Face à l’escalade du conflit au Moyen-Orient, la France déploie son porte-avions Charles de Gaulle en Méditerranée, a annoncé le président Emmanuel Macron mardi. Cette décision s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes, notamment après des opérations militaires menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran.
« J’ai ordonné au porte-avions Charles de Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de prendre la direction de la Méditerranée », a déclaré le chef de l’État dans une allocution télévisée, un jour après avoir alerté sur le risque que ce conflit déborde aux frontières européennes.
Le porte-avions français, initialement déployé dans l’Atlantique Nord, fait route vers l’est de la Méditerranée, en ayant effectué une escale récente au port suédois de Malmö. Par ailleurs, le président Macron a indiqué l’envoi de renforts pour la défense aérienne à Chypre, à la suite d’attaques de drones d’origine iranienne sur la base de la Royal Air Force à Akrotiri, située sur l’île méditerranéenne.
« En plus des moyens déjà présents, des avions Rafale, des systèmes de défense antiaérienne et des avions radar embarqués ont été déployés ces dernières heures dans la région », a-t-il précisé. La frégate Languedoc ainsi que des capacités supplémentaires de défense aérienne doivent arriver au large de Chypre mardi. Cette mobilisation intervient alors que la guerre s’élargit, quelques jours après les frappes américaines et israéliennes en Iran. Le Royaume-Uni a également positionné un navire de guerre à proximité de Chypre.
« Les États-Unis d’Amérique et Israël ont décidé de lancer des opérations militaires non conformes au droit international, ce que nous ne pouvons pas approuver », a affirmé Emmanuel Macron. Cependant, il a désigné la République islamique d’Iran comme principale responsable, évoquant son programme nucléaire « dangereux », son soutien à des groupes armés régionaux et les ordres donnés pour réprimer violemment les manifestations internes en janvier.
En riposte, l’Iran a visé des États du Golfe, Israël, ainsi que des installations américaines au Moyen-Orient, tout en menaçant la navigation maritime dans la zone.
« Légitime défense »
Le Charles de Gaulle mettra environ dix jours pour atteindre la Méditerranée orientale. Depuis cette position stratégique, ses 20 chasseurs Rafale et ses deux avions radar Hawkeye contribueront à la sécurisation de l’espace aérien.
« Aujourd’hui, le détroit d’Hormuz est pratiquement fermé. Près de 20 % du pétrole mondial et du gaz naturel liquéfié transitent par ce passage », a souligné Emmanuel Macron. « Le canal de Suez et la mer Rouge sont aussi sous tension et menacés. »
« Nous avons pris l’initiative de construire une coalition pour mutualiser les ressources nécessaires, y compris militaires, afin de restaurer et sécuriser la circulation dans ces voies maritimes essentielles à l’économie mondiale », a-t-il ajouté.
Le chef de l’État a par ailleurs confirmé que les forces françaises ont abattu des drones en « légitime défense » dès le début des hostilités.
« Nous avons réagi immédiatement et abattu des drones en légitime défense au tout début du conflit pour protéger l’espace aérien de nos alliés, qui savent qu’ils peuvent compter sur nous », a poursuivi Emmanuel Macron, rappelant les accords de défense avec le Qatar, le Koweït et les Émirats arabes unis.
La frégate Languedoc avait déjà utilisé ses missiles Aster pour abattre, en décembre 2023, des drones tirés depuis le Yémen par les rebelles houthis alliés à l’Iran, ciblant des navires en mer Rouge.
Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a indiqué que la France avait déployé des Rafale au-dessus des Émirats arabes unis pour assurer la protection de ses bases navales et aériennes. Avec environ 700 soldats au sein de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), la France maintient également une présence d’environ 900 militaires sur des bases terrestres, navales et aériennes dans les Émirats, disposant notamment de chars Leclerc, d’artillerie Caesar et de Rafale stationnés à la base d’Al-Dhafra, près d’Abou Dhabi.
« Ces Rafale et leurs pilotes sont mobilisés pour assurer la sécurité de nos installations », a déclaré Jean-Noël Barrot sur BFMTV, en réponse à une question sur les opérations françaises visant à neutraliser des drones iraniens ce week-end.
Il a également évoqué une attaque par drone sur un hangar d’une base française aux Émirats dimanche dernier.
Dans son discours, Emmanuel Macron a affirmé que deux bases françaises avaient subi des « frappes limitées causant des dégâts matériels » depuis le début du conflit, soulignant l’impact direct des tensions actuelles sur les intérêts militaires français dans la région.