Le Pentagone travaille à renforcer sa présence au Groenland, notamment en y déployant des forces spéciales et en envisageant des opérations dans trois nouvelles zones sur l’île, a déclaré cette semaine le chef du Commandement nord-américain des États-Unis (US Northern Command).
Les États-Unis sont actuellement en négociations avec le Danemark et le Groenland concernant un élargissement de la présence militaire américaine sur le territoire, a indiqué le général de l’Armée de l’air Gregory Guillot lors d’une audition devant le Sénat. Une part importante de ses déclarations portait sur l’expansion des infrastructures américaines au Groenland.
Le 19 mars, Guillot, accompagné de son homologue du Commandement sud-américain, a témoigné devant la commission des forces armées du Sénat, abordant plusieurs sujets tels que les incursions de drones, le raid militaire au Venezuela conduisant à la capture du président Nicolás Maduro, ainsi que la stratégie arctique des États-Unis. Une large partie de son intervention concernait la stratégie américaine dans l’Arctique, avec un objectif clé : disposer de plus de ports et plus de bases aériennes dans cette région, notamment en Alaska, au Canada et au Groenland.
Actuellement, l’armée américaine opère une seule base au Groenland : la base spatiale de Pituffik, anciennement connue sous le nom de base aérienne de Thulé, active depuis plusieurs décennies.
S’agissant spécifiquement du Groenland, l’armée et le département d’État dialoguent avec les autorités danoises et groenlandaises afin d’établir une présence permanente de moyens navals supplémentaires, a précisé Guillot. Par ailleurs, le militaire souhaite étudier la possibilité d’« étendre les zones de défense depuis Pituffik », où la présence américaine est aujourd’hui concentrée, vers trois autres secteurs sur l’île, sans toutefois préciser leur localisation exacte, si ce n’est qu’ils seraient situés plus au sud par rapport à Pituffik, au nord.
« Aujourd’hui, nous avons accès à la base aérienne de Pituffik dans la partie septentrionale du Groenland, ce qui nous procure des capacités de chasseurs, de ravitailleurs, ainsi qu’une forte capacité spatiale, mais nous ne disposons pas d’une présence permanente pour les forces spéciales ni pour certaines capacités maritimes dont j’ai besoin », a expliqué le général Guillot aux sénateurs.
Les discussions s’appuient sur l’accord de défense de 1951 liant les États-Unis au Danemark, qui exerce l’autorité sur le Groenland. Le général a souligné que Copenhague se montre « très, très favorable » à ces initiatives.
Une base stratégique à moderniser
Le Pentagone cherche également à rénover et moderniser l’infrastructure vieillissante de Pituffik. Selon le Commandement nord-américain, cette installation centenaire subit une usure accélérée du fait des conditions climatiques extrêmes de l’Arctique. En janvier, un appel d’offres a été publié pour agrandir et moderniser la piste d’atterrissage de la base. Le projet prévoit également l’acquisition d’un navire spécial de patrouille pour renforcer la surveillance maritime autour du port de la base.
Cette volonté d’accroître la présence américaine au Groenland survient deux mois après une période de fortes tensions concernant l’île. L’ancien président Donald Trump avait à plusieurs reprises exprimé son souhait d’acquérir le Groenland, y compris par la force si nécessaire. En janvier, des pays alliés tels que l’Allemagne, la France et les Pays-Bas ont déployé des troupes au Groenland dans le cadre d’une mission de reconnaissance appuyant le Danemark. Selon des révélations récentes des médias danois, les forces de Copenhague étaient prêtes à un éventuel affrontement armé avec les Américains, avec des moyens prévus pour neutraliser les pistes d’atterrissage et empêcher un accès aérien américain, notamment dans la capitale Nuuk.