À l’avenir, le MGCS devra aussi s’intégrer au système numérique de commandement et contrôle allemand (D-LBO) ainsi qu’à la chaîne capteurs-tireurs. Il ne pourra donc pas constituer un système indépendant. En parallèle, plusieurs fournisseurs de véhicules terrestres sans équipage ont émergé ces dernières années, et d’autres viendront s’ajouter, ce qui souligne que le char principal restera probablement l’élément clé du programme.
En cas d’abandon du MGCS, l’Allemagne dispose des capacités et de la base industrielle pour développer un char principal de bataille en propre. Ces dernières décennies, les Forces armées allemandes ainsi que le constructeur KNDS Germany ont continuellement modernisé le Leopard 2, désormais standardisé en version Leopard 2 A8, récemment adoptée également par plusieurs alliés européens de l’OTAN.
Cette version bénéficie d’une chaîne de production opérationnelle, d’un réseau de fournisseurs ainsi que de nombreux partenaires à l’export. L’expertise industrielle allemande est pleinement maîtrisée, avec Rheinmetall responsable de l’armement principal et Hensoldt spécialisé dans les capteurs et l’électronique embarquée.
De plus, KNDS Deutschland et Rheinmetall, dans le cadre du projet européen EDF MARTE (Main Armoured Tank of Europe), collaborent avec des partenaires de pays comme la Suède, l’Espagne, la Lituanie, les Pays-Bas, la Finlande, la Norvège et l’Italie, dont la plupart opèrent déjà le Leopard 2, afin d’harmoniser leurs exigences pour un futur char principal.
Cette dynamique pourrait, en cas de confirmation, ouvrir la voie au succès export du successeur du Leopard 2 à l’échelle européenne. Avec la Bundeswehr considérée comme la force conventionnelle la plus puissante de l’Union européenne, comme l’a souligné le chancelier Friedrich Merz, les industriels allemands disposeraient ainsi d’un client de premier plan et à forte demande.
Par conséquent, l’échec potentiel du MGCS pourrait paradoxalement se transformer en opportunité pour l’industrie allemande du blindé.